LA COMTESSE DE POLIGNAC
Polignac disait toujours la vérité, qu'elle ne recommandait que des personnes universellement estimées. « Madame de Polignac, écrit-t-il, ne ressemblait à aucune de ces favorites dont Thistoire a tracé les portraits, d Les hommes de sa société intime « secondaient les vues honnêtes et utiles de madame de Polignac. •• Le but de la reine était de lutter contre le crédit de M. de Maurepas, trop disposé*. • à se laisser plutôt guider dans ses choix par l'intrigue que par le mérite. >
Toutes ces appréciations, souvent répétées, n'ont de vrai que ce qui regarde les charmes de la figure et les grâces de la femme du monde. Breteuil paraissait ce intéressé pour madame de Polignac en me disant que c'était une jolie femme, y> mande Marie- Thérèse, qui aurait voulu savoir autre chose et avait, comme elle le dit, c coupé court sur son chapitre » en entendant l'ambassadeur lui faire un éloge de ce genre.
Madame de Polignac, nièce de la comtesse d'Andlau, qui avait été renvoyée de la Cour et du service de madame Adélaïde pour lui avoir procuré des livres obscènes, avait peu d'esprit, affirme Mercy, d'accord en cela avec le comte de La Marck. Dirigée par sa tante, elle affectait de mépriser les préjugés du vulgaire et affichait un amant «c sans égard aux remarques du public. Sa conduite en matière de dogme n'était pas moins équivoque, et le premier médecin Lassonne, qui la connaissait, dit un jour à Tabbé de Vermond qu'il craignait que la liaison dont il s'agit ne portât à la longue quelque atteinte à la piété de la reine. i>
Manière de tivro La rcîne passait ses soirées tantôt chez sa surin- **goût7owie8° tendante, tantôt chez la princesse de Guéménée, diamants, gouvernante des enfants de France. Chez madame de Lamballe, elle trouvait le comte d'Artois» le duc de Chartres, enfin la société qui composait ce que Ton appelait le Palais«Royal, et a Ton y travaillait d'après Tintrigue de parti. y> Chez la princesse de Guéménée se réunissaient la comtesse de Polignac, le baron de Besenval, le comte d'Esterhazy, le comte de Vaudreuil, et Ton y opérait « d'après le système et les vues d'un autre parti. » Dans la journée, la reine allait à des chasses et à des courses de chevaux, tellement absorbée par ces distractions qu'une fois des ambassadeurs étrangers furent trois semaines sans pouvoir être reçus par elle. Entraînée par le besoin de mouvement et de plaisir, ce elle passait tout à ceux quï se rendaient utiles à ses amusements, » et ce motif décidait presque toujours a Taccueil plus ou moins favorable qu'elle faisait auxgens. » Celte vie exclusive de femme du monde poussait Marie-Antoinette aux toilettes excentriques, aux parures coûteuses, enfîn à tout ce luxe que peut entraîner une série de fantaisies que rien ne limite. Quoique le roi lui eût donné, en 1775, plus de trois cent mille livres de diamants, elle se laissa tenter par des girandoles du prix de six cent mille livres dans le mois de janvier 1776, et en juillet elle achetait encore des bracelets pour une somme de trois cent mille livres, afin d'être agréable à un joaillier patronné par une personne de son entourage. La , reine, quoique avec répdgnance, se décida, dans cette occasion, à demander deux mille louis au roi, qui