LES SEPT MARÉCHAUX
le comte de Noailles Torgueil, le comte du Muy la colère, le duc de Duras la luxure. On avait voulu, diton, les comparer aux sept planètes, mais on n'avait pas trouvé celle de Mars; et un plaisant s'écria, en résumant Teffet que devait produire une pareille promotion :
Réjouissez-Tous, ô Français t Ne craignez de longtemps les horreurs de la gaerre. Les prudents maréchaux que Louis vient de faire Promettent à vos vœun une profonde paix.
Fitz-James n'était pas encore satisfait, car LouisXVI dut répondre à de nouvelles réclamations de sa part que la pension qui lui avait été promise lui avait été donnée et qu'il avait obtenu le grade qu'il sollicitait ' .
Mercy essaya vainement de disculper la reine en face des militaires ce qui se plaignaient hautement de ce que Sa Majesté avait appuyé la demande du duc de Fitz-James. » Le public le crut d'autant moins, que l'immixtion de cette princesse dans une affaire judiciaire qui remuait fort les esprits à Paris, la compromettait vis-à-vis de la nation tant par suite des éloges que lui prodiguaient les partisans du comte de Guines, en exaltant sa bonté, sa justice et son crédit, que par les plaintes que faisaient ses adversaires de la pression exercée par cette princesse sur des décisions à prendre par des magistrats.
* Mémoires seerett pour servir à Vhistoire des lettres, t. VU, p. 3i3, 325; t. VllI, p. 61, 64, 82, 103, 117, 188. - Œuvres de Voltaire, t. LXIX, p. ^93, 301. — Mémoires de Marmontel, t. III, p. 156. — Œuvres de d'Alembert. Paris, 1822, 10-8", t. V, p. 364. — Correspondance secrète àt Marie-Thérèse et du comte de Mercy, t. I, p. 140: t. II, p. 161, 177, 195. 270, 275, 291, 316, 318, 359, 367. 375, 377. 386, 399 - Louis 171, Marie- Antoinette et Jf"" Elisabeth, par Feuillet de Concbes, t. Il, p. 441 t\ i\ii\. ^Mémoires de M''* Campan,i, I, p. 132 et suiv.— i.rcM'1lelfUlU'o- Tlaif#.0*4^,fol.606,^2oct.l775, O4^0,fol.232, 239,244,250 et 8uiv,
Le comte Ce couite de Guines, ami intime des Choiseul, ''*'^'' était ua des hommes les plus spirituels de la cour. Sa conversation plutôt fine que satirique, son imperturbable gravité quand il racontait des histoires plaisanteSy l'irréprochable recherche de son habillement et de sa coiffure, tout faisait de lui un personnage qui pouvait prétendre à de grands succès auprès des femmes. Envoyé comme ambassadeur à Berlin, il fut apprécié parle grand Frédéric, avec lequel il fit de la musique. De Berlin il passa à Londres continuer sa vie d'homme à bonnes fortunes, car, en 1773, il n'était question que de ses amours avec lady Craven. Il en vint jusqu'à proposer à cette mère de sept enfants de se faire séparer juridiquement de son mari pour vivre plus commodément avec lui. Lord Craven allait intenter un procès en adultère, et avait séquestré sa femme à la campagne pour qu'elle ne pût s'entendre avec personne dans les réponses à faire au juge qui l'interrogerait, oc C'était, dit le duc de Lauzun, l'affaire la plus désagréable et la plus fâcheuse que pût jamais avoir un ambassadeur, cela joint au terrible procès qu'il avait avec Tort, son secrétaire. i> Lauzun, mari de la nièce de de Guines, qui vivait comme lui au milieu de toutes sortes de désordres, fit forcer la retraite de lady Craven par une de ses maîtresses, la princesse Czartoriska, et les réponses qu'elle conseilla à cette dame la sauvèrent ainsi que son amant, piocè* du comte Lc procès dc de Guines avec Tort de La Sonde était i<0D secrèttire, moius facilc à accommoder. Il s'agissait de jeux de " ** bourse et d'affaires de contrebande. Tort, qui était attaché à l'ambassadeur comme secrétaire depuis 1767, avait-il agi pour son compte ou pour celui de de
LE COMTE DE GUiNES. 263
Gaines? De Guines soutenant être étranger à ses méfaits, Tort allait être atteint par la justice anglaise, lors* qu'il passa le détroit et vint en France en 1771. Mis à la Bastille dès son arrivée, sur la dénonciation de Tarnbassadeur, il n'en sortit que Tannée suivante, et, à peine en liberté^ intenta à de Guines un procès criminel, dans lequel il soutint n'avoir jamais été que son prête-nom.
Le procès avait donné lieu à plusieurs mémoires, Guines Tcut se
1JAM* 1 lA^i A' 3 1 • poser en Tictime
quand de Gumes, cherchant a le sortir de la voie daductfAiguiihonteuse dans laquelle il était entré, voulut se *°Se' v^'^nT* donner comme la victime d'intrigues ministérielles. ^^*>"«^^^- Il prétendit avoir été entravé dans sa défense, et demanda au roi la permission de faire imprimer et de publier les extraits de ses dépêches qu'il croirait utiles à sa cause : ce Peu de corrections suffiraient, dit Yergennes au roi, à propos des passages que Tambassadeur lui avait communiqués, pour prévenir que la publicité de cette note puisse paraître ofTensive au ministère d'Aiguillon ; mais il est une observation générale qui semble demander une sérieuse attention.
a S'il s'établit, par le fait, qu'il peut survenir des cas où un ambassadeur du roi sera autorisé à rendre ses dépêches publiques^ quel est le ministre, n'importe de quelle cour, qui osera se permettre désormais de traiter confidentiellement avec aucun ministre du Roi? La familiarité de la conversation, la chaleur du discours, emporteront quelquefois l'homme le plus réservé au delà des bornes ; on se livre d'autant plus facilement qu'on est moins en défiance... Mais s'exposer à être traduit au tribunal du public, c'est un inconvénient redoutable pour tout être raisonna-
ble qui s'estime assez pour ne pas vouloir être la fable de TuniverSt M. de Guines établit la nécessité delà publication des extraits de ses dépêches sur ce qu'il est impossible que sa défense soit jamais claire aux yeux de l'Europe ; c'est lui-même qui a provoqué ce tribunal. Si le roi accorde à M, de Guines la publication qu'il sollicite, il ne pourrait refuser à la partie adverse de fouiller à son tour dans les mêmes dépêches pour y puiser des moyens d'attaque et de défense. Cette condescendance peut devenir abusive. Cette permission paraît d'autant moins nécessaire^ que Sa Majesté a déjà consenti que tous les documents qui peuvent répandre du jour sur cette affaire fussent mis sous les yeux de son procureur du roi et de son lieutenant au Châtelet. Les juges se trouvant par là suffisamment éclairés, le public a d'autant moins besoin de l'être... Ces sortes d'appel qu'on lui fait... ne sont bons qu'à exciter une fermentation toujours dangereuse dans un État, à y introduire l'esprit de partialité et de faction, enfin à y faire germer l'animosité et l'aigreur. »
La reine obtient Vcrgennes uc voulaut pas, d'après le désir du roi,
ce qoe le conseil ^ r ' r
de» ministres commuuiqucr la demande de de Guines au Conseil, comte de Guines. résuma daus uue note, comme il le dit : a quelques
réflexions essentielles qu'il était de son devoir de lui soumettre. » Le Conseil fut unanime pour refuser; mais la reine insista tellement auprès de Louis XYI, que de Guines obtint de faire ce qu'il désirait. La reine, écrit Mercy, ce vient de donner, à cette occasion, une preuve bien marquée de son crédit et de son ascendant sur l'esprit du roi. Le* comte de Maurepas en a été un peu déconcerté, et ce ministre et