‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 27 sur 98 · PREPARATION AU SACRE · texte numérisé non relu

PREPARATION AU SACRE

pour aller à Reims ^ et les curieux s'extasiaient cariosité qaMnsdevant les habillements, les broderies et surtout J^'i^^a^'î^ré^devantle carrosse du roi, qui coûtait, annonçait un bîîSfeq„e"^vî>. journal, deux cent cinquante mille livres. « On ne ^^"ajjtôs saurait rendre Taftluence du monde, lit-on dans une feuille de Tépoque, qui va voir les ornements du sacre et surtout le carrosse. C'est d'une richesse, d'un fini, d'une beauté à étonner les plus connaisseurs. » Le même journaliste écrit : « Pour donner un échantillon de la dépense énorme du sacre, il suffira de dire que, la reine devant assister à la cérémonie... on bâtit dans l'église un appartement complet pour Sa Majesté... On a abattu à Soissons une porte de la ville où le carrosse du roi n'aurait pu pénétrer à cause de sa hauteur dé dix-huit pieds, et l'on a également reconstruit sur la route les divers ponts qui s'y trouvent, par où Sa Majesté doit passer. Tout cela se rétablit par corvées. Les malheureux paysans qui y travaillent, dès qu'ils voient de loin un voyageur, s'agenouillent, lèvent les yeux au ciel, et les ramènent vers leur bouche, comme pour demander du pain. » Ces nouvelles ainsi présentées étaient un blâmed'autant plus direct contre d'inconcevables prodigalités, que les préparatifs de cette cérémonie commencèrent dès le 27 avril, le mois même où la Bourgogne s'émouvait de la cherté du pain. Le roi, consulté sur '» prétention de tous les officiers de sa maison, de celle de la reine, de Monsieur et de Madame, du comte et de la comtesse d'Artois et de ses sœurs, qui voulaient être conduits en poste dans les voitures de la cour, céda à son penchant à l'économie dans les petites choses qu'il pouvait régler. Il prescrivit

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que le nombre des officiers fût restreint au strict nécessaire, et que les dames de la cour n'eussent à leur disposition qu'une voiture pour les femmes de service qu'elles amèneraient avec elleScUn exempt des gardes du corps reçut l'ordre d'accompagner la couronne et les ornements royaux, portés par les religieux de Saint-Denis. Des logements chez les habitants de Reims furent assignés aux personnes de la suite du roi et des princes.

Le ministre, en prévision de la foule considérable qui allait s'accumuler à Reims, prescrivit la suspension de tous les droits perçus sur les grains, farines, légumes, vins, bestiaux et gibier, tant au profit de la ville que de l'archevêque, durant huit jours avant le sacre et huit jours après.

Les boulangers des environs eurent la permission, pendant le même temps, d'amener du pain dans la ville, et il fut permis d'y débiter toute espèce de viande.

Sacre de Dès Ic 3 juin, uuc ordonnance du bailli général de If juin 1775. Tabbaye de Saint-Remi avertit les habitants du village des Ardennes, le Chêne-Populeux, de se préparer avenir servir d'escorte à la sainte Ampoule. Il leur enjoignit de se conduire avec retenue et modération pendant leur voyage, de payer leur nourriture, celle de leurs chevaux, et de n'exiger que leur logement gratuit chez les habitants.

Dès les six heures du matin du 11 juin, les chanoines en chappe viennent occuper le chœur de la cathédrale, suivis bientôt par l'archevêque, des cardinaux, des evêques, par les ministres, les maréchaux, les conseillers d'État. A peine sont-ils plaeés qu'ar-

rivent le comte de Provence, le comte d'Artois, le duc d'Orléans, le duc de Chartres^ le prince de- Condé et le duc de Bourbon. Appelés à représenter, comme pairs laïques, les anciens ducs de Bourgogne, de Normandie, d'Aquitaine, les comtes de Toulouse, de Flandre, de Champagne ; ils étaient vêtus d'une tunique d'or descendant jusqu'au milieu delà jambe, serrée à la taille par une ceinture de soie violette mêlée d'or et d'argent. Un manteau ducal de drap violet recouvrait leurs épaules, leur tête portait un boTmet de satin surmonté d'une couronne, et le collier de Tordre du Saint-Esprit entourait leur cou.

Quand tout le monde est assis^ les chanoines de la cathédrale, avec la musique, se mettent en marche pour sortir de l'église, suivis du chantre et sous-chantre. Le marquis de Dreux, grand maître des cérémonies, marche après eux, suivi des deux évêques deLaon et de Beauvais. La procession entre dans une galerie couverte qui aboutissait à la porte de l'appartement du roi et s'arrête devant elle. Le chantre, s'avançant, y frappe avec un bâton. Que demandez-vous ? crie aussitôt de Tintérieur le grand chambellan. Nous demandons le roi, répond l'évêque, duc de Laon, Le roi dort, réplique le chambellan. Le chantre frappe de nouveau à la porte, etl'évêque, redemandant le roi, obtient la réponse qu'il avait déjà reçue. Le chantre frappe une troisième fois» et sur la réponse uniforme du chambellan, l'évêque dit : Nous demandons Louis XVI que Dieu nous a donné pour roi. Alors la porte s'ouvre, et le grand maître des cérémonies conduit les évêques auprès du roi, qui est couché, revêtu d'une longue camisole cramoisie

garnie de galons d'or et ouverte, ainsi que sa chemise, aux endroits du corps qui doivent recevoir les onctions. Une robe d'étoffe d'argent recouvre cette camisole, et la tête porte une toque de velours noir, garnie d'un cordon de diamants et ornée d'une plume et d'une double aigrette blancbe. L'évêque de Laon présente de l'eau bénite au roi en récitant l'oraison suivante : ce Dieu tout-puissant et étemel, qui avez élevé à la royauté votre serviteur Louis, accordez-lui de procurer le bien de ses sujets dans le cours de son règne, et de ne jamais s'écarter des sentiers de la justice et de la vérité, d Les deux évêques, à la suite de cette oraison, prenant Sa Majesté, l'un par le bras droit, l'autre par le bras gauche, l'aident à se soulever de son lit, et la procession reprenant, avec le roi, le chemin de la galerie couverte, rentre à l'église en chantant des prières.

Pendant cette cérémonie, les chevaliers barons de la sainte Ampoule, réunis dans l'église de l'abbaye de Sainl-Remi, prêtaient serment dans les mains du bailli général de l'abbaye et de son procureur fiscal, en présence de tous les religieux, de conserver et défendre cette relique. Après avoir juré sur rÉvangile de rester en otage jusqu'au retour de la sainte Ampoule, ces seigneurs, qui étaient au nombre de quatre, sollicitèrent la permission de l'acconipagner.

Cette première cérémonie achevée, le grand prieur alla retirer la sainte Ampoule du tombeau de saint Rémi, et, la suspendant à son cou par une chaîne d'argent, il se liissa sur un cheval blanc richement caparaçonné, et s'avança vers la catha-

drale sous un dais, au milieu d'une longue procession qui se déroulait entre une haie de troupes destinée à contenir la foule des curieux, et des maisons ornées de tapisseries. Les habitants du village du Chêne-Populeux ouvraient la marche en habits verts, gilets et culottes blanches, chapeaux à cocarde blanche, entouré d'une feuille de chêne, portant chacun un fusil armé de sa baïonnette, et précédés de tambours et d'un drapeau. Arrivé devant l'église, peu de moments après que le roi y est entré, le grand prieur descend de cheval et, présentant à Tarchevêque do Reims le reliquaire enrichi de diamants qui contenait le baume miraculeux , lui dit : « Je vous confie, monseigneur, ce précieux trésor envoyé du ciel au grand saint Rémi, pour le sacre de Clovis et des rois ses successeurs; mais Je vous prie, selon Tanoienne coutume, de vous obliger de me le remettre entre les mains après le sacre de notre roi Louis XVL » L'archevêque réplique : « Je reçois avec respect cette sainte Ampoule, et vous promets, foi de prélat, de la remettre entre vos mains, la cérémonie du sacre achevée. »Puis, prenant la précieuse iiole, il rentre dans la cathédrale et la dépose sur l'autel. Peu de moments après l'archevêque s'avance vers le roi, qui est assis et couvert, et lui demande, d'après Taptique usage, le serment de protection, Louis XVI lui répond : a Je promets d'empêcher les personnes de tout rang de commettre des rapines et des iniquités, de quelque nature qu'elles soient. Je jure de m'appliquer sincèrement et de tout mon pouvoir à exterminer de toutes les terres soumises à ma domination les hérétiques nommément condamnés par l'Église. y>

no livre; deuxième.

Celte formule de serinent prononcée, deux pairs ecclésiastiques présentent Louis XVI à rassemblée, lui demandant si elle l'agrée pour roi. Un silence approbateur succède à leur parole, et Tarchevêque, s'avançant le livre des Évangiles à la main, reçoit du roi le serment de maintenir et conserver les ordres du Saint-Esprit et de Saint-Louis, de porter toujours la croix de ce dernier ordre attachée à un ruban de soie couleur de feu^ et de faire observer la loi contre les duels, sans avoir jamais aucun égard aux représentations des princes ou seigneurs qui pourraient intercéder pour les coupables.

Le roi, qui a reçu pour la seconde fois Tépée de Charlemagne, la remet au maréchal de Clermont- Tonnerre, qui, faisant les fonctions de connétable, doit la tenir levée pendant la cérémonie du sacre et le festin royal.

Les prières en faveur des monastères, des grands du royaume et du peuple sont dites pendant la transmission de cette épée historique. Quand elles sont terminées, Tévêque qui officie ouvre la relique de la sainte Ampoule, fait tomber quelques gouttes de son contenu, et les mêle avec de l'huile bénite appelée saint chrême.

Le roi est alors à genoux devant Tautel, sur un carreau de velours violet semé de fleurs de lis d'or, le vieil archevêque de Reims à sa droite ; et des litanies chantées par quatre évêques, alternativement avec le chœur, se font entendre.

L'archevêque de Reims, se levant quand elles finissent, s'assied sur un fauteuil, et le roi s'agenouille devant lui, pour recevoir du prélat sept onctions

avec rhuile de la sainte Ampoule ; sur le sommet de la tête, sur la. poitrine, entre les deux épaules, sur chacune des épaules, à la jointure du bras droit et du bras gauche, a Qu'il réprime les orgueilleux, qu'il soit une leçon pour les riches, qu'il soit charitable envers les pauvres... Qu'il n'abandonne point ses droits sur les royaumes des Saxons, des Merciens, des peuples du Nord et des Cimbres, j> dit rarchevcque dans une suite d*oraisons; et quand il a fini, il referme, avec l'aide des évêques de Laon et de Beauvais, les ouvertures de la chemise et de la camisole du roi.

Louis XVI se relève, et le grand chambellan le revêt de la tunique^ de la dalmatique et du manteau royal. Le roi s'agenouille de nouveau devant le pré-^ lat qui officie, et reçoit de lui deux autres onctions sur la paume de la main droite et de la main gauche^ et un anneau lui est passé au quatrième doigt de la main droite, comme signe de la toute-puissance et de l'union intime qui régnera entre le roi et son peuple. L'archevêque de Reims, prenant alors sur 1 autel le sceptre royal, le met dans la main droite du roi, et, saisissant la main de justice^ la place dans sa main gauche.

A cet instant, le garde des sceaux, faisant les fonctiens de chancelier, monte à l'autel, et, le visage tourné vers le chœur, appelle successivement tous les pairs, qui représentent les ducs de Bourgogne, de Normandie, d'Aquitaine, les comtes de Toulouse, de Flandre et de Champagne. Ils s'approchent, et au moment où l'archevêque de Reims pose la couronne de Charlemagne sur le front de Louis XVI, les pairs

laïques, unis aux pairs ecclésiastiques, étendent la main vers elle comme pour la soutenir. Cette allégorie de l'appui donné autrefois au roi par les grands vassaux est rappelée au même moment par les oraisons qui sont récitées, où se trouve entre autres cette expression orientale : a Que le roî ait la force du rhinocéros, et qu'ilchas se devant lui, comme un vent impétueux, les nations ennemies, jusqu'aux extrémités de la terre. »

L'archevêque de Reims prend alors le roi par le bras droit et, précédant avec lui les pairs et les grands officiers de la couronne, il le conduit au trône élevé sur le jubé, et l'y fait asseoir en récitant des prières où il est dit : « Comme vous voyez le clergé plus près des saints autels que le reste des fidèles, ainsi vous devez avoir attention de le maintenir dans la place la plus honorable. » En achevant il quitte sa mitre, fait une profonde révérence, et baise le roi en s' écriant : a Vivat rex in sternum . » Les pairs ecclésiastiques et laïques baisent successivement Sa Majesté et vont reprendre leur place. Alors les portes de l'église s'ouvrent, le peuple s'y précipite en foule, les cris de vive le roi retentissent sous les voûtes; on bat des mains, l'enthousiasme devient communicatif, les pleurs coulent des yeux du plus grand nombre, et la reine, vivement émue, fond en larmes. Impression <c Lc sacrc a été parfait de toutes manières, écrit 'lîTcre suMes^ Maric-Antoinette à sa mère... Les cérémonies de

spectateurs,

lettre de Marie. Téglisc étaient interrompues au moment du couron-

Aotoinette à Uarie-Thérèse.

Antoinette à j^q^q^ïI par Ics acclamatious les plus touchantes. Je n'ai pu y tenir, mes larmes ont coulé malgré moi . . . J'ai fait de mon mieux pendant tout le temps du

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