‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 14 sur 98 · ABOLITION OES CROUPIERS · texte numérisé non relu

ABOLITION OES CROUPIERS

aux fermiers généraux pour les prévenir que le roi Lettre de Turgot

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ne tolérerait plus désormais des engagements pris généraux, par eux avec des personnes inutiles à leur régie. Il " ^^^j^^^^ s'agissait de grands seigneurs, de dames de la cour, de favoris qui, sous le nom de croupier^ et croupières, leur étaient associés pour des sommes plus ou moins fortes Ces intérêts, concédés pour obtenir l'appui de personnes puissantes, diminuant les profils des fermiers, devaient, par une conséquence logique, amoindrir les revenus de TÉtat^ puisque les sommes à payer aux croupiers s'élevaient, dans le dernier bail passé par Terrai, à dix-neuf cent quatre- vingt mille livres, et diminuaient d'autant les six millions de bénéfices à répartir entre les soixante fermiers. Parmi les personnes favorisées se trouvaient Bordeu, médecin de madame Du Barry, son intendant de Montvallier, une marquise de Montmorency, une dame de Bassompierre, une demoiselle de Saint-Romain, la comtesse de Seran, femme du gouverneur des pages du duc d'Orléans ; le notaire de l'abbé Terrai, sa fille naturelle, madame d' Amerval, l'ancienne maîtresse de Louis XV, mademoiselle de Romans, le gendre du duc d'Aiguillon, M. de Chabriant. 11 y avait, de plus, des sommes libres pour des pensions à distribuer suivant la volonté de la Dauphine, qui pouvait octroyer six mille livres de pension sur le fermier Borda. Madame Sophie pouvait faire la même disposition sur M. de Villemorien ; sa sœur, madame Victoire, sur M. Berlin de Blagny. Madame Louise avait le droit d'exiger jusqu'à quinze mille livres de rentes, pour ses protégés, de M. Du Mejean, et madame de Provence pou-

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vait imposer des charges à M. Chalut de Yerin« Turgot, tolérant les abus existants par respect pour Taïeul du roi, décidait seulement qu'ils ne se renouvelleraient plus, et avertissait les fermiers généraux que leurs places ne seraient désormais remplies que par des personnes qui auraient occupé des emplois supérieurs dans les fermes pendant plusieurs années; il les prévenait que les fils des fermiers ne seraient adjoints à leur père que lorsque, âgés au moins de vingt-cinq ans, ils auraient donné des preuves de capacité dans différents emplois.

Ces décisions, tout équitables qu'elles soient, firent des ennemis à Turgot de la plupart des fermiers généraux, qui s'inquiétaient de ses désirs de réformes. Leur mauvaise volonté s'accrut quand le contrôleur général fit révoquer un arrêt du conseil d'État qui, pour assurer au gouvernement une augmentation d'impôt, leur donnait le monopole delà fourniture du sel dans les provinces rédimées de la gabelle. Les préjugés despotiques des fonctionnaires se réveillèrent lorsqu'il décida, contrairement à ce qui s'était fait jusqu'à lui, que les contribuables, dans les questions d'impôt, profiteraient du doute élevé sur l'application d'une loi fiscale. Les réclamations furent des plus vives contre ce changement de jurisprudence, qui ne livrait plus un simple citoyen à la merci d'une administration puissante, appuyée de jurisconsultes attachés à la défense de ses intérêts d'une manière permanente. Les financiers prétendirent que les intérêts de l'État seraient compromis, qu'ils ne pourraient plus tenir leurs engagements, et seraient obligés de demander une indemnité à la fin de leur bail.

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