LETTRE DE MIRABEAU SUR LA RÉSOLUTION, ETC
Nous ne voulons pas nous réunir pour juger des pouvoirs communs. Notre réponse est très simple : Nous vou- Ions vérifier les pouvoirs en commun. Je ne vois pas pourquoi le noble exemple de l'obstination, étayé de la déraison et de l'injustice, ne serait point à Tusage de la fermeté qui plaide pour la raison et pour la justice. Le clergé persévère dans le rôle de conciliateur..,, adressons-nous à lui, mais d'une manière qui ne laisse pas le plus léger prétexte à une évasion..., fixez d'abord un terme, et un terme très court à la nouvelle conférence que Ton vous propose d'ordonner à vos commissaires..., décrétez une députation vers le clergé..., très solennelle et très nombreuse, qui... adjurera les ministres du Dieu de paix de se ranger du côté de la raison, de la justice, de la vérité, et de se réunir à nous pour tenter un nouvel efTort auprès de la noblesse..., de la sommer au besoin, de réclamer contre elle, s'il est malheureusement nécessaire..., réunis avec le clergé ou isolés de lui... ! »
Cette motion fut accueillie avec enthousiasme, les commissaires conciliateurs se rendirent immédiatement auprès du clergé.
Le clergé ne répondit rien, le 27, remettant toute décision au lendemain ; ce jour , au milieu de ses délibérations, il reçut de Louis XVI une lettre qui recommandait la reprise des conférences entre les commissaires conciliateurs des trois;ordres.
flc J'ai été informé, disait le Roi, que les difficultés qui s'étaient élevées relativement à la vérification des pouvoirs subsistaient encore, malgré les soins des commissaires choisis par les trois ordres... Je
n'ai pu voir sans peine, et même sans inquiétude, l'Assemblée nationale que j'ai convoquée pour s'occuper avec moi de la régénération de mon royaume, livrée â une inaction qui, si elle se prolongeait, ferait évanouir les espérances que j'ai conçues... Je désire que les commissaires conciliateurs déjà choisis par les trois ordres reprennent leurs conférences demain, à six heures du soir, et pour cette occasion, en présence de mon garde des sceaux et des commissaires, que je réunirai à lui, afin d'être informé particulièrement des ouvertures de conciliation qui seront faites, et de pouvoir contribuer directement à une harmonie si désirable et si instante... »
Une pareille intervention était trop grave pour ne pas faire naître une profonde émotion au sein de l'Assemblée.
Miilouet, voulant éviter la publicité des violents débats qu'il prévoyait, demanda une séance secrète, de laquelle seraient bannies les personnes étrangères à l'Assemblée. « Des étrangers ! lui répliqua Volney d'une voix émue, en est-il parmi nous? L'honneur que vous avez reçu d'eux, lorsqu'ils vous ont nommés députés, vous fait-il oublier qu'ils sont vos frères et vos concitoyens? N'ont-ils pas le plus grand inlércl à avoir les yeux fixés sur vous? Oubliez-vous que vous n'êtes que leurs représentants, leurs fondés de pouvoirs?... Je ne puis estimer quiconque cherche à se dérober dans les ténèbres ; le grand jour est fait pour éclairer la vérité... Nous sommes dans les conjonctures les plus difficiles : que nos concitoyens nous environnent de toutes parts, qu'ils nous pressent, (juc leur présence nous inspire et