VOLTAIRE ET ROUSSEAU
ne devaient pas entraver leurs tendances à une solidarité humaine , tendances dont l'avenir confirmerait la justesse en préservant les peuples de l'atteinte souvent portée aux intérêts généraux d'un pays par les égoïstes calculs de corporations particulières. Entraînés par suite de l'accroissement des lumières à exercer la faculté distinclive de Thomme qui le pousse à travailler pour ses semblables, les Français dans une transmission d'efforts et dans un échange de services au milieu des combinaisons compliquées et infinies qui se produisent à travers le temps et l'espace étaient arrivés à modifier leur caractère. La renommée deleur dévouement au roi, de leur douceur et de leur urbanité avait tellement faibli qu'elle tendait à s'effacer. Vers la fm de 1789, un voyageur anglais parcourant la France qualifie de rage l'amour de la liberté qui s'était emparé de tout un peuple au point d'absorber ses pensées dans l'unique recherche des moyens propres à satisfaire cette passion. Mais il existait plus d'un obstacle à franchir sur la route lumineuse qui allait ouvrir aux Français un immense hippodrome, où chacun choisirait lui-même soit la place qu'il pourrait atteindre par son travail et son intelligence, soit les citoyens auxquels il voudrait ^'associer en offrant la coopération de ses services, ians l'intervention d'un chef imposé par la force ou li^éditairement désigné.
Si la nation française, dans sa fébrile poursuite de la Perpétueii liberté, répudiait le principe d'autorité qui, supposant de lenSii toujours une éternelle enfance, exclut par lui-même àpoa^iTre l'éducation progressive des individus et l'expérience oi^lîîSuî! qu'ils doivent acquérir, même à leurs dépens, si la «••«î*^**
nation^ dans l'expression de ses volontés et de ses aspirations révélait la maturité d'esprit et la somme de connaissances indispensables à Tavènement d'une civilisation supérieure, elle n'avait pas réussi à détruire l'espoir chimérique d'un certain nombre de rêveurs, comptant, grâce au progrès, débarrasser l'homme de tout empire sur.lui-méme, comme d'une soufTrance , ce qui permettrait l'essor de tous ses instincts, sans qu'il prit la peine de les comprimer et de les régler. La révolte contre les privilèges individuels et contre toute noblesse ne procédait pas uniquement d'injustices matérielles qui favorisaient sans raison certaines familles aux dépens d'autres, mais aussi de l'opinion que des créatures identiques devaient être placées au même niveau, tant que leurs actes ne leur auraient pas acquis une supériorité personnelle sur leurs semblables. Ces visées que nous voyons se perpétuer à travers les âges, dansles sociétés les plus diverses, ne pouvaient manquer de se donner libre cours à une époque où s'ouvraient sur la France de vastes horizons d'espérances et où s'étaient relâchés les liens des croyances religieuses qui limitent les écarts de l'imagination.
Sans remonter jusqu'à la république modèle de Platon où apparaît l'odieux idéal des sociétés antiques, sans parler des millénaires qui rêvèrent le règne temporel du Christ sur la terre ^ nous nous contenterons de mettre en lumière les invincibles tendances qui poussèrent l'homme, depuis le commencement du seizième siècle, à chercher une organisation sociale imposée par la force, propre à garantir à la fois son bonheur et sa dignité. Tandis que Luther engageait sa