‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 61 sur 98 · RÉVOLTE A BASSE-TERRE ET AUX SAINTES · texte numérisé non relu

RÉVOLTE A BASSE-TERRE ET AUX SAINTES

profit dô Trésor si les propriétaires ne les réclamaient pas. A Saint-Doniingueet à la Guadeloupe, les ventes avaient lieu quatre fois par an, d'après une décision du comte d'Ennery prise en 1775, quand rintendant de Vaivre, d'accord avec le sous-gouverneur Reynaud, ^yant besoin d'ouvriers, ressuscita la législation de Clugny de 1764, en décidant que les nègres marrons arrêtés seraient attachés à la chaîne et employés pendant six mois aux travaux des fortications. Les Conseils supérieurs du Gap et de la Guadeloupe s'émurent de l'atteinte portée à la propriété des citoyens. Le Conseil du Cap, par un arrêté judiciaire, déclara illégale la décision de de Vaivre.

Le substitut du procureur général de Saint-Do- Réroite à mingue,Ruotte, vivement ému^ avait envoyé, le 19fé- blessés égorgés vrier 1775, une dépêche chiffrée aux membres des ^yllnZvàe Conseils supérieurs de Basse -Terre et de l'île des ** di^^almw/* Saintes, dans laquelle il énumérait les griefs légitimes des colons et le droit des Conseils municipaux de résister aux abus d'autorité des gouverneurs gêné raux, des intendants et des lieutenants de roi, par des arrêts que l'on ne pourrait enfreindre qu'avec la sanction royale. A cet appel à la résistance, cinq ou six blancs et quelques mulâtres se mirent à la tête de quatre mille nègres, et, établissant leur quartier général dans une vaste clairière appelée la Mandragonne, à peu de distance de Basse-Terre, soutinrent avec vigueur les attaques des troupes royales. Ce ne fut qu'après trois jours de combat que la^ clairière investie put être forcée : quatorze cents noirs gisaient morts ou blessés sur le sol avec trois cents * soldats des bataillons provinciaux.

39 i LlYftE TR<HSIÊ1IE.

Le commissaire ordonnateur Mondenoit, qui faisait par intérim les fonctions de gouverneur de la Guadeloupe et des Saintes, ordonna à ta troupe d'ache* ver les noirs blessés. Les trois hôpitaux de la Guadeloupe ne pouvant suffire à soigner un si grand nombre d'hommes, et les noirs, une fois guéris, pouvant être un danger sérieux pour la colonie, et un exemple étant nécessaire, oc il avait dû, écrivit-il au ministre, ne pas négliger, quoique soA cœur en fût douloureusement ému, l'occasion de frapper vivevement l'imagination des esclaves. ]> Révolte Le chef de l'insurrection des Saintes fut un mu-

des Saintes.

latre nommé Dominique Lebeuf, qui soutint pendant deux heures un combat contre deux compagnies du régiment colonial du Cap et les équipages de trois vaisseaux du roi, alors mouillés aux grandes Saintes. Pendant que deux cents nègres trouvaient la mort dans cette lutte, cent cinquante étaient fusillés à Fort-Royal, avec un colon nommé Lamida, qui avait armé ses noirs et mis le feu à une plantation appartenant à la famille Tascher de La Pagerie. Dans cette dernière lutte, deux officiers, MM. de Lorgeril et de Varzy, furent pris vivants et coupés en morceaux. Horribles représailles contre les cruautés commises par Mondenoit , qui montrèrent les nègres plus disposés à suivre de cruels exemples qu'à en être intimidés. Malgré ces terribles événements, malgré la fermentation des esprits à Saint-Domingue, et les menaces que faisaient les colons d'arnver leurs nègres comme cela avait eu lieu dans les îles voisines, le soiïs^ouverneur Reynaud, en dépit de la décision du Conseil supérieur du Gap, fit prendre, dans les prisons où ils

RUOTÎË ARME ^ËS NÈGRES. 395

étaient enfermés, cent quarante^six n^res marrons pour les utiliser au travail des fortifications. A cette nouvelle, le Conseil supérieur du Cap, réuni de nouveau, manda à sa barre Reynaud, et, sur son refus de comparaître, le condamna à 2,000 livres d'amende comme coupable d'abus de pouvoir et de violation des lois et ordonnnances royales.

Le marquis d'Ennery et de Vaivre répondirent EmprisoBoement

des coosfiillops

à cet acte judiciaire, envoyé à tous les Conseils du cap et existant encore dans les Antilles, par l'emprison- ^®^°'^**'*°*®* nement des conseillers du Cap et de Port-au-Prince, et firent distribuer des détachements de troupes coloniales dans plusieurs postes de Vile de Saint* Domingue.

Dans la journée du 23 novembre 1775, plusieurs colons^ inquiets de la fermentation des esprits et des événements qu'elle pouvait amener, vinrent apporter à d'Ennery et de Vaivre une supplique signée de plus de trois cents notables de la colonie, demandant à l'intendant et au gouverneur de rendre la liberté aux membres des deux conseils, et d'éloigner le sousgouverneur Reynaud, qui, par son obstination, pouvait entraîner de grands malheurs. D'Ennery mit à la porte les députés, et de Vaivre en fit arrêter quelques-uns qu'il «envoya dans les prisons joindre lesi eonseillers qu'il avait fait enfermer.

A la nouvelle de cet acte insensé, le ciolon Raotteameses Ruotte, armant trente de ses nègres, quitta son "^^'rcomrr ^ habitation et. s^rcha contre les magasins de Fartil- ^^ "** *^^^* lerieet de la marine, où s'était établi Reynaud à la tête de deux cente soldats. Pendant le trajet, qui était de plus é^une Keue, sa troupe, se gnossiasant

de blancs et de mulâtres fibres, atteignit bientôt le chiffre de trois cents hommes. Fnrieux, ils s'élancent, saisissent Reynaud et le hachent en morceaux, pour que chaque nègre ou mulâtre puisse avoir un lambeau de son corps, et ce n'est qu'après la mort de cent \îngt hommes et Tincendie des magasins do rÉtat qu'ilsseretirent devant les forces accourues au secours du sous-gouverneur. Partout à la recherche, pendant la nuit, de ceux qu'ils connaissent comme les ennemis de la colonie, les nègres tuèrent cent cinquante agents du gouvernement qu'ils surprirent dans leurs habitations, et d'Ennery et de Vaivre se trouvèrent le lendemain en face d'une armée de plus de dix mille insurgés. Il fallut faire venir des troupes de toutes parts pour résister au soulèvement qu'ils avaient provoqué. Le corps de Buotte fut trouvé dans les décombres de son habitation incendiée, entouré de ses esclaves égorgés et de plus de trois cents soldats qui avaient perdu la vie en l'attaquant. Les nègres échappés au premier carnage furent poursuivis dans les bois et massacrés comme dans une guerre d'extermination entre des hordes de sauvages.

Les fonctionnaires qui avaient amené ces désastres prétendirent que ces prises d'armes n'étaient que le résultat d'une conspiration destinée à livrer aux Espagnols la partie française de Saint-Domingue ou de la soustraire à toute autorité en la rendant libre. Mensonges officiels dont aurait pu peut-être se contenter le ministre, si la fermeté d'un colon ne fût venue suppléer, par la poursuite obstinée d'une réparation personnelle, à l'imprudente organisation

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