‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 81 sur 98 · PAMPHLET DU COMTE DE PROVENCE · texte numérisé non relu

PAMPHLET DU COMTE DE PROVENCE

vaste alambic d'où Ton extrait la Gazelle de VagricuU ture... où s'élaborent les Éphémérides du citoyen.,. un laboratoire obscur où s'ébauchent lés municipa lisations patriotiques... Là on prépare au pauvre peuple des ressources inespérées. Là aussi on travaille à dissoudre et à détruire les chaînes sociales formées par l'inégalité des fortunes et des conditions... Frappé de ce spectacle, M. de Maurepas s'éveille en sursaut... Il n'est pas superstitieux... il ne croit à rien» mais il croit à sa femme. L'impression que cette machine avait laissée dans son esprit le suit partout; il la prend pour une inspiration extraordinaire ; il ne voit dans M°*® de Maurepas que l'organe des décrets des dieux, et l'artificieux abbé Very partage Thonneurdu préjugé. Cet abbé était un ambitieux subalterne, despote bas, insolent... ne tenant ni à son ordre par des vertus, ni à la cour par des titres, ni aux affaires par des talents. Cet abbé Very décidait du sort de l'empire.

(c II y avait encore en France un homme gauche, épais, lourd, né avec plus de rudesse que de caractère, plus d'entêtement que de fermeté, d'impétuosité que de tact ; charlatan d'administration ainsi que de vertu; fait pour décrier l'une, pour dégoûter de l'autre... timide par orgueil, aussi étranger aux hommes, qu'il n'avait jamais connus,^ qu'à la chose publique, qu'il avait toujours mal aperçue. Il s'appelait Turgot. C'était une de ces têtes demi- pensantes qui adoptaient toutes les visions, toutes les manies gigantesques... Nuit et jour il rêvait philosophie, liberté, égalité, produit net. •• M. de Maurepas, en

appliquant toutes les circontances de son rêve au caractère de M. Turgot, crut voir le véritable réformateur de la France... Sa femme, inspirée par l'abbé Very, qui Tétait par le mauvais génie anglais, en était fortement persuadée... M. Turgot est donc fait ministre de nos finances.. • Le premier usage qu'il fit de son crédit fut de se rendre tellement maître des ressorts encore souples de Louis XVI, qu'il l'entraîna à l'imitation exclusive de ses mouvements... Il en a fait un mannequin à qui il ne reste qu'une attitude... M. Turgot déploie le grand étendard de la liberté... Le peuple, prenant la liberté au pied de la lettre, se soulève. Turgot... appuie ses raisonnements delà force... il prêche très-militairement ce pauvre peuple son bien-aimé ; il emprisonne, il fait pendre (il se méprend, par exemple, sur les vrais coupables : nMmporte)... Ce qui est pendu est bien pendu ; le calme est rétabli en France... M. Turgot dit aux Français: Depuis mille ans vous avez des lois, des privilèges, des propriétés, des usages... Tout cela n'est que chimère et barbarie, soyez un peuple nouveau... Et voilà que, pour y réussir, il présente à Louis XVI six volumineux diplômes bien abstraits, bien épurés au feu de la liberté, renfermant les éléments précieux de la révolution générale. Pour assurer ses positions, M. Turgot s'était associé un autre mannequin, .d'un genre fort extraordinaire, M. de Malesherbes. Le jeu de cette autre machine était brillant, rapide, imposant, mais très-inégal, très-disparate ; elle se pliait à toutes les formes... et n'en conservait aucune; car elle était aujourd'hui populaire, et le lendemain d'une conduite servile. Elle traçait des formules républicaines

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