QU'EST-CE QUE LE TIERS-ÉTAT T
jour dans la gêne et l'inquiétude d'être, enfin, écrasé sous ses débris. • . Les représentants du Tiers auront incontestablement la procuration de vingtcinq ou vingt six millions d'individus qui composent la nation, à l'exception d'environ deux cent mille nobles ou prêtres. C'est bien assez pour qu'ils se décernent le titre d'assemblée nationale... Les députés du clergé et de la noblesse ne sont point représentants de la nation : ils sont donc incompétents à voter pour elle... Si les votes sont pris par ordres, il s'ensuivra que vingt-cinq millions de citoyens ne pourront rien décider pour l'intérêt général... Si les votes sont pris par têtes, il s'ensuivra que les volontés de deux cent mille personnes pourront balancer celles de vingt-cinq millions, puisqu'elles auront un nombre égal de représentants... N'est-il pas monstrueux de composer une assemblée de manière qu'elle puisse voter pour l'intérêt de la minorité?. . . Le Tiers-État en se séparant des deux premiers ordres ne peut pas être ce accusé de faire scission... La pluralité ne se sépare c point du tout. > Siéyès proposait, dans le cas où le Tiers ne voudrait pas prendre délibérément la place qui lui revenait de droit, de convoquer tous les citoyens du royaume pour nommer une assemblée spéciale chargée d'élaborer une Constitution. « Cette né- <( cessiténous paraîtra d'autant plus pressante, ajouc tait-il, si nous songeons que les droits politiques c sont la seule garantie des droits civils, et delà liberté c individuelle, d et il terminait par quelques conseils qui mettaient en lumière avec une logique irréfragable les principes à suivre en matière d'association
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et les règles de prudence que traçaient à la France les événements du passé.
« Le but de l'assemblée représentative d'une naa tion ne peut pas cire différent de celui que se pro- « poserait la nation elle-même.,. La volonté d'ow € nation, c'est le résultat des volontés individuelles « comme la nation est l'assemblage des individus.. c( L'intérêt par lequel un homme s'accorde avec toui « ses co-associés,esl évidemment l'objet delà volonti « de tous. . . , la grande difficulté vient de l'intérêt pa € lequel un citoyen s'accorde avec quelques autre (( seulement..., qu'on ne soit donc pas étonné s « l'ordre social exige avec tant de rigueur de n € point laisser les simples citoyens se disposer e € corporations, s'il exige même que les mandataire a du pouvoir exéculif,qui, par la nécessité deschosi « forment de véritables corps, renoncent, tant qu ce dure leur emploi, à être élus pour la représenta (( tion législative. Ainsi et non autrement, l'intéH (( commun est assuré de dominer les intérêts parti (( culiers... A ces seules conditions nous pouvons.. « nous expliquer la légitimité des sociétés politiques « Une véritable assemblée nationale n'est point fait a pour s'occuper des affaires particulières des ci (( toyens, elle ne les considère qu'en masse sousl a point de vue de l'intérêt commun... Le droit as a faire représenter n'appartient aux citoyens qu' ce cause des qualités qui leur sont communes, et no a î\ cause de celles qui les différencient... Les inégal « tés de propriété et d'industrie sont comme les in^ a galités d'âge, de sexe, de taille... Elles ne déna a turent point l'égalité du civisme... Ces avantage
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t SOUS la sauvegarde de la loi, mais ce n*est pas législateur à en créer de cette nature, à donner privilèges aux uns, à les refuser aux autres. •• me figure la loi au centre d'un globe immense» s les citoyens, sans exception, sont à la même tance sur la circonférence, et n'y occupent que places égales; tous dépendent également de la tous lui offrent leur liberté et leur propriété à »téger ; c'est ce que j'appelle les droits communs ; citoyens, par où ils se ressemblent tous... Les 3rêls par lesquels les citoyens se ressemblent it les seuls qu'ils puissent traiter en commun, seuls par lesquels... ils puissent réclamer des )its politiques..., les seuls qui impriment au cien la qualité représenlable Une classe pri-
3gîée est nuisible, non seulement par l'esprit corps, mais par son existence même... Les seuls tmbres non privilégiés sont susceptibles d'être
cteurs et députés Peut-être pensera-t-on
'il reste aux privilégiés de se considérer comme e nation à part?... J'ai répondu d'avance que les ires privilégiés ne pouvaient pas être un peuple à rt. Ils ne sont et ne peuvent être qu'aux dépens me véritable nation. Quelle est celle qui conitira volontairement à une telle alliance. En atidant, il est impossible de dire quelle place deux rps privilégiés doivent occuper dans Tordre so^ il: c'estdemander quelle place l*on veut assigner QS le corps d'un malade, à l'humeur maligne qui mine et le tourmente... d Dans l'enchaînement )S pensées, Siéyès repoussait toute imitation de astitution anglaise ; il l'admirait, se reportant à
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répoque où elle avait été promulguée et, en faisant ressortir les défauts, y substituait une loi dictée à la fois par les principes qu*il venait d'énoncer et par l'effroi que lui causait la perspective d'un retour au passe, a Le corps des représentants doit être régénéri par le tiers tous les anSy les députés qui finissent leur tempSy ne doivent être de nouveau éligibles qu'aprh un intervalle suffisant pour laisser au plus grand nombre possible de citoyens la facilité de prendre part à la chose publique j qui ne serait plus, si elle pouvait être regardée comme la chose propre à un certm nombre de familles. »
Chaque jour les passions populaires étaient surexcitées par de nombreux écrits reflétant les idées de révolte qui fermentaient partout. En Auvergne, dans le Quercy, le Poitou, les pays de Bigorre, de Comminges, dans le Bugey, le Velay, les populations sollicitaient le rétablissementdesÊtats particuliers dont elles avaient joui autrefois ; le Languedoc, la Provence, la Gascogne protestaient contre l'organisation de ceux quMls possédaient. Les capitouls de la ville deToulouse, d'accord avec le Parlement, exigèrent qu'il y eût une représentation vraiement constitutionnelle, et à Montpellier l'exaltation des esprits poussait aux calomnies et aux injures. Dans la Navarre, le Tiers-État se posait en antagoniste résolu des deux premiers ordres, et en Auvergne il n'attendait pas sa convocation pour appeler ses délégués à Clermont lors de la foire qui s'y tenait les jours gras. La Bretagne était en feu, les communes, les corporations des villes avaient défendu à leurs députés de voter sur aucune affaire avant que leurs