‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 118 sur 245 · PUÉRILES RECHERCHES DE POPULARITÉ. 43S · texte numérisé non relu

PUÉRILES RECHERCHES DE POPULARITÉ. 43S

uler la misère publique?... Les famines artifi* ea sont infiniment plus à redouter que celles qui reflet de Tintempérie des saisons. . • Ce n'est pas lé qui manque en France , la soif immodérée du le fait receler, l'avidité insatiable l'accapare» le tolateur opulent veut s'enrichir encore aux dé* ide la substance du pauvre... Après la longue exence d'une facilité sans bornes, accordée an merce des grains, il est temps de connaître le fjBT d'une confiance trop aveugle..., de prévenir une sage et rigoureuse police^ les inconvénients ft abus d'une liberté inhumaine, toutes les fois que enple en doit être victime. » Signalés par de Uables déclamations aux fureurs meurtrières des 68, les agriculteurs voyaient le fruit de leurs tra- (déprécié par suite de Tordre qui leur était donné snner leurs maisons aux acheteurs et de ne livrer B blés que dans des halles désignées à l'avance, par Sgation imposée à tout intermédiaire entre le prêteur agricole et le consommateur de faire connaître nom, son domicile, la nature et la quantité de ses rovisionnements et de ne les vendre que dans des a fixés par les officiers de police, règlements raticables qui pouvaient si peu se concilier avec bre circulation des blés en France que les Parlede guerre las finissaient par s'en remettre « à la du seigneur roi chargé de prendre les me^ M convenables pour que les versements de pro^ se i province ne se fissent au détriment d'aucune lire elles, » c'est-^^ire précisaient un but à rem* mm indiquer les moyens de l'atteindre.

es magistrats pouvaient se ranger parmi « cette

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foule de discoureurs malévoles dont parlait Sicyèi, qui se montrent avec audace parce qu'ils appa^ tiennent aux classes de la société à qui le malheur des événements semble avoir acquis le droit de UnA dire comme de tout faire, d ou parmi ces homma du temps passé incapables d'abandonner leurs pr^t* gés et de comprendre les mots de patriotisme et de liberté étrangers à leur langue.

a*pport Cinq jours s'étaient à peine écoulés depuis la dé-

la gén<^raiix, marchc du premier président à Versailles que lés Français acquéraient la certitude de discuter leun intérêts dans une assemblée nationale. <c Nous auronSt continue Siéyès dans l'écrit où il cherche à indiquer ce que pourront faire les représentants du peuple, quelquefoislespectacledecesvertueusesindignatiooB qui, en poursuivantde grands abus, franchissent sans crainte les limites que la faiblesse, bien plus qu'une prétendue sagesse , a osé marquer au courage. »

La publication d'un rapport au roi, à la date de 27 décembre|, fit connaître à la nation le chiffre des députés qui devaient siéger aux États généraux, et le nombre respectif des représentants de chaque ordre. Necker, après un exposé où il montrait quels avaient été les arguments présentés par la majorité et la minorité des Notables, acceptait l'opinion delà minorité en accordant au Tiers État un nombre de représentanis égal à celui des deux autres ordres, et pour justifier sa résolution il rappelait qu'elle était conforme à celle des trois ordres du Dauphiné, de plusieurs assem* blées provinciales^ qu'elle se trouvait en quelqee sorte confirmée par l'arrêt récent du Parlement con^ tRtant l'absence de toute loi et de tout usage sum

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lansle passé, enfin <c pardessus tout, par les adresses ans nombre des villes et des communes du royaume tt le vœu public de cette vaste partie des sujets du m^ connue sous le nom de Tiers État, d

Ce rapport qui fut < examiné minutieusement dans ^ttsieurs comités de ministres, ensuite sous les yeux du roi , la reine étant préseste a la dernière conférence, » ce rapport qui réunit, observe Necker, sauf l'opposition d*un ministre sur unseul point, toutes les Yolontés, tous les avis, nous révèle à ce moment critique la portée intellectuelle des hommes chargés de diriger la nation. Necker reconnaît que l'insistance du Tiers Etat à réclamer une représentation égale en nombre à celle des deux premiers ordres, « trahit leur dessein d'amener les Etals généraux à délibérer en i^ommun, 9 puis négligeant cette cause de scission prévue, combat cette appréhension en faisant observer que : « L'ancienne délibération par ordre ne pouvant être changée que par le concours des trois ordres et par l'approbation du roi, le nombre des députés du Tiers n'est, jusque-là-, qu'un moyen de rassembler toutes les connaissances utiles au bien de l'État. ]» Confiance naïve dans la résignation du Tiers Étal qu'il partage avec les autres ministres au point de croire « que la prochaine tenue des États généraux sera la dernière où le Tiers État attachera une grande importance à n'avoir que des députés pris dans son ordre ; car si les privilèges généraux qui séparent les intérêts des diverses classes de la société étaient une fois supprimés, explique-t-il, le Tiers État pourrait indifféremment choisir pour représentant un gentilhomme ou un autre citoyen... Qu'est-ce

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qui pourrait séparer les intérêts du Tiers Etat des intérêts des deux premiers ordres ? Le Tiers État. comme la noblesse, comme le clergé, comme tous les Français , n'a-t-il pas intérêt à l'ordre des finances, à la modération des charges publiques, à la justice ! des lois civiles et criminelles, à la tranquillité et i ! la puissance du royaume? // n'entrera jamais dam ' Vesprit du Tiers État de chercher à diminuer les préroff olives seigneuriales ou honorifiques^ qui distinguer Us dmx premiers ordres.. . Il n'est aucun Français qm ne sache que ces prérogatives sont une propriété ausm respectable qu'aucune autre. ]>Ces phrases étranges ne sont pas l'artifice d'un esprit avisé qui cherche à flatter les espérances et les aspirations d'une opposition redoutée, mais l'expression des convictions intimes d'un banquier qui n'a rien appris au milieu des événements divers auxquels il a été mêlé, au milieu de l'émeute qui gronde, des publications de toutes sortes qui surgissent dans tous les coins de la France. Prodigue d'écrits, plein de confiance en lui-même, Necker semble avoir prisa tâchede nous révéler un aveuglement qu'on se refuserait d'admettre , s'il ne nous en fournissait la preuve dans un livre publié deux années après la lecture de son rapport concernant les États généraux. Il y cite comme une œuvre digne des méditations d'un homme d'État, Tespèce de rapsodie qu'il avait écrite en 1775 sur ce les principes

applicablesàlalégislationetaucommercedesgrains\> | sans oublier son ouvrage sur les finances de la France. | Après une énumération des services qu'il avait rendus

4 Voir à ee sujet La France ious Louis XVI, Torgot, p. 22? et vûr, ; in-8«. Paris, 1877.

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en ramenant l'ordre et l'abondance dans un trésor public épuisé, Necker s'écrie : c Les malheurs dont on a été préservé ne rappellent que... des actions sans couleur et sans relief et la reconnaissance à l'œil léger ne les remarque point. y> Puis se défendant d'avoir conseillé la convocation des États généraux, il ne cache point son regret de s'être trouvé dansTobligatîon de concéder au Tiers-État un nombre de députés égal à celui des deux autres ordres réunis, c aucun esprit de partialité ne m'y détermina, ajoute- t-il, toutes mes liaisons, toutes mes habitudes étaient avec l'ordre de la société qui applaudissait à la décision contraire prise par les Notables, » et Necker termine son exposé en assurant que l'on oc n'avait aucun motif de présumer que le Tiers-État voulût étendre les innovations au delà du cercle dont le roi avait tracé la circonscription dans le résultat du Conseil du 27 décembre 1788. »

Conformément aux vœux de Mirabeau , le nombre des députés à élire était fixé à mille qui devaient, autant que possible, être envoyés par chaque bailliage, en raison de la population qu'il contenait et des contributions qu'il payait. Sa Majesté, portail le règlement pour l'exécution des lettres de convocation , € a désiré que des extrémités de son royaume et des habitations les moins connues, chacun fût assuré de faire parvenir jusqu'à elle ses vœux et ses réclamations... Sa Majesté a reconnu qu'au moyen des assemblées graduelles ordonnées dans toute la France pour la représentation du Tiers État, elle aurait une sorte de communication avec tous les habitants de son royaume... Sa Majesté a tâché de remplir encore

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(et objet particulier en appelant aux assemblées du clergé, tous les bons et utiles pasteurs qui s'occupent, de près et journellement, de l'indigence et de Tassis- | tance du peuple, et qui connaissent plus intimement ses maux et ses appréhensions. »

Les plusminutieuses précautions étaient prisespour que les membres du clergé, tant régulier que séculiers, de tout ordre et de tout sexe, pussent se réunir soit en personne, soit par délégués pour les femmes, dons toutes les petites circonscriptions que formaient les tribunaux secondaires ou dans celles plus étendues désignées sous le nom de sénéchaussées ou de bailliages. Tout noble, âgé de vingt-cinq ans, né français ou naturalisé, était électeur et pouvait être élu. Les habitants des villes, des bourgs, des paroisses et communautés de campagnes, ayant un rôle séparé d'imposition, constituaient le Tiers État qui devait, comme le clergé et la noblesse, faire rédiger par des commissaires, dans des réunions particulières les cahiers de ses doléances. Le Tiers Etat nommait deux députés dans la proportion de cent individus et audessous, et quatre au-dessus de cent en publiant leur choix à haute voix, ainsi que cela se passait dans les assemblées des deux autres ordres, et ces députés désignaient au scrutin leurs représentants aux Étals généraux. Par une dérogation spéciale la ville de Paris ne répartissait pas ses électeurs, comme on le faisait en province, entre les circonscriptions judiciaires de la capitale. Clergé, Noblesse, Tiers-Éiat, compris dans Tenceinte de la ville et de ses faubourgs, formaient trois assemblées distinctes qui élisaient leurs députés. Rien, on le voit, n'avait été

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négligé pour connailre la moyenne des sentiments, les idées, des tendances d*un peuple et, parla même )ccdsion, en sondant les profondeurs les plus secrètes H les plus inaccessibles d'une nation, rien n'avait été oublié pour faire ressortir à quel point Tinsolence humaine avait poussé ses exigences avant d'accorder à une société le don si indispensable d'un gouvernement. Un pareil appel adressé à un pays, dont l'histoire ne fournit pas d'exemple et qui ne se renouvellera probablement pas, était l'application aux questions morales des minutieux procédés d'observation qui ont fait réaliser d'immenses progrès à la science moderne. Plein d'ardeur et passionnément désireux de siéger dans l'assemblée qui allait se réunir, Mirabeau s'irritait à la fois des obstacles qu'il craignait de rencontrer chez les ministres et de la popularité exagérée et dangereuse de Necker. oc Je ne crois pas son talent proportionné à la circonstance, disait-il en parlant du banquier genevois au mois d'août 1786, et les défauts de son caractère suffiraient, au besoin, pour dompter son talent. » L'opinion de Mirabeau sur la médiocrité du personnage, alors en possession d'une influence considérable par suite des préjugés populaires, s'accentuait de plus en plus, il exprimait ses jugements et ses critiques avec cette vivacité d'esprit, ce besoin d'épanchement qui faisait le fond de son caractère, soit dans des conversations, soit dans des lettres où il s'efforçait d'imposer ses convictions. Discutant avec un de ses amis, le jésuite Cérutti, qui partageait Tengouement presque général du public pour l'idole du jour, Mirabeau avait fini par transformer cette correspondance particulière et d'un ordre tout à fait intime

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du publit

en favenr

Necker.

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en une sorte de plaidoirie sur les événements contem- c porains, quand, à propos da rapport de Necker relatif '^. aux États généraux, se préoeeupant d'un arrêt du !■ Conseil qui donnait force de monnaie au papier delà i Caisse d'escompte , il fut pris do désir d'apprendre i h ses concitoyens combien il bhlmait des résolu- i tiens de nature h compromettre de graves intérêts : i « J';ii beaucoup hésité à rendre publique cette cor- : respondance, déclare-t-il, les lettres qu'on nous écrit * sont un dépôt dont la suscription indique le dépositaire... Mais celles qu'on va lire traitent uniquement de principes généraux et d'aflaires publiques. . . Devaisje dans des temps si orageux proférer des doutes publics sur l'administration du ministre des finances?... M. Necker est évidemmentappeléè proposera l'Assemble nationale un système de finances. Dans les crises modernes de la France... des empiriques ont propose de créer du papier-monnaie et l'autorité de M. Necker est bien faite pour redonner du crédit à ce système. Il importe donc à la chose publique que le modérateur des finances se trouve dans la nécessité de développer la théorie d'après laquelle il a pu rendre l'arrêt du 29 décembre 1788, qui continue force de monnaie au papier de la Caisse d'escompte. j> Puis, prenant pour point de départ cette décision financière, Mirabeau étendait le champ de ses critiques, faisant ressortir les lacunes du rapport au roi sur les États généraux, oc l'afTectalion très suspecte d'une précaution collusoire, d'éviter ce grand débat. Opérera-t-mpar tête ou par ordre? Détail qui divise la nation, et si l'on n'y prend garde, nous donnera la guerre civile... La défaveur auprès des deux premiers ordres peut

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perdre facilement un ministre, disait Mirabeau , les mécontentements du troisième n'ont pas cette puis* sance, mais ils peuvent perdre les rois... M. Necker nous corrompt et nous ruine par le papier-monnaie. . • Le ministre qui protège par la force la faillite frauduleuse d'une société en commandite^ qui agi te trois cents millions dans sa circulation, est très soupçonnable de tenter par une collusion perfide, d'essayer de se passer de la nation pour alléger la dette publique et de se préparer les moyens de reculer les États généraux..., ou tout au moins de les subjuguer... M, Necker fera bien de tâcher d'être un homme d'État, sa réputation de financier est irrémédiablement perdue... M. Necker comme administrateur financier, se montre irrésolu, fluctuant, versatile... On ne peut plus, en finance, se parer de mots, de secrets, de mystère... Pourquoi ses amis n'ont-ils d'armes qu'un fanatisme qui déparerait la cause de la vérité même? Pourquoi pensent-ils que ces mots : le caractère de M. Necker, la pureté de M. Necker, les vertus de M. Necker doivent glacer les lèvres, paralyser notre raison? Celui qui est irréprochable dans sa famille est un homme désigné pour les places publiques, ditesvous, d'après M. Burke, je ne me mêle des affaires de famille de personne, je tiens pour maxime que nul ne doit compte de sa morale privée qu'à ceux avec lesquels il a des rapports privés, mais que chacun doit à tous compte de sa morale publique, et je vous demande si M. Burke, malgré son axiome, ne fut pas toujours Tardent ami, l'indomptable partisan de Fox. Pitt, avec sa vertueuse innocence, Pitt, régénérateurdesfinancesanglaises..., Pitt a des dettes im-

menses, il n'a cependant pas douze mille livres de rentes, et c'est là sans doute une belle partie de sa gloire... Que M. Necker se tienne toujours prêt à rendre compte de ses principes publics. •• Nul n'a le droit de lui demander ce qu'il est pour sa femme, pour sa fille..., mais tout le monde a ledroit de trouver mauvais... qu*il conclut... de ce que les anciens usages autorisent les trois ordres à délibérer séparément, que la question du nombre respectif des dépu* tés est peu intéressante. .., tout le monde a le droit de trouver mauvais qu*il affirme que l'ancienne délibération par ordre ne peut être changée que par le concours des trois ordres et par l'approbation du roi... On ne peut rien nier, on ne peut rien afRrmer sur les intentions de M. Necker, mais la défiance est de devoir, d conclut Mirabeau en faisant allusion à son exclamation maintes fois répétée : Malheur aux peuples reconnaissants! A ce moment solennel, par suite du développement de Tesprit humain et de son irrésistible tendance à se rattacher au passé, tout en voulant assurer l'avenir, deux grands écrivains montraient dans leurs œuvres, comme deux apôtres, le but poursuivi par les Français et le caractère des luttes qu'ils auraient à soutenir.

Ecoutez Voltaire s* écriant avec sa vive allure : « liberty andproperty, c'est le cri anglais. Il vaut mieux que Saint-George et mon droit, Saint-Denys et Montjoie, c'est le cri de la nature. De la Suisse à la Chine les paysans possèdent des terres en propre. Le droit seul de conquête a pu. dans quelques pays, dépouiller les hommes d'un droit si naturel... L'esprit de propriété double la force de l'homme. On travaille pour

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