‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 10 sur 245 · RÉSURRECTION D'UNE COMPAGNIE DES INDES · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION D'UNE COMPAGNIE DES INDES

La direction du gouvernement de la France avait (ini par tomber, comme nous Tavons dcjâ dit, entre les mains d'un joueur qui était victime non seulement de ses passions personnelles, mais de ses illusions. Provocateur d'un agiotage effréné des effets publics, Calonne était à la recherche de tous les éléments propres à entretenir ses espérances sans limites et la fièvre de gain qui le dévorait.

Le 14 avril 1785, il ressuscitait pour sept années le monopole d'une compagnie des Indes détruite par Fabbé Terrai comme préjudiciable au commerce français, donnant pour raison que le roi a par le compte qu'il s*était fait rendre du résultat des exportations de son royaume et des retours d'Asie... avait reconnu •|ue la concurrence utile pour d'autres branches de rommerce ne pouvait qu'être nuisible dans celle-ci. Les cargaisons d'Europe n'étant pas combinées entre elles ni proportionnées aux besoins des lieux de leur destination, s*y vendaient à bas prix, tandis que le concours des Français dans les marchés de Tin Je y surhaussait le prix des achats... Les importations en retours, composées de marchandises de même espèce sans mesure ni assortiments..., sont aussi désavantageuses aux négociants qu'insuffisantes pour l'approvisionnement du royaume...; et à ces inconvénients résultant du défaut d'ensemble s'ajoute l'impossibilité pour des particuliers d'être en possession de moyens assez étendus pour soutenir les hasards d'un commerce aussi éloigné. » Assertions d'un esprit It'^ger qui devaient provoquer un concert de plaintes des négociants de Paris, de Versailles, de Dijon, de Tours, de Chalon-sur-Saône, de Troyes, de JBordeaux,

Bétablissement d'uoe

compagnie

des Iodes,

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de Rouen, de Besançon, de Lyon, et attirer au contrôleur général une terrible apostrophe que le comte de Mirabeau lui adressa un an plus tard eh disant â propos de celte mesure : « Il a fallu fouler aux pieds les résultats de douze années consécutives qui ont prouvé que la liberté convient au commerce des grandes Indes comme à tous les autres commerces. » Puis raillant les raisons qui avaient été données pour amener ce qu'il appelle « une de ces déplorables surprises faites par l'intrigue et Tintérêt personnel à la sagesse du gouvernement, » Mirabeau s'écriait à propos du prétendu manque de combinaisons dans les cargaisons : « Vous supposez donc que la Compagnie française sera seule à faire le commerce dans rinde ou qu'elle se combinera avec les Compagnies anglaises, hollandaises, suédoises, danoises, portugaises... Les productions de l'Inde sont-elles bornécé à une quantité déterminée? Ne sait-on pas que la fabrication, lorsque rien ne la gêne, se met toujours au-dessus des demandes? »

Le comte de Mirabeau, qui allait écraser Calonne sous le poids de sa logicjue impitoyable, était, à cette époque, en relations suivies avec ce personnage. Conduit au milieu des étranges péripéties de sa vie à soutenir un procès en séparation de corps intenté par sa femme, il avait rédigé un mémoire destiné à amener la cassation de l'arrêt rendu contre lui, où il exposait au public tous les détails de son orageuse existence. La saisie de cet écrit au moment où quelques exemplaires seulement parvenaient à ses juges, l'irrita profondément. Voulant obtenir le retrait d'une décision aussi arbitraire, il

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porta ses plaintes au directeur de la librairie, et à la suite de son refus se rendit à Taudience publique du garde des sceaux.

La conversation avec un solliciteur qui avait blesse Miromesnil dans un de ses nombreux pamphlets, dégénéra bien vile en un débat des plus vifs que Mirabeau, désespérant de réussir, termina par la menace au ministre a de frapper du pied la tene et d'en faire sortir dix mille exemplaires d'un mémoire dont on saurait l'histoire et l'occasion. y>

Imprimé à l'étranger, le factum annoncé ne tarda pas à paraître à Paris^ introduit par son auteur qui avait quitté la France après celte violente altercation ; il était intitulé : « Mémoire du comte de Mirabeau j supprimé au moment même de sa publication par ordre form'el de moîisieur le garde des sceaux et réimprimé par respect pour le roi et la justice, avec une conversation de monsieur le garde des sceaux et du comte de Mirabeau. »

<c Reste à savoir, dirent les nouvellistes, comment si le premier mémoire a été arrêté, celui-ci plus redoutable pourra percer, » et ils expliquent presqu'au même moment une semblable inconséquence en montrant la cour partagée en partis hostiles qui donnent pour appui à l'écrivain a des Noailles, des Polignac, des Vaudreuil et la reine elle-même. »

Arrivé d'Angleterre avec un manuscrit qu'il se proposait de publier sur la Caisse d'escompte, Mirabeau à la suite d'entretiens avec le genevois Clavières sur les spéculations diverses qui préoccupaient le public, se mit en rapport avec Calonne par l'intermédiaire du banquier Panchaud, l'un de ses con-

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seillers. Le contrôleur gênerai eneouragea Mirabeau dans des projets qui pouvaient maintenir sur le marché une effervescence favorable à ses vues, et souriant aux affirmations du comte qui assurait vouloir écrire avec précision , énergie et complète indépendance , applaudit « à sa loyale rudesse. »

L'œuvre presque annoncée au ministre fut imprimée à l'étranger et, apparaissant au milieu des Joueurs, y excita une vive rumeur. Calonne qui depuis un mois n'avait pas revu Mirabeau, se réveilla au bruit de la polémique qui s'engageait et essaya d'obtenir la suppression de certains passages du livre, notamment de ceux qui contenaient un blâme de l'arrêt annullant les marchés à prime sur les dividendes des actions de la Caisse d'escompte. H employa vainement les ressources de son esprit aimable et persuasif. Mirabeau lui répondit avec cette hauteur emphatique qui couvre d'un nuage les vices et les vertus de sa nature à la fois fière et basse, vénale et désintéressée : « Je poursuivrai jusqu'au tombeau toute loi rétroactive. Oui, monsieur, je serai fidèle à ce serment. » La victoire me resta, continue Mirabeau, la distribution de mon livre fut publiquement autorisée. « Le nouvel ouvrage du comte de Mirabeau sur la Caisse d'escompte, dit un contemporain, ne lui fait point honneur, si l'on en croit des gens impartiaux et connaisseurs qui l'ont lu, en ce qu'on juge facilement qu'il s'est rendu l'organe de Panchaud ; il se lit avec un certain intérêt, mais on sent que l'auteur n'était point en état de traiter par lui-même une pareille matière.,. D'ailleurs l'objet en est très vicieux, puis-

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