LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
dérive comme conséquence que celui qui cherche à le placer doit, comme pour tout autre produit, tâcher de se conformer au goût des acheteurs. Ce goût consiste, pour la presse^ dans la satisfaction donnée à Timagination, aux passions, aux préjugés, aux ignorances, tout aussi bien que dans celle réclamée par la raison, le désir de s'instruire, le respect de ses semblables, Tamour de la vertu et les émotions religieuses. Comment est-il possible, du moment qu'on s'adresse à ce pele-méle de vices et de vertus qui existe parmi des hommes réunis, de croire que la presse ne cherchera des clients que parmi les personnes sages et instruites ; comment est-il possible de supposer que tout écrivain prenant la plume sera pourvu par cela seul d'un sentiment de modération et de justice? Ce serait aussi chimérique de le croire que de s'imaginer que, par le fait seul qu'un homme sait lire et écrire^ il n'aura plus que des sentiments vertueux. Il faut donc s'attendre que, soit par suite du goût des écrivains, soit par suite de leur désir d'obtenir une clientèle de lecteurs, ils s'adresseront souvent aux instincts mauvais et pervers de l'espèce humaine. Conclure que, parce qu'on abusera delà liberté de la presse, il est nétessaire de la mettre en tutelle, de confier à quelques fonctionnaires le droit d'interdire des écrits ou de les juger en dehors des règles établies pour les délits et les crimes ordinaires^ n'est pas plus sensé. Le monde ne doit pas oublier que des vérités scientifiques ont été proscrites pendant des siècles comme des atteintes portées à la religion, et que leurs propagateurs et leurs inventeurs ont été plus d'une fois cruellement punis.
Lesgouveroe- L'hfetoirè modcmc nous présente des gouverne-
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sont plus soaveDt ments plus occupés de tromper les peuples parle mo^'ï^LTç de la oioyen de la presse que de les moraliser, et plus troSpw^unation ^'un fonctionnaire abandonnant l'honnêteté qu'il uLraUwr. P^'**® ^*"S s^s relations privées quand il s'agit des affaires publiques ^ . Napoléon r% après avoir ramené la victoire sous les drapeaux de la France et comprimé les passions mauvaises^ auxquelles il s'était associé lorsqu'il cherchait à parvenir au gouverne-
^ La déposition du préfet de police, M. Léon Renault, faite 1b 20 jan« vier 1875. devant une commission de la Chambre, nous initie, avec les preuves les'plus convaincantes à l'appui de ses assertions, au rôle que consentent à jouer des personnes appartenant aux classes les plus élevées de la société, sojt par suite de légèreté d'esprit et de puérile vanité, soit par suite d'une ambition effrénée de distinctions, de pouvoir et d'argent. L'empereur déchu poussait aux dernières limites la passion de destruction d'une société qui avait fini par ne plus vouloir subir ses caprices. Cet homme si doux, au dire des personnerqui lui soutiraient de l'argent et obtenaient de lui des places, est devenu un tigre : il se met en relation avec les incendiaires de Paris; il est l'ennemi du capital, il est l'ennemi de la bourgeoi" sie. Tous ses acolytes, titrés ou non titrés, le suivent dans la même voie, et la France se trouve enlacée dans une vaste société secrète composée d'anciens ministres, d'anciens préfets, d'anciens députés et d'anciens fonctionnaires de tous ordres, qui veulent à tout prix exploiter ses richesses à leur profit, et lui faire croire, comme cela a eu lieu pendant vingt ans, à leurs mensonges. Voilà les hommes qui ont tenu la presse sous leurs pieds; voilà les hommes qui lui 'ont dicté ses nouvelles ; voilà les hommes qui ont fait l'opinion publique. La compression de 1^ liberté de la presse a permis que le pouvoir restât pendant vingt ans entre les mains d'un homme que ses écrits et ses actes peuvent convaincre de démence aux yeux de toute personne qui lit et réfléchit. La compression de la presse a livré notre pays à l'exploitation effrontée d'hommes prêts à fonder leur fortune personnelle sur la ruine de leur patrie. Robespierre, pas plus que Napoléon, I*', pas plus, que Napoléon III, pas plus que Gabet et les prophètes socialistes, ne voulaient la liberté de la presse. En faut-il davantage pour faire comprendre que ce n'est que dans un intérêt personnel que des individus réclament le monopole de la presse? En. faut-il davantage pour faire comprendre qu'une société est saisie de vertige quand elle le donne ? Les égorgeurs et les prescripteurs ne portent pas tous des bonnets rouges sur leurs têtea et des sabots aux- pieds.