OUVRAGE DE LE TRONE
bureaucratie dont les décisions n'offrent aucune* garantie. Les combinaisons plus ou moins pratiques et réalisables sur la composition des assemblées qui devaient se réunir pour l'administration des différentes parties du territoire, ramenaient sans cesse l'auteur aux maux infligés à la nation , à l'odieux impôt de la taille dont la a répartition donnait lieu à des intrigues, à des haines, à des vengeances qui se perpétuent et rendent les habitants des campagnes ennemis les uns des autres, x^ Il parlait des maîtrises et des jurandes qui venaient d'être rétablies après avoir été supprimées par Turgot, rappelant l'édit de 1583 où le roi déclarait que la permission de travailler était un droit royal et domaniai j et il mettait en présence de cette affirmation insensée, les réclamations des États généraux de 1614, demandant formellement la suppression des maîtrises c de manière que lesdits métiers, disaient-ils au roi, soient laissés libres à vos pauvres sujets. »
Il parlait des nobles avec le dédain à peine dissimulé qu'éprouvait alors la classe moyenne pour ces prétendus chefs delà nation : « On pourrait, croit-il, conserver les seigneuries des paroisses, qui ne font aucun mal, et fixer des arrondissements pour la chasse^ qu'il serait peut-être difficile d'oter à la noblesse, qui en est très jalouse, et qui souvent n'a pas d'autre occupation. j> Il terminait son livre par une discussion sur la féodalité, sur son origine et ses transformations, qui avaient abouti à une < constitution monstrueuse qui, en démembrant la souveraineté, en rendit l'exercice funeste à la nation, érigea
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en propriété perpétuelle de simples usufruits et des fonctions publiques, qui procura l'usurpation de la puissance et des moyens de puissance, d II ne pouvait pas oublier, dans ce livre, la nécessité d'étendre rinstruction publique, de la généraliser dans le peuple, à On ne peut être trop persuadé que le désordre social est principalement l'effet de l'ignorance... Il est du devoir et par conséquent de l'intérêt du gouvernement de remédier à l'ignorance par l'instruction générale et publique, et d'y chercher le plus ferme appui de l'ordre. »
Cet ouvrage, dont les idées contrastent si vivement avec celles de Choiseul, ne fut pas poursuivi par le Parlement comme l'avait été celui de Boncerf sur les inconvénients des droits féodaux. Quelques exemplaires furent bien saisis, mais Le Trône, qui se déclara auteur du livre, en obtint facilement là restitution du garde des sceaux. Il se plaint^ dit le journaliste qui nous apprend ce fait, « de la pusillanimité de M. Necker qui, quoique ayant favorisé la distribution, abandonne aujourd'hui l'écrivain et son ouvrage pour ménager l'assemblée du clergé, avec laquelle il ne veut pas se brouiller. » €e calme relatif du Parlement est un indice de la puissance exercée, par l'opinion publique, en moins de trois années, sur la magistrature et, de l'espèce de découragement qu'imprimait aux fonctionnaires la persistance d'une opposition que rien ne rebutait.
La guerre qui forçait la France à attaquer TAngleterre dans toutes les parties du monde, réveillait dans les cœurs de glorieux et en même temps de pénibles souvenirs. Les bases du vaste enipire
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CLIVES Et LE COMTE DE CHATHAM. 331
que les Anglais possédaient dans Tlnde, avaient été non seulement devinées, mais jetées par deux Français. Les héroïques exploits de Labourdonnais, le génie organisateur de Dupleix éclairèrent les hautes ambitions de Clives en lui montrant les moyens de les réaliser. Le malheur même de Dupleix avait servi doublement à la grandeur de l'Angleterre en enlevant un chef habile à sa rivale et en faisant comprendre à Clives que l'œuvre à accomplir dépassait les forces et Tintelligence d'une compagnie de marchands.
Presqu'au moment même où la destinée conduisait ta Franc© dans
,„,*,.,, . * . 1 -1 .\ rinde en 1758.
Lally à Pondichery pour y voir périr les dernières aiyes et le comte traces de la puissance française dans r Inde, Clives prenait la résolution d'attirer l'attention de son pays sur ces vasles contrées, qui étaient vouées, comme le monde antique avant la conquête des Romains, à des guerres incessantes, à des dévastations et des égorge^ ments quotidiens. Instruit parles habitudes de discussion et de liberté qui mettaient en lumière la valeur des hommes chargés de gouverner F Angleterre et celle desprojets qu'ils formaient, Clives résolut de s'adresser au chef du ministère. Les paroles admiratives qu'il avait prononcées à la Chambre des communes sur le rôle des Anglais dans le Bengale, ses appréciations sur les révolutions étonnantes arrivées dans ce pays avaient convaincu Clives, qu'il trouverait dans lui un esprit capable de saisir à la fois la grandeur de ses conceptions et la possibilité de leur réalisation.
Son secrétaire Walsh, chargé d'aller expliquer •es affaires de l'Inde i Pitt, lui portait un état exact
(les revenus et des dépenses de l'administration da Bengale et une lettre où il lui disait : a <i La grande révolution qui a été effectuée en ces lieux par les armes de l'Angleterre, les vastes avantages obtenus pour la compagnie par le traité qui en a été la conséquence ont, ce me semble, attiré l'attention du public; mais il me semble cependant qu'on pourrait faire beaucoup plus qu'il n'a été fait. Il faudrait seulement que les efforts de la Compagnie fussent en rapport avec ses possessions actuelles, avec les succès qu'il est permis d'attendre de l'avenir. J'ai représenté aux directeurs, dans les termes les plus forts, la nécessité d'envoyer et de maintenir constamment ici des troupes en nombre assez considérable pour leur permettre de ne pas laisser échapper la première occasion de s'agrandir encore.,. Une longue connaissance du gouvernement de ce pays, une profonde étude des peuples qui l'habitent... m'autorisent à parler ainsi. Le nabab régnant, que la bataille de Plassey a mis sur le trône, conserve encore son attachement pour nous ; probablement il en sera de même tant qu'il ne pourra compter sur aucun autre appui ; mais les Mogols sont tellement portés à l'ingratitude que, si le jour arrive où il puisse croire de son intérêt de rompre avec nous, les obligations qu'il nousa ne l'arrêteront nullement... Un petit corps de deux mille Européens serait suffisant pour nous délivrer de toute appréhension d'un côté ou de l'autre... et permettrait à la Compagnie de se saisir de la souveraineté pour son propre compte... Les indigènes n'ont aucune sorte d'attachement pour tel prince ou pour tel autre. Au con-