‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 49 sur 98 · LA LIBERTÉ DE LA PRESSE · texte numérisé non relu

LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

ment de son pays, a organisé une presse de mensonge pour créer une opinion erronée en faveur, de ses actes. A Tinstant même où il attirait l'Europe civilisée sur la France et ouvrait ses frontières à l'invasion étrangère, il répondait avec dédain à un de ses serviteurs qui lui parlait des moments critiques où l'esprit public a besoin d'être ménagé: « Vous êtes de l'école des idéologues... qui soupirent au fond de l'âmepourlaliberté de la presse... qui croient à la toute-puissance de l'opinion publique. r> Puis, portant la main droite à la garde de son épée, il ajoutait : « Tant que celle-là pendra à mon côté , vous n'aurez aucune des libertés après lesquelles vous soupirez. » Paroles qui réduisent à sa véritable valeur le patelinage humanitaire qu'il a inventé dans les ennuis de sa captivité et les commentaires de ses singuliers plagiaires. Le César qui semblait avoir jeté un défi aux aspirations généreuses de son époque, a eu pour successeur un Claude. On a pu voir alors, dégagé des voiles dont la gloire l'enveloppait, ce qu'était un gouvernement faisant appel à tous les égoïsmes et rabaissant la direction d'un peuple susceptible des plus nobles dévouements aux froids calculs de l'influence qu'exercent les vices sur l'espèce humaine. Que serait devenue la France aux mains d'un homme qui avait vécu loin d'elle, dont l'intelligence s'était troublée au contact d'une mère ambitieuse et exaltée, si, préoccupé comme il l'était d'une manière exclusive et féroce des intérêts de sa dynastie, il eût pu établir le silence autour de Itii; s'il eût pu, comme il le voulait, parler seul, lui et ses avocats, et imposer sanSrContra-

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diction passible, à tout un peuple^ les combinaisons que son esprit paresseux et rêveur poursuivait à travers la fumée de son cigare ? L'ambition démoniaque implantée dans son âme en avait arraché tous les sentiments de moralité qui guident les hommes les plus vulgaires. Il avait fait égorger des citoyens par ses soldats, périr par la déportation des centaines d'hommes; il avait rétabli la confiscation, non-seulement ouvertement pour une famille princière dont le chef avait épargné sa vie, mais secrètement pour d'obscurs citoyens. Le pays, trompé par des budgets compliqués à plaisir pour rendre difficile toute vérification, croyait à la prospérité, quand le désordre du gouvernement conduisait à la ruine. La magistrature, triée avec soin, était entamée dans son honorabilité par la corruption de quelques-uns de ses membres, quand un de nos plus grands orateurs est venu dénoncer cette audacieuse entreprise contre la justice du pays. La presse, semblable à Tair que Ton comprime et qui s'échappe par les moindres fissures qu'il rencontre, parla des malheureux qui avaient été déportés sans jugement, de notaires que le gouvernement avait dépouillés de leurs charges. Là lugubre histoire du coup d'État de Napoléon 111, tant à Paris que dans les provinces, fut racontée dans des livres» dans des comptes rendus de journaux, et la France, renaissant à la vie intellectuelle et morale, allait sortir des ténèbres étendues sur elle d'une manière systématique par une iprasse gouvernementale ou dirigée, quand une effroyeUe catastrophe est venue affirmer, pour la seconde fois, îsous le gouvernement d'un Bonaparte, que, siTimpri- «merie, comme ia poudre ou d'autres inventioDS,

LA LlBeRTÊ DtË LA PRESSE. ^&i

pouvait causer d'immenses dommages à la société, ces dommages ne peuvent être comparés aux désastres lamentables qu'attirent sur une nation les spéculations effrontées, permises à quelques hommes, par le monopole exclusif de ce redoutable instrument de publicité \

Turgot, désintéressé comme il l'était, n*ayant à Efforts de Targot cœur que le bien public, s'efforçait d'éclairer la nation i. m"oÏ| «uL» sur ses intérêts et expliquait tous ses actes avec une *** "SîiS?"**' lumineuse clarté. Il opposait son bon sens aux déclamations de ses adversaires, contrôlant leurs asser-

. * Mémoires secretspour servir à l'histoire des lettres, t. VIII, p. 153, 165; t. IX, p. 51, 53, 55, 56, 59. — CoUeetion des procés-verbau» des assem" blées générales du clergé de FTaneCy Assemblée de 1775, pièces justificatives, col. 798, 799, 7 sept. Archives nationales, AD* , 1022. 22, 23 fév. 1776.

— Œuvres de Voltaire, t. LXfX, p. 334, 337, 349, 548, 545.— ITtfmotref de MoreUet, t. I, p. 47, 50. — Histoire politique et littéraire de la presse en France, par Eugène Hntin. Paris, 1859, in-12. tom. 11, p. 400 et suW. — Mémoires du comté Beugnot, Paris, 1868, Id-8", tom. I, p. 373; tom. II, p. 21. — Papiers et correspondance de la famiUe impériale. Papiers saisis aux Tuileries, voir ieâ dépenses faites pour 1» presse : 1'* livraison, p. 20 ; !• livraison, p. 164-170; 13« livraison, p. 265; 22» livraison, p. 174.

— Biographie de Napoléon lU, par Sybel, traduit de l'allemaiid, dans la Revue politiqtie et littéraire, u** 51, 21 juin 1872. —Voir, dans la Revue Britannique de 1873, le journal de M. Senior, où il raconte ses entretiens avec M** Cornu, Kamie d'enfance du prince Louis Napoléon, notamment sa lettre de 1847, et ses appréciations sur Thabilude qu'avait le prince de rêver en fumant et de saisir l'idée qui lui passait par la tête comme une inspiration qui réglait sa conduite. —Voir, dans le journal le Temps des 19 et 20 janvier 1869, la condamnation du journal V Avenir du Gers, qui avait publié la liste des personnes de ce département déportées en 1852, et la citation du journal la Cloche, signé par Ulbacb, sous le pseudonyme de Fermgus, qui donnait la liste de notaires dont le gouvernement avait confisqué les charges. — Voir le discours de Berryer sur la magistrature» séance du 14 février 1868 (Chambre des députés). — Voir le discours du prince Napoléon Jérôme à Toccasion du monument élevé à i^jacoio ^ sa famille, journal le Temps, du 20 mai 1865. — Les Conflits de la science et de la religion, par J.-W. Draper. Paris, 1875, in-8«, p. 44 et suiv., 115, 127, 129, 156 et MÎT.

lions dans une sorte de débat public dontles éléments se trouvaient dans les préambules de ses lois, dans les plaidoiries des avocats et dans les jugements et les remontrances des cours de justice. Aux subtilités des discussions religieuses, au fanatisme qu'elles excitaient dans les âmes, s'était substituée, soit par suite des souffrances éprouvées, soit par suite de la marche mystérieuse de l'esprit humain, une investigation passionnée sur Torigine des gouvernements, sur leurs droits, sur leurs devoirs, sur les conditions d'existence des sociétés. Une irritation fébrile contre les douleurs du passé, une impatience extrême contre celles du présent, se faisaient jour en toute occasion, et Turgot était saisi d'une inquiétude d'autant plus vive, que Louis XVI, malgré son désir du bien, semblait impuissant à réaliser ses propres aspirations.

Nous avons vu le chiffre des pensions accordées en neuf mois de l'année 1774 atteindre cent quarante mille livres pour des serviteurs domestiques (700,000 fr. en argent de nos jours), et les brevets de retenue s'élever à deux millions (10 millions de nos jours). L'année 1775 ne devait pas être moins onéreuse à la nation. Le roi donnait au comte Valentin d'Ësterhazy une somme de cent mille livres en rentes viagères, parce que ce seigneur était bien vu de la reine ; il accordait à chacun des cinq officiers de la garde-robe trois (;ents livres de pension, parce qu'ils avaient été au-devant de la reine, de Madame et de la comtesse d'Artois, lors de leur mariage. Madame Ballot en avait une de douze cents livres, pour avoir blanchi autrefois le linge de corps du

LES DÉPENSES DE LÀ GOUtl EN 1778« 35â

Dauphin. La comtesse de Breugnot devait recevoir sept mille cinq cents livres annuellement, parce qu'elle avait été sous-gouvernante de la princesse de Piémont ; la marquise de Yintimille et la comtesse de Bonnac chacune quatre mille livres, pour l'avoir accompagnée à son départ de la France. La nourrice de cette princesse recevait six mille livres de revenu, et sa fille douze cents livres. La gratification annuelle de quatre mille livres accordée au chevalier d'honneur de la reine, le comte de Tavannes, était augmentée de huit mille livres, et le chevalier de Luxembourg, capitaine des gardes du corps, avait quarante mille livres de gratifications annuelles, parce que Sa Majesté avait voulu lui « donner des marques de son affection et récompenser ses services, jusqu'à ce qu'il lui ait plu de lui donner un gouver* nement d'un revenu plus fort ou au moins égal, d A peine quelques-unes de ces pensions avaient-elles pour prétexte des services rendus au public, comme celles de deux à trois mille livres données à des procureurs généraux en fonction, telle que l'augmentation de six mille livres accordée au premier président de la Cour des aides, Barentin. Il suffisait, pour engager une dépense, d'invoquer l'apparence d'une libéralité qui ne coûterait rien au trésor, ou pour empêcher la réalisation d'une économie présente, d'en décréter une pour l'avenir; ainsi le premier président d' Aligre obtint l'assurance de prélever vingt mille livres de pension sur le traitement de sa charge, lorsqu'il la quitterait, comme si son successeur, privé de ce revenu, ne devait pas plus tard demander une compensation, toujours prise sur les

recettes de TÉtat. Il avait été décidé que le Bureau de la ville de Paris, qui payait un traitement de quarante mille livres au gouverneur, n'en donnerait^ désormais, à ses successeurs, qu'un de quinze millp. Quand le roi choisit le duc de Cossé pour remplacer son père, le duc de Brissac, la faveur dont ce seigneur était l'objet fut un prétexte pour lui en donner une nouvelle, toujours aux dépens des contribuables, a Sa Majesté, écrit le ministre, le 18 février 1775, à l'intendant La Michaudière, a jugé qu'il était de sa justice de le faire jouir des mêmes avantages que son père, et de lui attribuer les quarante mille livres annuelles. Sa Majesté maintient la réduction à quinze mille livres pour le successeur du duc de Cossé. i>

Durant l'année 1775, le chiffre des pensions atteignit plus de trois cent mille livres (quinze cent mille francs de notre temps), et celui des brevets de retenue dépassa deux millions trois cent mille livres (onze millions cinq cent mille francs de nos jours). Parmi ces brevets, il y en avait d'indispensables, comme celui de quatre cent mille livres domié à Malesherbes, en compensation de pareille somme, qu'il était obligé de payer à La Vrillière, le roi a ne voulant pas que ladite somme tombe en pure perte pour ledit sieur de Lamoignon ou sa famille, s'il venait à se démettre ou à décéder. » Les quarantedeux mille livres de pension données à La Vrillière par Louis XV, avec un brevet de retenue de huit cent mille livres, se trouvaientaugmentées d'une nouvelle pension de soixante mille livres, et le duc de Cossé, déjà favorisé comme nous l'avons vu, recevait encore un brevet de retenue de cent mille livres à payer

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