‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 47 sur 98 · LES ÉCONOMISTES ET LES PARTISANS DES ABUS · texte numérisé non relu

LES ÉCONOMISTES ET LES PARTISANS DES ABUS

blée des Pairs : oc Arrêtez ; liberté, liberté tout entière V»

Le Parlement avait condamné le pamphlet de Accord ètabu Voltaire : Diatribe à V auteur des Éphémérides, décla- magSîî^ts^^et le rant que « la division qu'on voudrait élever entre damnîtiontfîui les ministres des autels et les dépositaires de Tau-*®"*^®^®^^»'®toritë royale... et cette diversité d'opinions qu'on a vue quelquefois. . . doivent être envisagées comme la cause cachée de tous les malheurs que la France a éprouvés. . . Que le moment est arrivé où le clergé et la magistrature doivent se réunir par un heui^eux accord... Les magistrats, en rendant la justice. .. feront respecter nos saintes Écritures, nos dogmes sacrés. • . les ministres de TÉglise à leur tour, . . feront respecter l'autorité des lois... apprendront à regarder les oracles de la justice comme une portion de la justice divine elle-même , qui veut qu'on obéisse aux puissances que le ciel à établies sur la terre. ]>

La condamnation de l'œuvre de Voltaire, d'une manière indirecte, car il s'agissait d'un article de La Harpe, dans le Mercure^ où cet écrivain avait donné un long extraiit de la Diatribe, ne fit qu'exciter le dédain du philosophe de Ferney. ^ On n'en répandra pas moim la Diatribe^ écrit- il à l'abbé Morellet; mais il me semble que les démarches qu'on

' Mémoires secrets pour servir à l'histoire^ des lettres^ tom. VHI, p. 189. 209, 270; tom. IX, p. 35, 36» 41, 45, 46 et auw., 50,66, 67,70.— Louis XVI, Marie-ÀntowèU& eà MT iiisuhêthy par Feuillet de Concheg, tom. I, p. 72 et suIt. — Recueil général des anciennes lois françaises, tom. XXin, p. 318 et suiv., 329 et suîv., 358 et suiv., 370 et buiv. 386 et mivsiBies,-^ Archives nationales, Xh* 1023; K 161, 17 et 19 mars 1776; X 8556, année .1774. — Lettres inédites de Voltaire , publiées par de Gayrol, tom. Il, p. 482. '— Œuvres deTurgot, tom. Il, p. 343 et suiv — (Euvret complètes de Voltairç, Xoia. LXiX, p. 537, 55^3.

magwtrits.

a faites sont une insulte à M. Turgot, de la part des mêmes gens qui donnèrent de l'argent il y a quelques mois pour ameuter la populace... Des fripons ont voulu donner des croquignoles à M. Turgot sur le nez de La Harpe. » Cette Diatribe, envoyée à de Vaines, était accompagnée du Cri du sang innocent^ eomplété par le précis de la procédure d'Abbeville, ou Voltaire, rappelant cette cruauté judiciaire, excitait, assure un écrivain, a la curiosité et Tindignation du lecteur, d à la fois contre les prêtres et contre les magistrats.

Bxaiution des Lc Parlement, exalté déplus en plus, et cherchant partout des ennemis à frapper, s'avisa d'une brochure ayant pour titre : Les inconvénients des droits féodaux, œuvre d^un nomtné Boncerf, employé dans les bureaux du Contrôle général. Cet ouvrage, qui ne renfermait que des renseignements, des réflexions respectueuses, sons une forme assez sèche et ennuyeuse, fut présenté par l'avocat général Séguier comme <c capable de troubler la tranquillité et de renverser la propriété de tous les citoyens. « Nous ne pouvons que gémir ici publiquement^ disait-il, sur l'espèce de frénésie qui semble agiter ces esprits turbulents, que l'amour de la liberté et de l'indépendance porte aux plus grands excès. . . à la lecture des nouveaux écrits... on est tenté de croire qu'il existe dans l'État un agent caché qui, par des secousses intérieures, cherche à en ébranler les fondements. . . Si l'esprit systématique qui a conduit la plume de cet écrivain pouvait malheureusement s'emparer de la multitude. .. l'anarchie la plus cruelle deviendrait la suite nécessaire d'une indépendance d'autant plus redoutable

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que rien ne pourrait en prévenir et arrêter les effets. » Le libraire fut mandé à la barre; le.censeurde l'ouvrage fût appelé devant les magistrats, qui firent brûler la brochure par la main du bourreau, et auraient inearcéré son auteur, si le gouvernement ne s'y fût pas opposé. « Cet événement donne à ce volume de la vogue, le fait renchérir, et soutient le courage du lecteur, 7> ajoute le journaliste qui raconte ces faits.

A ces condamnations de leurs partisans, les ministres répondaient par des arrêts du grand Conseil qui supprimaient des écrits de leurs adversaires, comme <r Réflexion des six corps de la vitte de Paris sur la suppression des jurandes ; » comme les « Réflexions des maîtres tailleurs; » les a Observations des maîtres composant la communauté des- graveursciseleurs. » L'arrêt portait que, le pouvoir législatif n'appartenant qu'au roi, il n'était pas permis aux particuliers de ce discuter d'avance l'objet ou les dispositions de ces lois ; d'opposer, pour ainsi dire, un sentiment isolé à l'autorité de Sa Majesté. » Messieurs les économistes, observe un écrit du temps, « prêchant la liberté pour tout ce qui les concerne^ ne se soucient pas que leurs adversaires en usent; en eonséquence, ils ont provoqué un arrêt du Conseil qui supprime » divers mémoires. Observation [trèsjuste, qui ne pouvait atteindre ni Malesherbes, ni Turgot.

Plusieurs années auparavant , Malesherbes , opinion de Ma. alors directeur de la librairie, écrivait à propos Turgoi wfria* de la presse : « Mon principe 4e liberté n'est "^^'^si';'* pas restreint à la littérature... J'incline beaucoup

à l'étendre jusqu'à la science du gouvernement, sans même en excepter la critique des opérations du ministère. » Turgot n'avait pas voulu arrêter la publication de Touvrage de Necker dans un instant des plus critiques. Ces deux nobles esprits étaient frappés de la tendance qu'ont les hommes à repousser toute critique et à échapper à tout contrôle, ce J'ai entendu dire sérieusement, remarquait Malesherbes, qu'il est contre le bon ordre de laisser imprimer que la musique italienne est la seule bonne. Je connais des magistrats qui regardent comme un abus de laisser imprimer sur la jurisprudence des livres élémentaires, ta plupart des médecins i^voudraient qu'on défendit d'écrire en langue vulgaire sur la médecine. » Ceux qui se croient diffamés, écrivait-il à d'Alembert peuvent se pourvoir devant les tribunaux. Le censeur des livres n'a pas à prévenir de pareils abus, « sans quoi il serait à craindre que, sous prétexte d'empêcher la diffamation personnelle, on n'eH^[^hât les crîtiquôs qu'on trouverait trop dures, et qij^on n'en vintpar degrés à interdire toute espèce de critique. » Ifune se dissimulaient ni l'un ni l'autre tesexeès dans lesquels peut tomber la presse ; mais ils serrendaient un compte exact et impartial de cet instrumeot de bien et de mal, mfis à la disposition des bwunes parles progrès de la civilisation.

Ce q le c'est que ^6 papier imprimé est plus qu'une conversation coiobiei^sTpué- répétée à une quantité plus ou moins considérable de tiondiîa^n'teDir P^ï'sonues. C'cst un produit mMufiacturé qui s'offre dans les bornes gux achetcurs ct cherchc, comme cela arrive pour

de la modératioD '^ ^

tout produit, à se vendre en plus grande qusmtite possible. De cette qualité de produit manufacturé

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