‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 12 sur 245 · MIRABEAU ET LA BANQUE DE SAINT-CHABLES · texte numérisé non relu

MIRABEAU ET LA BANQUE DE SAINT-CHABLES

roi d'Espagne qui en autorisait la création, fit ressor- ninbetu tir avec un irréfragable bon sens l'impossibilité où ^"«Lpag^ se trouvait cet établissement de réaliser les bénéfices 6 jSnêu qu'on en espérait. « L'obscurité, dit-il en débutant, est une ressource précieuse, mais l'analyse est un terrible réverbère. Analysons donc l'idée de l'auteur, et voyons si sa banque est indispensable au crédit de l'Espagne... Il n'est qu'une manière d'obtenir et de conserverie crédit, c'est de payer exactement. Pour se donner la faculté de remplir ses engagements, rËtat doit appliquer une partie des impôts à une caisse d'amortissement ou créer après la pnix un nouvel emprunt fait dans des circonstances plus favorables que celles de la guerre. » LcLaw de l'Espagne, continue Mirabeau, en comparant Cabarrus à ce célèbre financier, méprise au contraire en homme de génie ses engagements; les statuts de sa banque portent que toute spéculation, toute entreprise lui sont sévèrement interdites, et il va chercher la Compagnie des Carraques, prête à sombrer, pour la patroner sous le nom de Compagnie des Philippines. « Il est inconcevable, s'écrie l'écrivain, que les étrangers qui spéculent sur la banque de Saint- Charles ne réfléchissent pas sur les effets de l'autorité illimitée qui la dirige? Comment n'en sontils pas efTrayés? Comment ne sont-ils pas instruits par le passé? j> Puis il se résume en ces termes : c Nous avons exposé les raisons qui nous font penser que la banque de Saint-Charles est une concession surprise au ministère espagnol... que la banque de Saint-Charles a présenté au public un plan d'opérations illusoires... qpe la banque de Saint-Charles...

Suppretsion de l'onvrige d« Mirabeaa

par arrêt

du Conseil,

47 juillet 4785.

ne peut manquer de perdre lot ou lard la faveur du gouvernement, et que les privilèges et les monopoles qu'elle a obtenus la rendant de plus en plus odieuse au commerce, ses actionnaires ne sauraient prendre une juste confiance dans la durée et la solidité de cet établissement. y>

L'effet de cetle violenteattaque fut foudroyant; les actions qui de cinq cents livres, prix d'émission, avaient presqu'atteint huit cents livres, tombèrent à quatre cent-vingt livres. Les joueurs furieux se répandirent en clameurs. Cabarrus outragé se défendit dans une lettre adressée à son adversaire, traitant de fausses et de calomnieuses ses assertions. L'Espagne se préoccupa du tort fait à une banque qui avait son siège à Madrid, et le comte d'Aranda demanda la suppi assion du livre. Galonné, qui avait atteint son but en détruisant une concurrence à son emprunt, se hâta ue déférer à une sorte d'injonction diplomatique. U-i arrêt du Conseil du 17 juillet 1785 supprima le libelle sous prétexte qu'il avait été imprimé en contravention des règlements de la librairie, et que l'auteur ciait a un de ces hommes qui se hasardent d'écrire sur les matières importantes dont ils ne sont pas assez instruits pour en donner au public des connaissancos utiles. »

Il y uv t une explication des plus vives entre un ministre hîbituéà se jouer trop facilement delà dignité des hoir nés et un écrivain qu'irritaient au dernier point la r îsolution qui venait d'être prise, et les motifs énoncés dans l'arrêt. Galonné faisant agir tous les ressorts i'un esprit aussi fin que conciliateur, invoqua la nécessité de ménager une puissance alliée de la

L'OUVRAGBSUR LA BANQUE DE ST-CHABLES C0NDA»1NË.49

France, parla de la pression exercée par le garde des sceaux, a La continuation de ma confiance n'est-elle pas une réparation suffisante, s'il en faut une à votre amour-propre, » lui dit-il, puis ramenant adroitement la conversation sur les sujets qui préoccupaient alors Mirabeau, il l'entretint d'un livre nécessaire sur les emprunts, et son interlocuteur oubliant presque sa colère, fînit le débait par ces mots solennels : a S'il fallait à la cour de Madrid une victime pour expier l'offense d'avoir bien servi mon pays et l'Espagne même, je me laisserais sans murmurer conduire à la Bastille. » Paroles que nous citons textuellement parce qu'elles peignent ce génie qui pressentant les événements de l^venir, avait au milieu des débordements d'une vie agitée, élevé dans son esprit pour ce qui concernait^'lés affaires publiques , un sanctuaire inaccessible à toute pression, à toute direction et à presqu'à toute Capitulation de conscience. ^ ^

Si Galonné crut avoir dominé un folliculaire vulgaire, il ne tarda pas à être détrompé. La fièvre de l'agiotage soulevait chaque jour d'ardeAles discussions, et les partisans de Cabarrus atta?iuaient l'adversaire qui avait ruiné leurs espérances. ^Parmi eux se distinguait M. Le Couteulx de la Noraye qui, dans ses fréquentes relations avec le ministèrcfTs'efforçait de détruire la portée des critiques dd^Mirabeau contre la banque de Saint-Charles, assuraHF que les gens du métier n'en seraient pas dupes. '^'

Poussée la lutte par un caractère hautain et violent et par un certain malaise que faisaient éprouVer à son intelligence les théories fausses et lesafllrrn^ïions

oO LIVRE PRKMIIIH.

mensongères, Mirabeau saisit le prétexte des insinuations de La Noraye pour rentrer dans la polémique ouverte par son livre. Il écrivit une brochure où il discutait de nouveau la banque de Saint-Charles ainsi que la Caisse d'escompte et la porta au contrôleur général pour obtenir Tautorisalion de la publier. Calonne embarrassé entre La Noraye, qu'il tenait à ménager^ et Mirabeau qui insistait, demanda des suppressions auxquelles consentit en partie l'auteur. Mais le livre, malgré les atténuations exigées parle ministre, n'en conserva pas moins la forme incisive et arrogante d'un écrivain hardi jusqu'à Tinsulte. La Noraye accusé d'avoir compromis la Caisse d'escompte dont il était l'un des commissaires, par le placement de ses fonds dans la banque espagnole, se plaignit vivement.

Le public est en possession du livre, pensa Calonne, Mirabeau doit être satisfait, il suffit pour contenter La Noraye de supprimer l'ouvrage, et le ministre laissa le Conseil condamner la lettre de Mirabeau. M. Le Couteulx, s'écria-t-on partout à cette nouvelle, a trouvé plus commode de faire anéantir la provocation du comte que d'y répondre, ce La mesure m'a été escamotée par Monsieur le garde des sceaux» , j'ai tempéré infiniment l'amertume des considérants, assura Calonne à Mirabeau, ajoutant d'un air dégagé : Qu'est-ce après tout qu'un arrêt du Conseil? La situation était grave pour l'orgueil de Mirabeau. La condamnation du livre sur la banque de Saint-Charles s'expliquait comme mesure diplomatique. En était-il de même cette fois-ci où M. de La Noraye se trouvait seul en face de lui?

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