NECKER TRAITE LA QUESTION DES BLÉS
ne devait être pour Necker qu'un texte de déclama^' tion littéraire. Prenant pour modèle l'œuvre singulière où J.-J. Rousseau, se posant en ennemi des sciences et des lettres» révéla la magnificence de sa phraséologie et jeta les bases des sophismes qui embarrassèrent dans la suite tous ses écrits, Necker débute en disant : <r II n'est point de question dans l'économie politique qui présente à l'esprit des objets de méditation plus profonds et plus étendus que celle des grains ; elle tient aux plus grands principes de la société, elle raiùène aux droits les plus anciens de la nature humaine, d Puis il continue : (n Que font^ hélas ! au bonheur du plus grand nombre des hommes tant de livres de morale et de philosophie?... Il est bien peu de vérités dont la discussion aboutisse au bonheur de la multitude. . . si les lois sur le commerce des grains peuvent assurer ou troubler son repos^ en est-il qu'ondoive approfondir avec plusde soin?... Le propriétaire ne voit dans les blés qu'un fruit de ses soins et un produit de la terre qui lui appartient. . . le négociant n'aperçoit dans cette denrée qu'une marchandise... Le peuple, sans réfléchir, mais éclairé par son instinct... envisage le blé comme un élément nécessaire à sa conservation... il veut pouvoir atteindre à sa subsistance par son travail, il réclame des lois de police qui lui en répondent. Ces trois classes d'hommes font retentir les noms les plus imposants pour la défense de leurs prétentions... C'est au milieu de ce choc continuel d'intérêts, de principes et d'opinions, que le législatenr doit chercher la vérité. Rempli d'un saint effroi... il doit s'élever... au-dessus des différents motifs qui re-
muent la société... lier dans sa bienfaisance tous ces ordres de citoyens, séparés par l'orgueil et les prétentions vaines ; il doit surtout être le protecteur de cette multitude d'hommes qui n'ont point d'orateurs pour exprimer leurs plaintes. if> Â la suite de cette introduction, il cherche en quoi consiste la prospérité d'un État, ce qui Tamène à faire des excursions sur l'origine des sociétés, sur l'économie politique. Il ne comprend sous le nom de richesse ce ni la terre qui nourrit les hommes, ni les avances en outils, animaux, en bâtiments, en denrées nécessaires pour la semence. » Tous ces ce genres de bien font comme partie absolue de la population, dit-il, car on ne peut pas séparer Thomme de sa subsistance. » Les seules richesses qui forment une puissance distincte de la population étant en fin de compte, selon lui, les métaux précieux, il classe les peuples en nations où les richesses s'accroissent avec le nombre des habitans, en nations où l'on ne peut obtenir ces richesses qu'aux dépens de la population, ce qui l'amène, dans ses divagations, à signaler l'accroissement de la population comme utile aux propriétaires et nuisible aux hommes qui vivent du travail de leurs mains. Après ces préludes, il arrive enfin à la question des blés pour démontrer que, contrairement aux vœux des économistes, la liberté de leur exportation n'était pas nécessaire aux progrès de Tagriculture en France. Il s'étend avec complaisance sur celte affirmation, prêtant aux économistes des arguments qu'il réfute, mettant en présence le propriétaire et l'ouvrier, dont l'un « met au jeu sa vie et celle de sa famille, et l'autre un simple retard dans l'accroisse-