CLIVES ET LE COMTE CHATHAM
traire, comme sous le gouvernement actuel aucune sécurité n'existe pour eux, soit pour leur vie, soit pour leur personne, ils se réjouiraient de ce changement comme du passage d'un gouvernement despotique à un gouvernement modéré. Il n'y a, d'un autre côté, aucun doute à faire que nous n'obtenions aisément du grand Mogol un sunnud pour la confirmation de notre souveraineté, à la seule condition de lui payer la même portion du revenu de ces provinces que celle qu'il en tire maintenant, c'est-à-dire cinquante lacs de roupies (environ neuf millions deux cent mille francs^).... Que cela fût agréable au grand Mogol, on ne saurait le mettre en question, tant il est dans ses intérêts d'avoir ces provinces sous le gouvernement d'une nation renommée par sa bonne foi, plutôt que dans les mains de gens qui ne lui paient jamais la part qui lui revient dans les revenus... Une souveraineté aussi étendue est peut-être un sujet d'ambition trop élevé pour une simple compagnie commerciale, et il serait à craindre qu'elle ne fût pas en état, à moins d'y être suivie par la nation, de maintenir une domination telle* ment vaste. C'est pour cela, monsieur, que j'ai pris la liberté d'attirer votre attention sur ce chapitre. Pensez-vous que l'exécution de ce dessein et d'autres desseins plus grands encore, soit digne d'être conduite par la main du gouvernement ? Je vous laisse i juger si un revenu annuel de plus de deux millions de livres sterlings (cinquante millions de francs du temps) joint à la possession de trois grandes pro-
* Le lac de roupies vaut cent mille roupies ; la roupie vaut 2 shillingt 6 pences.
vinces abondantes en tout ce que l'art et la nature peuvent produire de plus précieux, est un objet qui mérite Tatlention publique. Je vous laisse à juger s'il vaut la peine que la nation prenne les mesures convenables pour s'assurer une telle acquisition; acquisition qui... sous le gouvernement d'un ministre capable et désintéressé, peut devenir la source d'une immense richesse pour le royaume... et peut servir à diminuer en partie le fardeau pesant de la dette publique, sous lequel nous gémissons aujourd'hui... M. Walsh, qui aura rhonneur de vous remettre cette lettre, a été mon secrétaire pendant notre dernière et heureuse expédition ; il est parfaitement au courant de la matière et fort capable de vous expliquer tout ce projet et la facilité de son exécution... Vous êtfs la seule personne à qui j'aie communiqué ce projet. »
Walsh dut attendre un certain nombre de jours avant que Pitt put le recevoir. Il abordait le ministre avec la conviction qu'il trouverait chez lui l'ignorance et les préjugés régnant en Europe sur les affaires de l'Inde, mais à peine eut-il ouvert la bouche que le futur comte de Chatham, loin de traiter les projets de Clives comme de brillantes chimères, lui déclara qu'il regardait leur réalisation comme possible. Il écouta avec admiration le récit des vastes desseins conçus par Dupleix, des exploits de Bussy dans le Decan, puis, prenant la parole, fit un grand éloge de Clives, de l'habileté qu'il avait déployée dans les circonstances les plus compliquées, s'étendant sur les difficultés que présentait la conduite d'affaires du genre de celles de l'Inde. Tant
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