JUGEMENT DU PUBLIC SUR LE SACRE
voyage pour répondre aux empressements du peuple... C'est une chose étonnante et bienheureuse en même temps d'être si bien reçus deux mois après la révolte et malgré la cherté du pain, qui malheureusement continue. C'est une chose prodigieuse dans le caractère français de se laisser emporter aux mauvaises suggestions et de revenir tout de suite au bien. Il est bien sûr qu'en voyant des gens qui dans le malheur nous traitent aussi bien^ nous sommes encore plus obligés de travailler à leur bonheur. Le roi m'a paru pénétré de cette vérité ; pour moi, je sais bien que je n'oublierai de ma vie (dût-elle durer cent ans) la journée du sacre ^ »
Charmant élan d'un cœur excellent^ mais effusion sans portée pour Tintérêt d'une nation, chez une jeune femme de vingt ans livrée avec frénésie à son goût des plaisirs, au point de ne connaître ni limite, ni obstacle aux fantaisies que lui suggérait, soit son imagination, soit son désir d'obliger les personnes auxquelles elle s'attachait.
Le sacre qui avait ému les assistants, comme cela arrive dans toutes les grandes scènes où la religion joue un rôle, le sacre devait cire, pour ceux qui n'en furent pas témoins, plutôt un objpt de raillerie que d'édification.
a La cérémonie du sacre approchant, » écrit quel-
* Œuvres de Condorcctf t. V, p. 107. — Journal historique du rrfto- Wssement de la magistrature^ t. VI, p. 143. — Œuvres de Turgoi, t. H, p. 501. — Mémoires secrets pour servir à Vhistoire des lettres, t. VilT, p. 8, 38, 40, 47, 84. — Mémoires de if- Campan. Paris, 1822, in-8% 1. 1, p. 350 et suiv. — Correspondance secrète de Marie-Thérèse et du comte de Mercy, t. Il, p. 343, -—Archives nationales ^K 161 ;0^ 120; 0« 417; O' 472. fol. 51 : Annonce du jubilé de 1776. 22 février.
254 LIVRE deuxième:.
ques jours avant un journal, q: on a fait imprimer Tordre et la marche des cérémonies qui y seront observées. De ce fatras très-long d'étiquettes puériles, voici ce qu'on peut extraire... Sa Majesté sera reçue dans toutes les villes où Elle passera... aux acclamations des peuples (les acclamations futures des peuples ont paru fort singulières dans cette relation, comme, si elles étaient de commande ainsi que le reste)... Les pairs ecclésiastiques ont tous les honneurs... L'archevêque de Reims commence par faire une requête pour toutes les églises de France... Ce n'est qu'après ce premier serment que le monarque en fait un antre, qu'on appelle le serment du royaume. » Quelques jours après, il y est dit, toujours à propos du sacre : « M. l'archevêque de Paris fait publier un mandement qui ordonne des prières publiques à l'occasion du sacre du roi. Il est tout à fait dans le sens du clergé, qui rapporte l'autorité des ' princes toute à Dieu, c'est-à-dire à lui : c'est une vraie capucinade publique. » Après le sacre, il imprime : oc L'archevêque de Reims a donné un mandement où il paraphrase le Nunc dimittimusy etc., en disant qu'il a baptisé le roi, qu'il lui a fait foire sa première communion, qu'il Ta marié, qu'il le sacre, qu'il n'a plus rien à désirer, » puis le journaliste ajoute : « Son neveu est fait cordon bleu, » ' Jugement du « C'cst uuc chosc bicu élraugc que ce sacre, rémoniedusacre; maudc Voltairc à Frédéric. On fait coucher tout de
lettres de Vol~
taire, de SOU loug uu pauvrc Toi OU chemiso devant des prê- '^^Fr'S?^^^^ très, qui lui font jurer de maintenir tous les droits de l'Église, et on ne lui permet d'être vêtu que lorsqu'il a fait ce serment. Il y a des gens qui prétendent