‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 84 sur 98 · GOUTS ET OCCUPATIONS DE LA RELNE · texte numérisé non relu

GOUTS ET OCCUPATIONS DE LA RELNE

s'empressa de les lui remettre en disant : « Qu'il n'était point surpris que la reine fût sans argent, vu le goût qu'elle avait pour les diamants. » Marie- Thérèse, effrayée de ces prodigalités, fit des représentations à sa fille ; mais quand la reine ouvrit sa lettre, elle n'éprouva que la contrariété inspirée par une remontrance : « Voilà que mes bracelets sont arrivés à Vienne 1 s'écriait-elle devant Vermond, je gage que cet article vient de ma sœur Marie. — Pourquoi, dit l'abbé. — C'est de la jalousie; c'est dans son goût. »

Le public, parfaitement au courant de ce qui se passait dans la famille royale, avait fait une plaisanterie caractéristique sur les augustes personnages dont elle était composée : « Le roi épargne tout, disaiton, la reine dépense tout; Monsieur achète tout, et le comte d'Artois se moque de tout. »

Les caprices personnels ont certaines limites qu'il est impossible de dépasser, quels que soient leurs excès. Aussi ceux de la reine n'auraient pas troublé l'État au point de devenir une calamité, si ses faiblesses n'eussent pas fait intervenir fréquemment, dans les affaires publiques les convoitises de sa société. Marie- Antoinette voulut donner l'ambassade de Suisse au beau-père de sa favorite, le vicomte de Polignac, parce qu'elle était lucrative, et que ses enfants tenaient à l'éloigner de Versailles. Le frère de Vergennes, qui y était nommé, se crut obligé, pour obéir à la fantaisie de sa souveraine, d'y renoncer. Le vicomte de Polignac était totalement dépourvu d'esprit et n'avait aucune dignité dans la conduite. C'était livrer la défense des intérêts du royaume à un représentant incapable, au

moment où un autre ambassadeur avait, par légèreté^

compromis la politique de la France.

Le comte de Vcrgenncs cherchait, comme nous l'avons vu , à mé-

^meuScT ï^ager les susceptibilités de l'Espagne de manière à

*"^pl^ê^ ®* conserver son alliance etànepas être entraîné à sa suite

Louis XVI décide ^ans une guerre que redoutait la France. Les rela-

soo rappel, , ,

février 1776. tions cutrc Louis XVI et son oncle s étaient personnellement établies dans d'excellentes conditions, et la cour de Madrid, qui avait tenu compte des embarras de celle de Versailles, se regardait comme unie à elle par une réciproque et loyale alliance, quand le comte de Guines prit sur lui de dire au ministre anglais, à propos des démêlés qui existaient entre l'Espagne et le Portugal, que, si l'Angleterre ne prenait pas parti pour le Portugal, la France n'assisterait pas l'Espagne. II répéta cette singulière confidence à l'ambassadeur d'Espagne, le prince de Masseran. Masseran manda cette conversation à sa cour, et le comte d'Aranda remit une de ses lettres à Vergennes.

Quand cette affaire fut soumise au Conseil, le roi fut frappé^ comme tous ses ministres, de l'embarras qu'allait susciter la légèreté de l'ambassadeur français vis-à-vis d'une cour ombrageuse, et malheureusement plus portée à la guerre que n'aurait souhaité la France. Louis XVI n'hésita pas à conclure que de Guines devait être rappelé de son poste, et il n'y eut pas une voix pour s'opposer à une résolution indispensable, si l'on voulait maintenir le pacte de famille.

' Le jour où cette décision fut prise, la princesse de Guéménée donnait un bal. On dansait dans deux

LE GOMIli DE GUINKS ET VERGENNES. 497

pièces et l'on jouait dans une autre^ quand Lauzun, engagé dans une partie avec le comte d'Artois et le duc de Chartres, vit entrer la maîtresse de la maison, la ligure bouleversée : (c Quittez le jeu sur-lc-cbamp, lui dit-elle, j'ai quelque chose d'important et de pressé à vous communiquer. 7> It se lève et suit madame de Guéménée, persuadé qu'il va être mis à la Bastille, quand elle lui apprend que le comte de Guincs était rappelé de son ambassade d'Angleterre de la manière la plus humiliante; qu'il était accusé d'avoir agi contre ses instructions, et compromis gravement l'alliance conclue avec l'Espagne par le pacte de famille. Elle ajoute que le duc de Ghoiseul, qui s'était beaucoup intérressé à de Guines, taxait sa conduite d'inexcusable. Lauzun conclut aussitôt qu'il est impossible que de Guines ait fait de si grandes sottises, et prend. la résolution de le servir, quand la reine arrive dans la pièce où il se trouvait suivie du duc de Coigny. L'aiîaire du comte de Guines est traitée ; Coigny insiste pour que la reine ne s'en occupe pas. Lauzun contredit Coigny, soutenant qu'il n'est pa$ d'avis que la reine demande grâce pour le comte de Guines, mais qu'elle devait lui faire obtenir d'êlre entendu avant d'être jugé ; « que, sans cette faveur, il serait impossible aux plus fidèles serviteurs de la reine de compter sur ses bontés et sur son intérêt... — En voilà assez, répond Marie-Antoinette, je suivrai l'avis de M. de Lauzun. »

Vergennes, averti de cette espèce de complot, vorgcnncs offre prévint le roi que le projet du comte de Guines et ^ ^^"|"j:^" *^* de ses amis était d'obtenir, par l'entremise de la reine, qu'il fut appelé en confrontation avec lui en

pi^nce de Leurs Majestés. « Si, ajoutait-il, Sa Majesté daigne se rappeler que c'est par son commandement exprès que j'ai annoncé au comte de Guines son râppeU Elle sentira que la seule explication que je puisse avoir avec lui, est de lui dire trèsingénûment qu'il a été rappelé parce que Votre Majesté m*a ordonné de le rappeler. Votre Majesté a pu vouloir, sans inconvénient, que la reine fût informée du motif de sa détermination ; mais les soumettre à la discussion de M. de Guines, ce ne serait pas compromettre le caractère de votre ministre, mais attenter à votre autorité suprême. Il s'agit bien moins de la justification du comte de Guines que de jeter la confusion dans votre ministère... Je n'ai jamais fait de démarche pour y arriver... Votre Majesté m'y a appelé ; j'ai obéi à sa voix, parce que le devoir me le prescrivait. Arrivé à ce poste si pénible et si envié, je n'ai rien négligé pour répondre à sa coniianee... la prospérité seule de vos affaires m'a occupé. . . Je devais espérer de pouvoir exister à l'abri de l'intrigue et de ses orages. Ma prévoyance a été illusoire. Je n'entends rien aux traca^eries, je ne sais ni en faire, ni les soutenir : je n'ai que le courage des affaires. Insuffisant à un genre de combat qui m'est nouveau, je supplie Votre Majesté de me permettre de le refuser et d'offrir le sacrifice de ma place au respect dû à son autorité et à mon attachement inviolable pour sa gloire. La retraite ne m'effraierait qu'autant que j'aurais mérité de perdre l'estime de Votre Majesté et que je me serais rendu indigne de ses bontés et de Bà protection. La justice et ma conscience ne me font pas appréhender un malheur aussi cruel . »

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