‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 33 sur 98 · LE BARON DE BESENVAL · texte numérisé non relu

LE BARON DE BESENVAL

dont Choiseul avait été colonel général avant le comte d'Artois. Ce baron, qui ne tarda pas à être l'agent de toutes les menées, le convive de tous les soupers cl de toutes les parties, nous a révélé les moyens employés pour circonvenir une femme sans expérience. <x Dans ce temps-là, dit-il, se plaidait au Ghâtelet le procès criminel du comte de Guines, procès intenté par un de ses secrétaires nommé Tort, et dont le moteur était le duc d'Aiguillon. La reine protégeait ouvertement le comte de Guines, et le duc d'Aiguillon avait pour lui MM. de Yergennes et Maurepas... Le comte de Guines aurait été la victime sans l'adresse et la fermeté que la reine, aidée des conseils de la comtesse Jules de Polignac, mit dans toute la suite de cette affaire, malgré la légèreté de son carao^ tère. Les ministres, continue-t-il, agissaient en dessous, et portaient des coups fourrés ; la reine les parait en allant directement au roi, et faisant, d'un mot, souvent révoquer le lendemain, ou quelques heures après, ce qui avait été accordé par la haine et la méchanceté, d A la suite de ce débuts qui met en lumière le roman inventé par l'ambition de Choiseul et de ses partisans, Besenval parle de circonstances qui l'ont rapproché de la reine, des confidences que lui faisait cette princesse, et dit : ce Je lui représentai avec force le danger qu'il y avait pour elle de laisser subsister une cabale... ayant à sa tête le duc d'Aiguillon, dont le caractère méchant, vindicatif et profond, devait lui faire tout craindre ; indépendamment de Timportunité de se voir chansonner à tout instant, de voir ses moindres démarches empoisonnées ou tournées en ridicule par cette foule

d'émissaires que le duc d'Aiguillon tenait toujours à ses gages... La reine sentit combien il lui était important de se défaire de M. d'Aiguillon. Il y avait peu de prétextes pour l'exiler ; je lui conseillai de mettre en avant, vis-à-vis du roi, l'audace avec laquelle il avait poussé le comte de Guines, quoiqu'il ne pût douter de la protection qu'elle lui accordait.» Après ces singuliers arguments, qui faisaient un crime à d'Aiguillon d'avoir repoussé une calomnie qui s'adressait à son honneur, Besenval ajoute avec une franchise qui approche du cynisme, a L'intérêt de la reine aurait suffi pour me faire attaquer M. d'Aiguillon, que je n'avais aucune raison personnelle de haïr ; mais d'autres considérations m'y portaient encore. C'était lui qui était l'auteur delà chute de M . de Choiseul ; il convenait à mon sentiment de l'en punir. Je ne pouvais me flatter d'aucun espoir de retour de M. de Choiseul, tant que M. d'Aiguilr Ion serait à portée de pouvoir quelque chose, et en l'éloignant, je croyais rendre un grand service à mes amis en particulier, jugcmeni de cc D'après mos conseils, la reine se mit à travailler roreuuTiareiie. contre M. d'Aiguillou. Le roi personnellement, et

par tout ce qui lui en revenait, était mal disposé pour lui. D'un caractère faible, méfiant, arrivant sur le trône sans avoir la moindre notion des affaires, il n'était pas difficile de lui donner des impressions ; il était encore plus aisé d'en faire prendre à la reine, pour laquelle il avait tout le goût qu'une femme aimable et remplie de grâces peut inspirer... Elle ne parvint cependant à son but, continue-t-il, qu'au bout de six semaines. M'ayant pris à part à une

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