LES ÉCONOMISTES ET LES PARTISANS DES ABUS. U
Un ouvrage intitulé î a Sur les finances, » avec cette épigraphe : ce Ni ferme ni régie, Tune et Tautre sont la perte des États, y> attaqua avec violence les fermiers généraux, en mettant en scène, sous forme de dialogue, les imprécations d'un malheureux dont leurs agents ont ruiné la famille et fait périr le père, et les efforts d'un curé pour modérer sa douleur. Les extorsions des suppôts de la ferme étaient décrites avec des détails d'une vérité navrante, et Fauteur concluait, comme les économistes, à un cadastre général de la France, qui permettrait un impôt sur les propriétés.
Les économistes, qui au début appuyaient avec lw économistes; Quesnay et Mirabeau la théorie des gouvernements, eoDem^is les^ar. absolus^ se dégageaient peu à peu de ce point de vue ^"^îégel**" erroné. Occupés des produits en tous genres de l'industrie humaine, ilspouvaient errer dans la manière de juger leur distribution, dans la part qui devait en être faite à chacun et dans les moyens à employer pour les multiplier. Mais les conséquences qu'ils tiraient d'observations mal faites devaient se corriger à la longue par des observations nouvelles. Bien différents des légistes, discutant les actions humaines en restant dans le vague des abstractions, et faisant parfois les théories les plus monstreuses pour colorer d'un prétexte les actes les plus criminels, les économistes ne pouvaient rester indéfiniment dans Terreur. Ils étaient en germe le grand parti libéral,
parti outragé à la fois par les despotes royaux cl par ces sortes de prophètes appelés socialistes qui, à la suite de Rousseau^ se croient permis de ployer leurs semblables aux fantaisies de leur
imagination. Les économistes, conduits par l'implacable logique des faits, explorant un à un tous les anneaux de la longue chaîne d'abus avec laquelle avaient été enlacés les hommes, devaient forcément aboutir à la destruction de tout esclavage.
Aussi étaient-'ils traités d'instinct comme leurs plus redoutables adversaires par les partisans des abus, et d'Éprémesnil, en dénonçant au Parlement un livre sur les corvées, parlait des économistes, de cette d secte d'enthousiastes cherchant non-seulement à' combattre les préjugés et à renverser les formes sagement établies, mais â détruire les lois les plus anciennes, les principes les mieux avoués, pour y substituer leur doctrine, qui n'a servi jusqu'à présent qu'à jeter le désordre et la confusion. i> Ridiculisant, sans nommer le contrôleur général, la sensibilité excessive témoignée, affirmait-il, à Toccasion de de Vaines, ce fougueux magistrat ne put cependant faire condamner les principes que devait affirmer le gouvernement dans un lit de justice ufi mois après. L'avocat du roi, Séguier, reculait prudemment devant ses propres désirs, et affirmait qu'il ne s'arrêterait pas « à détruire le peu d'impression que cet écrit avait pu faire sur les esprits, que c'était en démontrer la futilité que de le condamner à l'oubli. »
Les colères des magistrats et de leurs partisans se faisaient jour à tout propos, et la parodie de la phrase favorite des économistes fit fortune, quand le prince de Conti, interpellant un huissier chassant un chien prêt à faire ses ordures, s'écria danS uneAssem-