LE BARON DE BESENVAL
chasse... elle m'apprit qu'on allait dire à M. d'Aiguillon de se rendre à Verret ' jusqu'à nouvel ordre, sans suivre toutefois la méthode ordinaire d'une lettre de cachet, prise en telle horreur que le nom seul suffisait pour révolter tout le monde... Je fis observer à la reine que c'était presque manquer son coup que de ne l'envoyer qu'à Verret, dont la proximité lui laisserait la facilité de conserver ses liaisons. •• qu'il fallait qu'il allât à Aiguillon... La reine me répondit que l'affaire était arrangée, qu'il lui serait bien difficile de revenir sur cela, que cependant elle verrait. Je lui répliquai que ce parti était absolument indispensable, si elle voulait travailler pour elle et les honnêtes gens. »
La reine, sous l'influence des conseils qu'elle re- Revue passée par cevait, se montra impolie et altière vis-à-vis du duc '«~''""*^* d'Aiguillon, quand il parut à la tête de la compagnie des chevau-légers, dans une revue passée par le roi dans les derniers jours du mois de mai. Louis XVI fut peu acclamé, et la reine ne reçut aucun applaudissement. Cette froideur du public qui commençait la frappa ; elle en parla à Mercy, qui lui observa qu'on avait fondé de <c grandes espérances en son influence dans les objets utiles et dans la coopération au bien que lui procurerait son crédit... que le public voyait avec un peu d'humeur que la reine ne s'occupe que d'amusements, et néglige tous les moyens de remplir le rôle que la confiance générale lui destinait. »
* Probablement Vaires ou Veyrea, dans Seine -et-Oise, h trois iieoes (l'Éiampes, où il y a un ebftteau sur l'Essonne.
pLle°8*wîSrow' Quelques jours après, Marie-Antoinette, oubliant changements ' ccs graves enseigncmenls, s'irritait d'apprendre que
pinion publique. Tou parlait d'elle avec lic^ence dans Paris. Elle faisait venir le lieutenant de police, et lui enjoignait de prendre des mesures efficaces pour réprimer cette liberté de propos, et se décida à renoncer à venir à l'Opéra, de peur de ne pas être accueillie comme autrefois. Mercy, qui nous apprend ces détails, ajoute que, a dans le fond^ l'affection du public pour la reine n'a point varié, y> parole de courtisan que détruit le récit de Besenval, en dévoilant, sans s'en douter, l'immense changement qui s'est fait dans les esprits, lorsqu'il raconte l'effet causé par l'ordre donné à Tancicn ministre de Louis XV de se rendre à Aiguillon au moment où il se disposait à venir au sacre, « Je m'attendais bien, écrit-il, que cet événement ferait grand bruit, et qu'il y aurait des gens qui crieraient contre; mais j'étais bien loin de penser que ce seraient ceux qui tenaient à M. de Choiseul qui feraient le plus de olamcurs... Le sentiment de vengeance et de justice fut étouffé par une compassion philosophique que les femmes, qui s'étaient érigées en législateurs, outrèrent, ainsi qu'elles outrent tout. On n'entendait que les mots de tyrannie, de justice exacte, de liberté du citoyen et de lois. On se demandait, avec un peu plus de raison, ce que M. d'Aiguillon avait fait de plus que lorsque le roi était monté sur le trône... Quelque impatienté que je fusse, je laissais dire, j'avais obtenu ce que je croyais de mieux pour la reine et pour tout le monde : il ne me restait plus qu'à veiller à ce que ces propos ne fissent aucune impression sur elle. » ce Le départ de M. d'Aiguillon est tout à fait mon