EXALTATION DE LA REINE
ouvrage, écrit, à quelque temps de là, Marie*ÂDtoi* nette au comte de Rosenberg. La mesure était à son comble; ce vilain homme entretenait toute sorte d'espionnage et de vilains propos. Il avait cherché à me braver plus d'une fois dans Taffaire de M. de Guines ; aussitôt après le jugement^ j'ai demandé au roi son éloignement. »
Cette princesse ne pouvait, dans de pareilles dis* £otnmie do positions d'esprit, que se trouver à la merci de Choi- ''Tdu^dî^'de"* seul, qui lui fit inspirer par Besenval le désir de^^"*'*^™ l'entretenir pendant son séjour à Reims. Marie- Antoinette en parla à Louis XVI, qui, malgré son aversion pour cet ancien ministre, indiqua lui-même à la reine le moment où elle pourrait le recevoir. Choiseul félicita cette princesse de la fermeté qu'elle avait mise à soutenir le comte de Guines, et sollicita, pour cet ambassadeur, le cordon bleu. Sans rien demander directement pour lui-même, il rappela, comme une chose historique, les torts qu'on avait eus vis-à-vis de lui, et raillant avec grâce et gaieté le per* sonnel des ministres, il jeta, avec le dédain d'un grand seigneur, le ridicule sur les gens de robe. 8 Dans les demandes du duc et dans ses avis, il y a eu, dit Mercy en se résumant, plus de tournure d'in« trigues que de marques de zèle pour la reine. »
Marie- Antoinette, éloignée avec soin de ses conseil* BiaitaUon de la 1ers Mercy et Tabbé deVermond par les personnes qa^efier^u'la
1^ . • 1 11 > 1 «^ lettre au comte
de son ^tourage, parmi lesquelles s employait avec de Rosenberg. zèle la comtesse de Brionne, était tellement exaltée, queVermond, découragé et inquiet, parlait de se retirer de la cour. Assaillie de conseils, comblée d'adulations, il n'était question autour d^elle que de
274 LlVRe DEUXIÈME.
la manière d'étendre son pouvoir sur le roi, et, par conséquent, sur le royaume. Il n*y a, lui disait-on, que deux manières de subjuguer le roi : par les voies de douceur ou par la crainte. Elle inclinait pour la crainte, malgré les observations de Mercy, et, entraînée, sans s'en rendre compte, par suite de cet esprit de dénigrement et de plaisanterie qui égaie trop souvent les réunions de personnes oisives, elle écrivait au comte de Rosenberg : <c Vous aurez peut-être appris Taudience que j'ai donnée au duc de Ghoiseul à Rheims. On en a tant parlé que je ne répondrais pas que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se reposer chez lui. Vous croirez aisément que je ne Tai point vu sans en parler au roi ; mais vous ne devinerez pas l'adresse que j'ai mise pour ne pas avoir Tair de demander permission. Je lui ai dit que j'avais envie de voir M. de Choiseul, et que je n'étais embarrassée que du jour. J'ai si bien fait que le pauvre homme m'a arrangé lui-même l'heure la plus eommode où je pourrais le voir. « 141 reine teutede Bcseuval, OU compUmeutant la reine « sur Téloiwreunmioirtre.gngp^gjjt d'uu hommc (AiguiUon) aussi dangereux
pour elle... lui fit envisager qu'il ne fallait regarder cet événement que comme un premier pas vers l6 crédit ; que, pour le constater et le rendre invariable, il était nécessaire de faire des ministres sur lesquels elle pût compter. » La rdne était d'autant plus portée à écouter ce perfide conseil, que Vermond et Mercy, dans leur sollicitude pour cette jeune femme, rentretenaient constamment de ne rien oublier de ce qiii pouvait être propre à maintenir et à augmenter Tascoudant qu'elle avait sur l'esprit et le cœur de son
LE ROI ET MALESHëHBES. 275
époux', et de se conduire, dans ses protections et demandes, de manière à donner de la consistance à son influence. Besenval faisait allusion à la retraite du duc de La Vrillière, qu'il annonça même devoir être prochaine. La reine, d'accord en cela avec Topinion publique, quf avait un souverain mépris pour ce ministre persécuteur, avait demandé son renvoi depuis quelque temps. Besenval, remarquant que la place de ministre de la maison du roi allait devenir vacante, conseilla de la réserver à M. de Sartines et de nommer ministre de la marine un M. d'Ennery, ajoutant, avec une sorte de fatuité qui avait les apparences de la franchise : ce Indépendamment de ce que M. d'Ennery réunit toutes les qualités nécessaires à ce département et le suffrage de tout le monde, j'en réponds à Votre Majesté comme de moimême ; et la meilleure preuve que je puisse lui en donner, c'est que je le lui propose. »
Besenval alla, avec .l'autorisation de Marie-Antoi- naie^ierbea nette, entretenir Sartines de la nécessité de'quitler '^^,^'1^!^^ son ministère pour être agréable à la reine, et parla '^;iî*Lo„i^5^v\"* au duc de Choiseul de soa projet, qu'il approuva, m juin 1775/ sans vouloir toutefois coopérer à sa réussite par des démarches. Le temps du sacre passa sans que rien fût décidé. Le public s'impatientait de voir La Vrillière toujours à son poste ; sa présence indignait, comme dit un journal du temps, les amis de la justice. Le 29 juin, Je même journal imprimait cette phrase : a Quoique le sacre soit passé depuis longtemps, M. le duc de La Vrillière, qu'on espérait voir déguerpir, tient bon et ne s'en va pas. » La veille de ce jour, Louis XVi, décidé, avait écrit à Malesherbes :
276 UVBE DEUUÉIIE.
a Dclerniiné à recevoir sous peu la démission de M. de La Yrillière) je ne puis rien faire qui me soit plus particulièrement agréable que^de rapprocher en cette occasion de ma personne*. • l'éloquent et intègre président de la cour des aides. Pai chargé M.Turgot... de vous dire, monsieur, combien je fais cas de votre fidélité à mon service et de votre amour pour le bieo public, et je veux vous voir tous deux aupr(ès de moi acquérir de concert de nouveaux droits à mon estime et à ma tendre amitié. Venez donc, monsieur, occuper la place qui appartient à vos talents. Votre cœur s'applaudira d'avoir de plus fréquentes occasions de faire le bien ; et le bonheur le plus doux sera pour moi, qui assure celui de mon peuple tout en honorant une vertu telle que la vôtre. » Nouveue lettre Maleshcrbcs ne se rendit pas de suite à ce noble NiaêsCrbL, appel d'un jeune homme passionné pour le bien ; il 30 juin 1775. ^ésist^ aux iustanccs de Turgot, et le roi, convaincu, comme son contrôleur général, de la nécessité de sa présence dans le ministère, du! lui écrire encore deux jours après : « M. Turgot, monsieur, m'a rendu compte de votre répugnance à prendre la place que je vous ai offerte ; mais je pense toujours que votre amour pour le bien public doit la vaincre, et vous ne sauriez croire le plaisir que vous me feriez d'accepter, du moins pour quelque temps, si vous ne voulez pas vous y déterminer tout à fait. Je crois que cela est absolument nécessaire pour le bien de l'État.) Grandi moralement au contact de Turgot, frappé des lumières de son esprit élevé et laborieux, le jeune roi fortifiait chaque jour les qualités de son cœur et 4e son intellîgmce. La reine, au contraire, entourée