TURGOT APPELÉ AU CONTROLE GÉNÉRAL
la penséeou de Faction, qu'une longue aspiraâcm vers le bonheur et le perfectionnement de ses semblables? Les perspectives du bien qu'il était possible de faire, du mal qu'on pouvait éviter, exaltèrent le roi. Les facultés de son âme pleine de candeur s'éveillèrent sous le charme d'une éloquence qui puisait une douce chaleur dans une raison qui conduit, démontre et persuade • Tur go t ne f u t pas moins ému que Louis X YI à la vue d'un jeune prince que son cœur entraînait viyement vers toutes les idées nobles et généreuses. € La bonté attendrissante, écrit-il au roi à la sortie de cet entretien, avec laquelle Votre Majesté a daigné près* ser mes mains dans les siennes, comme pour accepter mon dévouement, ne s'eflacera jamais de mon souvenir. Elle soutiendra mon courage. Elle a pour jamais lié mon bonheur personnel avec les intérêts, la gloiire et le bonheur de Votre Majestés »
Mais, si le cœur de Turgot avait trouvé son égal inqaiétades de dans celui de Louis XVI:, sa perspicacité avait aussi larenir^saTure reconnu sur quelle base fragile reposait le bonheur " MtreîSe.*^" de tout un peuple. Son inquiétude de l'avenir, sa défiance des lumières du roi et de la fermeté de sa volonté sont tracées en caractères ineOaçablesdans cette lettre où il résume les conditions qu'il a posées à son acceptation du contrôle général et les promesses de Louis XVI vis-à-vis de lui. ce Votre Majesté, dit-il, a bien voulu m'autorisera remettre sous ses yeux l'engagement qu'EUe a pris avec Elle-même de me soutenir dans l'exécution des plans d'économie qui sont, en tout temps, et aujourd'hui plus que jamais, d'une nécessité indispensable... Je me borne à vous rappeler ces trois paroles :
Point de banqueroute.
Point d'augmentation d'impôts.
Point d'emprunts.
« .... Pour remplir ces trois points, il n*y aqu'un moyen. C'est de réduire la dépense au-dessous de la recette^ et assez au-dessouspour pouvoir économiser chaque année une vingtaine de millions... Votre Majesté sait qu'un des plus grands obstacles à l'économie, est la multitude des demandes dont Ëlle^t continuell^nent assaillie... Il faut. Sire, vous armer de votre bonté contre votre bonté même; considérer d'où vous vient cet argent que vous pouvez distribuer à vos courtisans, et comparer la misère de ceux aux- <)uels on est quelquefois obligé de l'arracher par les exécutions les plus rigoureuses à la situation des personnes qui ont le plus de titres pour obtenir vos libéralités. Il y a des grâces auxquelles on a cru pouvoir se prêter plus aisément... De ce genre sont les intérêts, les croupes, les privilèges; elles sont detou* tes les plus dangereuses, les plus abusives. Tout profit sur les impositions qui n'est pas absolument nécessaire pour leur perception, est une dette consacrée au soulagement des contribuables ou aux besoins de l'État... C'est surtout de l'économie que dépendent la prospérité de votre règne, le calme dans l'intérieur, la considération au dehors, le bonheur de la nation et le vôtre. J'entre en place dans une conjoncture fâcheuse par les inquiétudes répandues sur les subsistances : inquiétudes fortifiées par la fermentation des esprits depuis quelques années... par quelques opérations imprudentes, et surtout par une récolte qui parait avoir été médiocre. Sur cette matic^e^ comme sur
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beaucoup d'autres, je ne demande point à Votre Majesté d'adopter mes principes sans les avoir examinés et discutés, soit par Elle-même, soit par des personnes de confiance, en sa présence; mais quand Elle en aura reconnu la justice et la nécessité, je la supplie d'en maintenir l'exécution avec fermeté, sans se laisser effrayer par des clameurs qu'il est impossible d'éviter en cette matière... Votre Majesté n'oubliera pas qu'en recevant la place de contrôleur général, j'ai senti tout le prix de la confiance dont Elle m'honore; j'ai senti qu'Elle me confiait le bonheur de ses peuples, et, s'il m'est permis de le dire, le soin de faire aimer sa personne et son autorité. Mais, en même temps, j'ai senti tout le danger auquel je m'exposais. J'ai prévu que je serais seul à combattre contre les abus de tous genres, contre les efTorts de ceux qui gagnent à ces abus, contre la foule des préjugés qui s'opposent à toute réforme... J'aurai à lutter même contre la bonté naturelle, contre la générosité de Votre Majesté et des personnes qui lui sont le plus chères. Je serai craint, haï même de la plus grande partie de la cour. .. On m'imputera tous les refus ; on me peindra comme un homme dur, parce que j'aurai représenté à Votre Majesté qu'Elle ne doit pas enrichir même ceux qu'Elle aime, aux dépens de la subsistance de son peuple. Ce peuple, auquel je me serai sacrifié, est si aisé à tromper que, peut-être, j'encourrai sa haine par les mesures mêmes que je prendrai pour le défendre contre les vexations. Je serai calomnié, et peut-être avec assez , de vraisemblance pour m'ôter la confiance de Votre Majesté. )d Après cette dernière
148 • UVRE PREMlEh.
phrase, qui mettait au même niveau la crédulité des rois et celle des nations, Turgot essayait de prendre un appui sur l'honneur et les nobles qualités du nionarque, en finissant par ces mots : « Votre Majesté se souviendra que c'est sur la foi de ses promesses que Je me charge d'un fardeau peut-être au-dessus de mes forces ; que c'est à Elle personnellement, â l'homme honnête, à l'homme juste et bon, plutôt qu'au roi, que je m'abandonne ^ ]>
* Mémoire sur la vie et les ouvrages de Turgot, tome I, p. 27 et ftoivanles; tom. IJ, p. 262 et iuïy,— -Œuvres complètes de 7ur^ol, tome II, p. 165 el suiv., 169. (Voir celle lettre aux pièces justificatives, A,)
Pensions accordées k des services domestiques, da mois de mai à la Qn de décembre 1774. — Brevets d'assurance accordés, du mois de mai à la fln de décembre 1774. — Profits des personnes occupant des charges à la cour. — Économies faites par Louis XYI, dépenses faites pour ses frères, ses tantes et la reine. — Turgot décide l'entrée des blés étrangers en France, défend l'exportation des blés français, et permet leur circulation de province à province, 13 septembre 1774. — Lettre de Turgot aux fermiers généraux, 14 septembre 1774. — Turgot s'occupe des octrois des villes, 28 septembre 1774. — Emploi fait par Turgot du pot-de-vin donné au contrôleur général. — Maurepas pousse au rappel des anciens parlements. Opposition de Vergennes, août 1774. Mémoires du comte de Provence et du comte de La Marche.
— Le parleilient de Rennes s'adresse au roi. Réponse de La Yrillière.
— Arrêté de la chambre des vacations de Paris, 19 octobre 1774. Réponse embarrassée du roi.— Louis XViet son frère, le comte de Provence.
— Pamphlet contre le rappel des parlements. — Derniers débats au conseil des ministres sur la question du rappel des parlements. — Illusions et incapacité des hommes qui détruisent l'œuvre du chancelier Haupeou. — Préambule de l'édit qui rétablit les parlements, son caractère. — Lit de justice du 12 novembre 1774. •— Délibération du Parlement sur les édits présentés au lit de justice. Réunion du 30 décembre 1774. Représentations faites au roi. — Réponse du roi aux représentations du Parlement. Le Parlement proteste contre le lit de justice qui l'a rétabli, janvier 1775. — Le roi et la reine n'ont pas conscience de la gravité de la mesure qu'ils ont prise. — L'appui de la royauté française est effondré : il faut chercher une nouvelle base sur laquelle elle puisse se reposer. — Les parlements ne pouvaient être à la fois que les adversaires des réformes et les flatteurs des préjugés populaires. — Les améliorations introduites par Maupeou et conservées au début du retour des parlements disparaissent. — Décisions de Turgot en faveur des habitants des campagnes, abolition de la contrainte solidaire. — Turgot tombe malade, 3 janvier 1775. Mesures prises par lui contre
Té pizoolie.— Questions relalives aux subsistances, pr^ugésexistant gurle commerce des blés. Guerre des farines. L'émeute existait à l'état latent avant Tarrivée de Turgot an contrôle général : émeute d'Ervy, mars 1775; émeute de Dijon, avril 1775.— Émeutes à Poissy,Pontoise, Saint-Germaio, bandes de pillards.Émeote à Paris, 3 mai 1775. — Émeutes à Fontainebleau, à Compiègne et dans les environs de Paris. — Mesures prises par Turgot pour faire venir du blé et abaisser son prix. — Les émeutes étaient un signe du malaise moral des populations plutôt qu'une preuve de famine.
— Le clergé ennemi de Turgot à cause de ses projets de réformes. — Le clergé français reste de nos jours le partisan d'un gouvernement tbéocra* tique. — Apparition d'un livre qui flatte les préjugés populaires.— Necker.
— Éloge de Colbert par Necker ; il remporte le prix proposé par l'Académie française, 1773. — Jugement de Voltaire sur l'éloge de Colbert.
— Necker prôné auprès du roi; le marquis de Pezai. — Ouvrage de Necker intitulé : Sur la législation et le commerce des grains. — Necker a cherché un succès littéraire et non la démonstration d'une vérité économique. — Necker propose à Turgot de loi lire son manuscrit, Turgot refuse de l'entendre. — Cause de la popularité du livre de Necker. — Indignation de Voltaire contre l'apparition de ce livre, son éloge de Turgot. — Diatribe à l'auteur des Éphémérides, mai 1775.
— Fin des émeutes pour les blés. Lettre de Louis XVI au roi de Suède, 15 juillet 1775. — Inquiétudes de Turgot, son ardeur au travail ; réponse qu'il fait à ses amis quand ils blâment sa précipitation. — Représentation de la cour des Aides, 6 mai 1775. — Turgot essaie d'obtenir que Louis XVI soit sacré àParis. — Turgot propose de modifier la formule du serment prêté par le roi lors du sacre.— Curiosité qu'inspire la magniûcence des préparatifs du sacre, blâme que provoquent ce84)rodigalités.— Sacre de Louis XVI, 11 juin 1775. — Impression produite par le sacre sur les spectateurs, lettre de Ma rie- Antoinette à Marie-Thérèse. — Jugement du public sur les cérémonies du sacre ; lettres de Voltaire, de d'Alembert, de Frédéric. — Promesse faite à M*"* de Lamballe de rétablir la place de suriotendante, juillet 1775. ~ M""^ de Lamballe nommée surintendante, septembre 1775. — Promotion de sept maréchaux de France, mars 1775. — Le comte de Guines. — Procès du comte de Guines avec son secrétaire, Tort de La Sonde. — Guines veut se poser en victime du duc d'Aiguillon, observations de Vergennes à Louis XVI. — La reine obtient ce que le conseil des ministres avait refusé au comte de Guines. — Le duc d'Aiguillon demande à se défendre contre les attaques du comte de Guines. — Le conseil d'Etat ordonne la destruction des mémoires du comte de Guines, 16 mai 1775. — La reine demande l'exil du duc d'Aiguillon, refus du roi; l'intervention de la reine dans cette affaire est publique. — Jugement rendu, le 30 mai 1775, entre le comte de Guines et Tort de La Sonde. — Le baron de Besenval et la reine. — Jugement de Besenval sur le roi et sur la reine.
— Revue passée par le roi, mai 1775. — La reine préoccupée des criiiques ; changements opérés dans l'opinion publique. — Ealrevue de
DÉPENSES DE LÀ COUR de mai a décembre 1774. 151
Marie-Antoinette et du duc de Gbotseul à Reims. ~ Exalurtion de la
reine, conseils qu*elle reçoit, sa lettre au comte de Rosemberg. — La •
reine tente de faire un ministre. — MalesherSes nommé ministre de là
maison du roi; lettre que lui écrit Louis XVI, 28 juin 1775. — Nouvelle
lettre du roi à Malesherbes, 30 juin 1775. — Portrait de la reine en 1775.
— Douleur de Marie-Thérèse en apprenant les intrigues auxquelles
cède sa fille. — Lettre de Tempereur Joseph à Marie-Antoinette. — Joie
de Voltaire à la nomination de Malesherbes : elle est partagée par le
public. — Opinion publique sur les richesses du clergé. Les protestants
de la Guyenne, 3 février 1775. — Mémoire sur la tolérance remis au roi ,
par Turgot, juin 1775. — Assemblée générale du clergé de France, du
3 juillet au 18 décembre 1775. — Situation des protestants depuis Tavé-
nement de Louis XVL
Les craintes exprimées par Turgot sur les de- peDsions accormandes incessantes des courtisans, sur la difficulté vices dom^d*obtenir des économies sérieuses, n'étaient que trop demamâ"n**de réelles. Mercy avait écrit à Marie-Thérèse, au mois >^«™*»"» **'*• de décembre 1773 : « L'idée d'abandonner quelques maisons royales de campagne est un projet du contrôleur général (Terrai), qui, vraisemblablement, ne sera pas rempli, par l'opposition des gens de la cour qui ont les gouvernements desdites maisons, depuis longtemps inhabitées par la cour. » Les sollicitations auxquelles le roi cédait étaient continuelles : c'était le secrétaire d'Etat de ses commandements, pendant qu'il était Dauphin, demandant la continuation de son traitement-, et l'obtenant ; c'était un écuyer de la petite écurie, M. de Yillepaille, sollicitant sa retraite, et recevant dix mille livres de pension, auxquelles s'ajoutaient trois domestiques et quatre chevaux nourris aux dépens du roi. Le vicomte d'Augel donnait sa démission d'écuyer ordinaire, en conservant son traitement de quinze mille livres. La marquise de Souvré avait une pension de six mille livres, le comte de Flamarens de quatre mille. Un ingénieur-
géographe, un professeur de l'art de la navigation, obtenaient deux mille livres par an, parce qu'ils avaient donné des leçons aux princes. La famille d'une remueuse d'enfants de France, M"*' Rousseau, avait une rente annuelle de deux mille quatre cents livres. Un porte-chaise d'afTaires de l'ancienne Dau- , phine, un porte-manteau du roi, un argentier des écuries de la reine, recevaient des gratifications annuelles; le premier valet de chambre, Thiéry, qui a voit été prés du père du roi, et son fils, qui attendait la vacance d'une charge de premier valet de chambre, jouissaient, l'un de trois mille, l'autre de six mille livres de pension. Une ancienne raccommodeuse de dentelles touchait cinq cents livres par an ; il en était de même d'un maître à écrire, de la belle-fille d'un valet de chambre, à laquelle était accordée une rente annuelle de douze cents livres; et un écuver cavalcadour, M. de Genouilly, trouvant ses appointements trop faibles, les voyait augmenter de cinq mille livres. Si Ton ajoute à ces pensions une de huit mille livres, réclamée par le comte de La Billarderie, comme une largesse annuelle payée au directeur général des bâtiments, son prédécesseur; le traitement de douze mille huit cent cinquante-quatre livres, conservé au confesseur de Louis XV, l'abbé Maudoux ; dix mille livres de pension accordées à la comtesse Du Muy pour lui servir de dot, on trouve que le total de ces rentes accordées par Louis XVI, duniois de mai à la fin de décembre 1774, à des personnes qui approchaient du roi et des princes, sans avoir d'autres causes à invoquer que des services purement domestiques, dépasse cent quarante mille livres,
DÉPENSES DE LA COUR de mai a décembre MIL 1S3
qu'il faut au moins quintupler, si Ton veut avoir le chiffre réel de la dépense en argent de notre temps ' .
Les pensions qui grevaient le trésor n'étaient pas Brevets d'assa-
>■ ^ ^ r rance accordés,
la seule forme donnée aux dons prélevés sur les re- du mois de mai
» à la fin de-
venus de rElat ; il y avait ce que Ton appelait les décembre m4. brevets d'assurance ou de retenue sur les charges exercées momentanément par les personnes. Ainsi, quand M. de Vergennes fut nommé ministre des affaires étrangères, il dut payer quatre cent mille livres au duc d'Aiguillon, puisque ce ministre s'était réservé, par un brevet de retenue, le droit d'exiger cette somme de son successeur. Aussi, pour que ce paiement ce ne tombât pas en pure perte pour le comte de Vergennes ou sa famille, s'il venait à se démettre ou à décéder, » le roi assura un même prélèvement à Vergennes ou è sa famille sur le ministre qui le remplacerait. Il en est de même pour le comte de La Billarderie, qui doit prendre la direction générale des bâtiments du roi. a J'ai représenté à Sa Majesté, lui écrit La Vrillière, qu'il y avait un brevet de retenue de deux cent mille livres sur cette charge, qu'il vous serait peut-être difficile d'acquitter dans ce moment. Elle a bien voulu me permettre de vous marquer qu'EUe serait disposée à vous accorder une pareille somme. » Cette manière de rendre plus difficile le déplacement des fonctionnaires, ou de leur assurer une certaine fortune lors de leur retraite, n'avait pas lieu seulement pour des ministres comme Vergennes et Du Muy, auquel fut accordé un brevet d'assurance de cinq cent mille livres, mais pour
* Voir, pour la valeur des monnaies, La France sous Louis XV , tome I, p. 218.
iU LIVRE DEUXIÈME.
tous les emplois. Le lieutenant de police Lenoir pourra exiger cent cinquante mille livres de celui qui remplira ses fonctions après lui ; le premier valet de chambre Thiéry pourra demander la même somme ; le prince de Poix, capitaine des gardes, aura à réclamer trois cent mille livres; le capitaine des levrettes de la Chambre du roi, M.deVassan, pourra exiger cinquante mille livres. Pendant le peu de mois qui s'écoulent depuis rarriyée de Louis XVI au trône, aii mois de mai, jusqu'au mois de décembre 1774, on trouve des brevets de retenue accordés pour une somme qui dépasse deux millions de livres, ce qui en fait bien dix de notre temps. Ces sommes étaient en définitive prélevées sur le public d'unemanière indirecte, quand elles ne Tétaient pas directement. Lorsque Louis XVI rétablit, en faveur du duc de Coigny^ la charge de premier écuyer, le duc paie bien quatre cent mille livres à la famille du marquis de Beringhen, qui occupait cette place avant lui; mais il reçoit en compensation un brevet d'assurance de trois cent mille livres, et son traitement est fixé à quarante mille livres. Profits des per- Lc traitement était peu de chose en comparaison des ""Tercrarger' P^ofits quc donnaient CCS placcs. Le prince de.Montbarà la cour. Yey, parlant de son beau-père, le comte de Mailly, nous apprend que, comme premier écuyer de la Dauphine , il avait droit, à la mort de cette princesse, à tout ce qui dépendait de ses écuries, en chevaux, voitures, etc. Il ajoute : a II eut le noble désintéressement de remettre au roi tout ce que les prérogatives re- V connues de sa place lui permettaient de s'approprier. Louis XV, touché d'une conduite si rare à la cour, le nomma à la même charge lorsque la maison de la
DÉPENSES DE LA GOUH de mai a décembee 1774. 155
seconde Dauphine, princesse de Saxe, fut établie, et les énoYmes frais qu'auraient entraînés desacquisitions nouvelles furent épargnés. » La duchesse, de Brancas» dame d'honneur de cette seconde Dauphine, conserva, dans sa retraite, ses appointements de vingtsept mille cinquante- huit livres, à cause du ce désintéressement qu'elle avait marqué en renonçant à l'exercice de la .majeure partie des droits qu'elle pouvait réclamer. » Le duc d'Aumont, premier gentilhomme de la chambre de Louis XY, demande et obtient les meubles qui étaient dans la chambre, dans le cabinet du conseil, et celui de la pendule du feu roi. Pour les inférieurs, ces profits se prenaient brutalement par le pillage. Il faut une ordonnance du roi pour empêcher que les serviteurs de la cour ne s'emparent des tentures de drap et de velours qui servent aux services religieux faits en mémoire de Louis XV, soit à Saint-Denis, soit à Notre-Dame, et le capitaine des gardes du corps, comme celui des Suisses, doit avoir des soldats en assez grand nombre, dans ces églises, pour y maintenir Tordre.
Si Louis XYI se montrait si facile pour les personnes de son entourage ; si les gratifications données aux médecins qui avaient soigné Louis XV et ses filles s'élevaient à plus de cent mille livres; si Fauberton, pour avoir inoculélenouveauroi,recevait, outre unesomme de dix mille livres, une pension de cinq cents livres, il devait ne pas résister davantage aux personnes de sa famille. Aussi, voyons-nous le jeune frère du roi, le comte d'Artois, dont les revenus avaient été fixés à trois millions cinq cent mille livres, demander de rejeter sur le trésor public des pensions qu'il avait
456 LIYHE DEUXIÈME.
faites à divers de ses serviteurs. Le roi en accepte pour une somme de vingt mille livres. Le comte de Provence demande qu'on fasse la même chose pour lui, et quarante mille livres annuelles viennent grever les finances de l'État.
Économies faites Louis XVI avaît uu désîr sincère de faire des éco-
par Louis XVI, , . . , . j i. ^ j
dépennes faites uomics ; mais SOU mexpenence des nommes et des
pour ses frères, i .i'«i»i 'la v
ses tantes et ctioscs tfahissait a chaquc mstant sa bonne vola reine. jQ^té. Lc 25 août, Ic lendemain même de son entretien avec Turgot, il écrivit à La Vrillière : « Je veux faire une réforme à ma vénerie et réduire à cent ma grande meute de cent trente-huit chiens. Je réformerai aussi ma petite meute, à l'exception de Soixante chiens environ, que je destine à chasser le chevreuil. Je réfofmerai également cent à cent trente chevaux. Ces réformes nécessiteront celles de quelques hommes. » Le 26 septembre, il s'indigne de ce que Tabbé Terrai s'était fait payer, le 24 janvier 1773, trois cent mille livres par les fermiers généraux, à raison du bail qui devait commencer le 1" octobre 1774 . a Ce n'est pas sans indignation, écrit-il à La Vrillière, que j'ai appris qu'il s'était fait payer, par une ordonnance au porteur du 23 janvier dernier, trois cent mille livres... Je vous écris pour que vous lui mandiez, de ma part, de les faire rapporter au trésor royal. » A la lettre écrite par La Vrillière, Terrai répondit « que, lorsqu'il signa le bail des fermes générales, il avait pris la liberté de représenter au roi l'augmentation considérable qu'il avait l'avantage de lui procurer, et lui avait demandé s'il trouvait bon que, suivant l'ancien usage, le pot-devin de trois cent mille livres lui fût payé en entier.
DÉPENSES DE LA COUR de mai a décembre 1774. 157
Le roi eut la bonté d'approuver ma demande, ajoutaitil ; puisque Sa Majesté n'approuve point cette grâce, je suis tout prêt à exécuter ses ordres. Je n'ai rien fait... qui n'ait été à la pleine connaissance du feu roi et de tous ceux par les mains desquels passent les ordojonances et se font les paiements. y> Louis XVI avait accordé à d'Aiguillon cinq cent mille livres en présent ; il reprenait trois cent mille livres que son grand -père avait données à Terrai pour des services très-réels : c'était agir avec aussi peu de réflexion dans im cas que dans l'autre. Le 9 octobre, il fut répondu au marquis de Ghabriant, qui avait fait un projet pour fournir de l'eaa à Paris : ^ Les finances de Sa Majesté ne permettent pas, dans ce moment, à penser à son exécution. y> Il annonce à Buffon qu'il remet à Tannée suivante la dépense de quarante mille livres, proposée pour Tarrangement et les plantations du Jardin botanique. Ces résolutions qui révèlent la conviction, sinon profonde, mais au moin3 momentanée, de la pénurie du trésor, n'étaient pas formulées depuis trois mois, que le roi portait le nombre des chevaux de l'écurie de la reine à deux cent cinquante, ce qui nécessitait vingt-quatre serviteurs de plus, tant palefreniers que cochers et postillons; que le roi fixait les fonds de la cassette de la reine qui étaient de quatre-vingt-seize mille francs à deux cent mille. Le roi, entraîné, comme il le disait, par st tendresse pour la reine, sa très-chère épouse et compagne, et désirant qu'elle fut servie avec la dignité conveatble, avait, le 12 mai, deux jours après la mort de Louis XV, augmenté sa maison d'un chancelier, d'un procureur général, d'un avocat général, de quatre
maîtres des requêtes, de deux secrétaires du con^il, d'un solliciteur d'affaires, d'un chauffe^cire, d'un huissier du conseil, d'un garde de livres, étals et papiers; d'un secrétaire-interprète*. Le 25 décembre, le roi trouve que, pour son frère le comte de Provence, six maîtres des requêtes ne suffisent pas; il lui en accorde trois autres de plus, ainsi qu'à son jeune frère le comte d'Artois. Il donne au bomte de Provence, en supplément d*apanage, la forêt de Senonchés et le comté d'Âlençon. Ce que le roi faisait pour ses frères, il ne pouvait lerefuser à ses tantes. M"** Sophie demandant trois nouvelles dames pour raccompagner, il fut décidé que chacune des tantes du roi aurait neuf dames, que M"*^ de Maulde, qui quittait M™* Sophie, conserverait son traitement de quatre mille livres, et que M"" Victoire et Sophie auraient chacune un valet de chambre de plus^
* Le procureur général de la reine était un officier chargé de veiller, pour ses intérêts, sur tous les officiers des seigneuries qui lui étaient assignées. L'avocat général atait les mêmes foaotions en sous-ordre.— Les maltrès des requêtes étaient des officiers établis pour rapporter des requêtes au conseil des enfants de France. — Les procureurs généraux des princes n'étaient en fait que des aTOcats qui les servaient dans leurs procès; leois seuls privilèges étaient de pouvoir fournir des requêtes et d!éviter la formule supplie humblement, etc., qu'employaient les autres citoyens par leurs procureurs. (Voir Encyclopédie méthodique : Procureur général de la reine, procureur générai des princes, maître des requêtes de THôtel des enfants du roi.)
3 Archives nationales, 0' 119 : Pensions et gratifications, dons de charges et survivances, service de monseigneur le Dauphin, maison de la reine» décisions diverses. Maison de Provence et d'Artois, avril, mai, juin, juillet, août, octobre, novembre, décembre 1774. 0M31 : Le duc d*Aumont, premier gentilhomme de la Chambre du roi, demande les meubles qui étaient dans la chambre, dans le cabinet du conseil et même la pendule du feu roi, 19 janvien 1775. 0*230, mai, juillet, août, septembre, octobre, novembre, décembre, 1774. 0<231 : Servicesde Mesdames de France et des enfants de France, année 1775 ; 0<232, année 1776 ; OV414, dépêches de Saint-Florentin, mai 1774. 0<41G, dépêches de Saint«Florentin, juin,