LA PRESSE ET LES CLUBS
mauvaise récolle ajoutait au malaise moral des populations les souffrances matérielles. Si le blé se trouvait en suffisante quantité dans le Languedoc, il n'en était pas moins resté à un prix élevé et le froid rigoureux du mois de décembre menaçait de priver de travail les ouvriers de Montpellier et des villages voisins. En Bretagne, en Picardie, en Bourgogne, dans le Béarn, les émeutes se succédaient; à Paimpol, à Guingamp, à Lamballe, des magasins renfermant des blés pour le régiment d'infanterie de Forez et la ville de Bordeaux, étaient enfoncés et pillés. Les habitants de Morlaix s'opposaient par la force non seulement à la sortie de toutes sortes de grains, mais encore à celle du lin, du chanvre, du beurre. Le sénéchal d'Auray constatant la pénurie des ressources en 1788, pronostiquait une aussi mauvaise récolte pour l'année 1789, et nombre de curés sollicitaient, en faveur de leurs paroissiens, Tautorisalion d'implorer la charité publique dans leslieux épargnés par la grêle. Des mendiants armés parcourniont l'Orléanais où le défaut de troupes empêchait de protéger les habitants de la campagne, et où l'insuffisance des prisons ne permettait pas de renfermer les vagabonds. Pressé par son collègue le ministre de la maison du roi, Necker s'inquiétait de l'alimentation de Paris qui pouvait être compromise. LemarchédeMontereau s'était trouvé dégarni de grains, le peuple de Nogent avait empêché le transport des farines, tandis qu'aux portes de Versailles, à Neauphle, des blés mis en vente à 54 livres le setier (15 fr. 50 l'hectolitre) étaient enlevés à des prix arbitrairement fixés par les acheteurs, ou même volés malgré les efforts de
la maréchaussée. Tourmentés d'apprendre que leshabitants de plusieurs villages des environs de la capitale s'armaient de fusils et de pistolets, les ministres recommandèrent à rintendant Berthier de s'enquérir de leurs intentions, en recherchant si l'incendie des bâtiments et des grains d'un cultivateur de Bazainville, près de Houdan, devait être attribué à un accident ou a un crime.
roett^"*^e R^sté miuistrc, quoique l'opinion publique s'at-
is septembre, tcudît à Ic voîr partager la disgrâce de Brienne, Laprotestation des . ,
migistrats; moiguon s'ctaît décidé avec l'acharnement d'un carompiace ractèro tcnace et convaincu à faire passer dans les lei^^ptembre lois du royaumc la déclaration sur la législation cri- *^^* minelle, déclaralion au sujet de laquelle il avait remis au roi un mémoire dès 1784. Dans l'espoir d'imposer d'autorité une réforme qu'il regardait comme un bienfait pour les peuples, il lit parvenir à chacun des membres du Parlement de Paris une lettre de cachet portant ordre de se rendre le 15 septembre à Versailles. En présence de cette injonction, présidents, conseillers, gens du roi et greffiers se réunirent pour protester à l'avance contre des projets qu'ils déclarèrent destructeurs des droits de la nation. Â leurs yeux leur adversaire désespérant de renverser d'un seul coup les principes constitutifs de la monarchie, représentait perfidement les privilèges d'une cour souveraine comme Tunique préoccupation des magistrats, afin de mettre en opposition leurs intérêts particuliers avec ceux du public, tandis que le Parlement ne s'opposant nullement à la suppression des abus, se bornait à faire ressortir l'inconséquence qu'il y aurait â proposer des réformes et des change-