LES MUNIOIPALITÉS DE TURGOT
vaincu de la nécessité de les conjurer et de la possi- dangers bilité de le faire, pour reculer devant un obstacle qui ne serait pas invincible. Persuadé chaque jour davan* tage que le gouvernement de la France n'avait plus d'appui et qu'il fallait lui en donner un ; convaincu, comme il l'avait dit à Miromesnil, qu'on n'était plus dans un temps où les voix des roturiers pouvaient n'être pas comptées, il cherchait à faire entrer le peuple sur cette scène dévastée de l'État où se montrait seul un groupe de privilégiés dont le temps avait confondu les intérêts autrefois divisés.
Sous un tilre modeste, il préparait un mémoire Base nouTeiieiar destiné à faire ressortir tous les éléments dont se n vem^'Mswir le compose une nation, et à montrer, avec la sûreté de 8^"^«^°^''"«°^ coup d'œil et l'instinct pratique de l'administrateur, le moyen de les utiliser tant dans leur propre intérêt que dans celui de la société qu'ils forment par leur ensemble. Brisant, dès les premiers mots, en parlant de municipalités à établir, avec ces traditions ridicules qui veulent maintenir une erreur dans le présent parce qu'elle est un legs du passé, il disait : a II ne s'agit pas de remonter à ^origine des administrations municipales... On a beaucoup trop employé, en matières graves, cet usage de décider ce qu'on doit faire par l'examen et l'exemple de ce qu'ont fait nos ancêtres... Cette méthode n'est propre qu'à égarer la justice à travers la multiplicité des faits qu'on présente Comme autorités. Elle tend à dégoûter les princes de leurs plus importantes fonctions en leur persuadant que, pour s'en acquitter avec fruit et gloire, il faut être prodigieusement savant. Il ne faut cependant que bien connaître et *
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bien peser les droits et les intérêts des hommes. Ces droits et ces intérêts ne sont pas fort multipliés, de sorte que là science qui les embrasse, appuyée sur des principes de justice que chacun porte dans son cœur... a un degré de certitude trè&-grand, et néanmoios n'a que peu d'étendue. Elle n'exige pas une fort longue étude et ne passe les forces d'aucun homme de bien. Les droits des hommes réunis en société ne sont point fondés sur leur histoire, mais sur leur nature ; il ne peut y avoir de raison de perpétuer les établissements faits sans raison. Les rois prédécesseurs de Votre Majesté ont prononcé, dans les circonstances où ils se sont trouvés» les lois qu'ils ont jugé convenables. Ils se sont trompés quelquefois. Us l'ont été souvent par l'ignorance de leur siècle, et plus souvent encore ils ont été gênés dans leurs vues par des intérêts particuliers. .. qu'ils ne se sont pas cru la force de vaincre. .. 11 n'y a rien là-dedans qui puisse vous asservir à ne pas changer les ordonnances qu'ils ont faites. ... Votre Majesté, tant qu'Elle ne s'écartera pas de la justice, peut donc se regarder comme un législateur absolu... Cette nation est nombreuse : ce n'est pas tout qu'elle obéisse, il faut s'assurer de la pouvoir bien commander, et, pour le faire sans erreur, il faudrait connaître sa situation, ses besoins, ses facultés; c'est ce qui serait plus utile que l'historique des positions passées. Mais c'est ce à quoi Votre Majesté ne peut pas espérer de parvenir dans l'état actuel des choses... De là naissent, dans l'assiette et la répartition des impôts, dans les moyens de les lever et dans l'administration intérieure, une infinité d'erreurs, celles qui excitent le
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plus dû murmures et^qui, portant le plu3 sur les dernières classes du peuple, contribuent effectivement le plus à les rendre inalbeureuses. Il serait imposa tàble d'y pourvoir si l'on n'imaginait pas quelques formes, quelques institutions d'après lesquelles la plupart des choses qui doivent être faites se fassent ^ d'elles-mêmes suffisamment bien, et sans que Votre Majesté. •• ait besoin d'être instruite que de très-peu de faits particuliers... ni d'y concourir autrement que par la protection générale que vous devez à vos sujets. La recherche de ces formes est l'objet de ce mémoire. La cause du mal, Sire^ vient de ce que notre nation n'a point de Ccmstitution. C'est une société composée de différents ordres mal unis et d'un peuple dont les membres n'ont entre eux que très-peu de Hens sociaux, où, par conséquent, chacun n'est guère occupé que de son intérêt particulier exclusif... Votre Majesté est obligée de tout décider par Ëlie-même ou par ses mandataires... tandis que vous pourriez gouverner comme Dieu par des lois générales, si les parties intégrantes de votre empire avaient une organisation régulière et des rapports connus... Il n'y a point d'esprit public, parce qu'il n'y a point d'intérêt commun visible et ccmnu... Pour faire disparaître cet esprit de désunion... il faudrait attacher les individus à leurs familles, les familles au village ou à la ville à qui elles tiennent, les villes et villagiss à l'arrondissement dans lequel ils sont compris, les arrondissements aux provinces dont ils font partie, les provinces enfin à l'État... La première et la plus importante de toutes les institutions... serait la formation d'un conseil de l'instruction nationale...
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Le premier lien des nations eftt les mœars, la première bose des mœurs est Tinstruction prise dès l'enfance sur tous les devoirs de Thomme en société. »
Après avoir formulé les espérances qu'il comptait réaliser par un conseil de Tinstruction nationale, qui aurait sous sa direction les académies, les universités, les collèges, les petites écoles, il arrivait à la descrip- ^ tion d'un village, qui est s composé d'un certain nombre de familles qui possèdent les maisons qui le forment et les terres qui en dépendent. La police ecclésiastique a fait, à cet égard, d'assez bonnes divisions de territoire»., par la nécessité de ne donner aux paroisses qu'une étendue dans laquelle il ne soit pas au-dessus de la force d*un curé de remplir les fonctions de son ministère ni trop pénible aux citoyens de se réunir... La division par paroisses... peut donc être adoptée. » Il admettait que la gestion des affaires d'un village était ce susceptible d'une administration politique aussi claire que l'administi^tion religieuse que le curé y exerce, d Les objets qui peuvent la concerner, disait-il, sont :
« 1« De répartir les impositions ;
a 2* D'aviser aux ouvrages publics et aux chemins vicinaux...
oc 3** De veiller à la police des pauvres et â leur soulagement ;
a 4"* De savoir quelles sont les relations de la communauté avec les autres villages voisins et avec les grands travaux publics de rarroadissement.
ce La nécessité de former cette administration de village, disait-il^ après avoir démontré qu'elle ne