CRITIQUE DU DISCOURS DE NECKER
d'État..., comment créerait-il et surtout consoliderait-il un autre ordre de choses, celui qui n'ose parler de Constitution? » Mirabeau mettait en lumière ce la longue et immorale, autant qu'impolitique, ënumération des ressourcesau moyen desquellesleRoi aurait pu se passer d'assembler la nation, » et réprouvant énergiquement « la longue apologie du mode de délibérer et d'opiner par ordre qu'un ministre regardé connme la colonne du peuple avait nettement sacrifié à de futiles formules de conciliation, qui... ne lui ramèneraient pas les ordres privilégies, jetteraient l'alarme dans les communes et ne pouvaient qu'attirer le désordre et la confusion sur les premières séances de l'Assemblée nationale... C'est au moins, déclarait-t-il , une très grande inconvenance qu'un ministre du Roi... ait effleuré cette question qui ne peut être soumise qu'à une discussion parfaitement libre et à la décision complètement absolue des États généraux... Espérons, concluait-il, que le ministre des finances comprendra enfin qu'il n'est plus temps de louvoyer, qu'on ne saurait résister au courant de l'opinion publique... Espérons que les représentants de la nation sentiront mieux désormais la dignité de leurs fonctions..., qu'ils ne consentiront pas à se montrer enthousiastes à tout prix... ))
Au moment où ces lignes se lisaient sur les murs de Versailles, le roi acceptait la réunion des députés des trois ordres, et manifestait, dans un placard affiché le même jour, « l'intention où il était qu'ils s'assemblassent dès le 6 mai, en les avertissant que le local destiné à les recevoir serait prêt à neuf heures du matin. »
Décid<5s, suivant les prescriptions des cahiers (le leurs bailliages, à ne reconnaître d'États généraux que dans la réunion des trois ordres, les représen- ÎI^**" tants des communes se rendirent à neuf heures, à leur salle, qui était celle où avait été tenue la séance royale, et y attendirent vainement jusqu'à deux heures et demie ceux du clergé et de la noblesse. Le lendemain 7, ils revinrent à la même heure, et, du 8 au 12 mai, ponctuels au rendez-vous comme une agrégation d'individus ayant reçu le mandat de faire partie des États généraux, refusèrent de prendre connaissance des lettres adressées au Tiers-État et évitèrent toute démarche qui aurait pu les constituer en assemblée séparée; ce fut pendant cette inaction pleine de dignité, qui avait résisté aux suggestions de quelques membres désireux de les en faire sortir, qu'ils apprirent l'organisation de la noblesse en ordre distinct et l'attitude expectante du clergé, et décidèrent la nomination de commissaires choisis dans chaque ordre qui seraient chargés de vérifier en commun les pouvoirs des députés. Le 12 mai, un député du Dauphiné, Mounier, proposa l'élaboration d'une sorte de règlement destiné à permettre la constatation des volontés du Tiers-État en lui conservant le caractère d'assemblée non constituée. Cet avis ayant été adopté, il y eut immédiatement une suite de motions tendant à provoquer, par des négociations, la réunion des trois ordres et à rejeter la responsabilité de rinaction des États généraux sur la noblesse et le clergé.
Une sorte d'cxallation, pleine de colère et d'an goisses, tourmentait les esprits, et Mirabeau quicon-