‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 32 sur 98 · LE COMTE DE GUINES · texte numérisé non relu

LE COMTE DE GUINES

journaux de Tépoque. Tort était condamné pour avoir fait une plainte calomnieuse contre le comté de Guines, en l'accusant de lui avoir ordonné ce de jouer pour le compte dudit comte de Guines dans les fonds publics. » Il devait faire réparation d'honneur audit comte en présence de douze personnes, payer trois cents livres de dommages et intérêts, applicables a au pain des prisonniers du grand Châtelet. » Tort était déclaré innocent de Taccusalion qu'avait portée contre lui le comte de Guines, pour soustraction ce des deniers et des papiers que ledit comte a depuis retrouvés. » Les accusations du comte de Guines contre Tort et Delpech, au sujet de communication de dépêches et de contrebande, n'étant pas admises, Tort devait payer cinq sixièmes des frais du procès, et un sixième restait par moitié à sa charge et à celle du comte de Guines.

Ce jugement, qui aurait dû faire réfléchir la reine, si toutefois les affirmations deVergennes n'avaient pas démontré jusqu'à l'évidence qu'au fond du procès il y avait une intrigue de cour, ce jugement devait passer inaperçu auprès d'une jeune femme de vingt ans. Vergennes expliqua en vain à Marie-Antoinette qu'il ne pouvait rappeler de Londres le secrétaire d'ambassade Garnier, parce que sa déposition dans le procès du comte de Guines lui déplaisait. Cette princesse lui ferma la bouche par ces mots impérieux : <L J'y persiste, et je l'exige, » et ce ministre dut recourir à Mercy pour faire des représentations à la reine. Le public qui pouvait ignorer ce détail, était du reste au courant de l'intervention passionnée de la souveraine dans ce procès, car un journal , an-

nonçant le projet qu'avait Tort d'en appeler du Jugement rendu, écrit : a La reine, qui a beaucoup influé dans le jugement, excitée par la cabale des Choiseuls, aurait voulu qu'il n'eût plus été question de cette afiaire, mais l'équité du roi a prévalu. » Le ravage fait dans l'esprit de la reine par une dissipation suivie était du reste tel à cette époque, que son conseiller fidèle et dévoué, le comte de Mercy, affirme qu'il n'y a que des idées fortes et déplaisantes qui puissent la ramener à la réflexion * .

Mais qui pouvait parler d'idées fortes et déplaisantes, quand Mercy, lui faisant des observations sur les excès du carnaval, sur des plaisirs bruyants et continuels qui devaient déplaire à un prince méthodique, sérieux et tranquille, recevait pour réponse : qu'il répétait ce qu'avait dit le comte de Rosenberg, et s'était concerté avec lui ; quand la reine, entrant dans ce quelques détails sur des sujets de peine que lui causait sa position, ajoutait qu'il fallait bien s'en distraire, et qu'elle n'en trouvait les moyens qu'en multipliant ses amusements? »

Lo baron de Be- La rcinc avait admis depuis peu dans son intimité

BeiiTaletlareioe. • i ,

le baron de Besenval, lieutenant-colonel des Suisses,

* Mémoires du ministère du duc d'AiguUlon. Paris, 1792:, in-8*, p. 04 et suiv. — Mémoires de lf"« de Genlis, Paris, 1825, in-S", p. 307, 317, 318, 324, 383, 390. — Correspondance secrète de Marte-Thérèse et du comte de Mercy, t. II, 221, 310, 313 et soi?., 318, 322, 349 et saW., 3G6. — Mémoires du duc de Lausun. Paris, 1858, in- 12, p. 122 etsuiv., 136 et suiv. — Souvenirs et portraits, par M. de Lé?is. Paris, 1813, iii-8% p. 1 59 et saiv. — Journal historique de la révolution opérée dans la magistrature. Londres, 1776, in-I2, t. VI, p. 308, 309 et suiv. — Mémoires secrets pour servir à l'histoire des lettres, t. VIII, p. 18, 37, 62, 69, 70, 142. ^ Archives nationales, K 164 : Correspondance de Vergennes, note remise au roi le 21 février 1775, n' 7; note du 5 mars, n' Uj Utlre de Louis XVI à Yer^ennes, n** 17t

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