‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 11 sur 245 · MIRABEAU ET LA CAISSE D'ESCOMPTE · texte numérisé non relu

MIRABEAU ET LA CAISSE D'ESCOMPTE

qu'il tend à mettre cette Caisse sous la main du gouvernement, ce qui serait contre son institution, ce qui faciliterait les coups d'autorité, l'infraction des lois et le despotisme contre lequel M. de Mirabeau s'est tant récrié jusqu'à présent... On n'y découvre que trop sousquelleinfluenceM.de Mirabeau a prislaplume^et l'on est fâché de lui voir prostituer ainsi ses talents. » Appréciations erronées qui montrent à la fois la défiance de l'opinion publique pour le pouvoir, et le peu d'estime qu'elle avait pour, l'écrivain, malgré son incontestable popularité. Mirabeau ne fait en réalité par son approbation de l'arrêt du Conseil d'État du 16 janvier 1785, que rappeler l'un des statuts de la Caisse d'escompte^ statut parfaitement raisonnable, ordonnant que le dividende des six derniers mois de 1784 ne sera établi que sur les profils et bénéfices réalisés au 31 décembre de celte même année, et que des commissaires nommés parles actionnaires fixeront la proportion qui devra exister à l'avenir entre le montant des dividendes et celui des fonds mis en réserve. 11 ne répudie pas plus les principes de liberté qui inspirent son œuvre qu'il ne se met au service des agioteurs, quand, blâmant l'arrêt du 24 janvier 1785, qui annule les marchés à prime sur les dividendes des actions de la Caisse d'escompte^ il présente les observations suivantes :

ce Le jeu sur les fonds publics suppose des fonds publics, les fonds publics des emprunts. •• En prononçant contre le jeu, la loi prononcerait contre elle-même ou contre le gouvernement qui a créé la dette... Des négociants ont vendu des dividendes

40 LfVhB (Premier.

'^àrfce ijué^des négociants en recherchaient...; le verideur était maître de son argent, l'acheteur était en pleine liberté... Qu*y-a-il là d*odieux et d'illicite?... Quel(iue soit le parti que prenne l'autorité sur la prohibition ou la tolérance à venir des spéculations dont il s'agit, il est du moins une vérité qu'on ne peut contester, c'est que la force rétroactive de l'arrêt du 24 janvier doit être anéantie, c'est que les marchés conclus avant que la loi ait parlé doivent être exécutés, et qu'on ne peut sans honte favoriser des hommes qui n'ont sollicité la dissolution de leurs engagements qu'après la certitude acquise qu'ils perdraient à les remplir. »

Embarrassé de la concurrence faite à l'emprunt de cent vingt-cinq millions par les actions de la banque espagnole de Saint-Charles, Galonné. échangea SCS vues avec Mirabeau sur la présence des effets étrangers à la bourse de Paris, et profitant de la similitude de leurs idées, félicita avec grâce l'écrivain, assurant que le succès de son livre sur la Caisse d'escompte l'investissait d'une sorte de mandat devant lequel le ministre des finances devait s'incliner. Il n'en fallait pas davantage pour décider Mirabeau à éclairer le piiblic sur la valeur réelle de la banque de Saint-Charles. L'habile écrivain obtint pour son travail des notes des employés des finances, conféra du sujet qu'il traitait avec des inspecteurs du commerce, et huit jours après sa conversation avec Galonné paraissait une étude critique sur la banque espagnole.

Mirabeau s'appuyant sur le prospectus publié par Cabarrus, le fondateur de cette banque, et la cédule du

Page 1