‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 51 sur 98 · LA PRUSSE ET SON ROI · texte numérisé non relu

LA PRUSSE ET SON ROI

finances, mais par quels moyens ? En modérant les dépenses^ il s'attirait la haine de tous les grands du royaume... Il ne restait d'expédient sage que celui de faire une banqueroute raisonnée, pour prévenir une banqueroute totale^ et il craignait que, si cela arrivait de son temps, ce ne fût une tache pour son administration... La France craignait une rupture entre l'Espagne et le Portugal ; l'Angleterre ne le craignait pas moins, parce qu'elle avait envoyé des troupes en Amérique... Ces conjonctures favorisaient les intérêts du roi ; pendant que les Anglais et les autres puissances se trouvaient dans une situation embarrassante, ils donnaient moins d'attention à ce qui se passait dans le reste de l'Europe... On essaya donc, à l'aide de la cour de Russie, de terminer le diiTérend qu'on avait avec les Dantzickois. j>

Ce roi, à la fois hautain et démagogue, qui traitait le peuple de a masse imbécile faite pour être menée par ceux qui se donnent la peine de la tromper, » qui renvoyait les officiers roturiers de ses ai'mées pour les remplacer par des nobles venus de l'étranger, parce que, disait-il, le mérite et le talent est rare chez des personnes sans uaissanee ; ce roi qui ajoutait, dans son mépris du peuple : la noblesse n'a a de ressource que de se distinguer par l'épée ; si elle perd son honneur, elle ne trouve pas même un refuge dans la maison paternelle ; au lieu qu^un roturier, après avoir commis des bassesses, reprend, sans rougir, le métier de son père et ne s'en croit pas déshonoré, 7> ce roi avait une influence considérable sur l'opinion de l'Europe^ due autant à sa gloire mili* taire qu'à ses passions haineuses contre lès rois et

]e cynisme de ses propos contre des objets naguère encore vénérés par les peuples. La classe éclairée de la France aimait autant en lui le héros que Tennemi de la religion et du clergé. Les injures qu'il proférait contre Marie-Thérèse, contre Louis XV, contre tous les monarques qu'il avait combattus, faisaient de lui une sorte de roi populaire. Il raillait les usages des cours, dans des lettres que ses correspondants aimaient à se communiquer, il traitait les évêques teutons de porcs engraissés des dîmes de Sion, puis, imitant Voltaire, dont il citait les vers, il disait, en parlant des souverains :

D*ElbèDe' avait raison, j'adopte le système. Le monde, disait-il, se gouverne lai -même. Les trônes, de son temps, étaient tous occupés Par de faibles esprits de faste enveloppés.

Les rOis, depuis son temps, ne sont guère changés. Par la honte dr s grands tes sojets sont vengés.

Vois ces rois, ils sont là pour ton amusement.

Tel parait dans sa cour comme oii loatù automate *.

Maîtresses, favoris, ministres, courtisans.

Lui cherchent des plaisirs en y perdant leur tempa.

Que voyez-vous là-bas ? Un enfant sur le trône ', Tremblant, et redoutant la cour qui Tenvironne,

Servilement soumis aux lois de son mentor.

. Et se peignant lui-même dans cette sorte de revue des souverains de soa temps, avec la fierté d'un prince qui réagit contre Tinsolente prétpntioa aristocratique de ses confrères, il s*écriait :

< Ministre des Médicis à Florence.

• * Louis XV.

» Louis XVI.

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