INTERVENTION DE LOUIS XVI. M
nous anime. Elle n'ajoutera rien au courage de rhomme qui aime sa patrie et qui veut la servir, mais elle fera rougir le perfide ou le lâche que le séjour de la cour ou la pusillanimité auraient déjà pu corrompre, »
La motion de Malouet fut repoussée. L'Assemblée sentant la nécessité de s'appuyer contre un gouvernement hostile sur une force populaire, cherchait le moyen d'éviter tout dissentiment avec le souverain, et de tomber dans un piège, soit qu'on accédât au désir du Roi, soit qu'on s*y refusât, quand Mirabeau vint la sortir d'embarras en s'écriant : a Faisons route entre ces deux écueils. Rendons-nous à l'invitation du Roi. . . Mais faisons précéder les conférences d'une démarche plus éclatante, qui déjoue l'intrigue et démasque la calomnie...
a Qu'il soit fait à Sa Majesté une très humble adresse, pour lui exprimer rattachement inviolable de ses fidèles communes à sa personne..., et aux vrais principes de la monarchie. y>
Cette proposition fut acceptée, et une députation solennelle nommée pour porter l'adresse au château.
A ce moment, Mirabeau avait fait demander au baron de Malouet, l'un de ses adversaires à l'Assemblée, un rendez- vous par les deux Genevois, du Roverny et Dumont. Malouet ne voulant aller chercher Mirabeau chez lui ni le recevoir dans son intérieur par suite des préventions qu'il nourrissait contre lui, promit à ces messieurs qu'il se transporterait chez eux et qu'ils assisteraient a la conférence, a Monsieur, dit Mirabeau à Malouet en l'abordant, je viens à vous sur votre ré-
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putation ; et vos opinions, qui se rapprochent plus des miennes que vous ne pensez, déterminent ma dé- ¥: marche. Vous êtes, je le sais, un des amis sages de 1 la liberté, et moi aussi ; vous êtes eiTrayé des orages i qui s amoncellent, je ne le suis pas moins; ilyi ] parmi nous plusd*une tête ardente, plus d'un homme dangereux; dans les deux premiers ordres, dans l'aristocratie, tout ce qui a de Tesprit n'a pas le sens commun; et parmi les sots, j'en connais plusieurs capables démettre le feu aux poudres. 11 s'agit donc de savoir si la monarchie et le monarque survivront à la tempête qui se prépare, ou si les fautes faites, et celles qu'on ne manquera pas de faire encore, nous engloutiront tous. » L'impression que me fit cette déclaration, observe Malouet, est difficile i peindre, ce Monsieur, lui répondis-je, j*ai une telle opinion de vos lumières, que je ne balance pas i croire ce que vous me dites, et je suis très impatient d'entendre ce que vous allez y ajouter. — Ce que j'ai à ajouter est fort simple, me dit M. de Mirabeau, je sais que vous êtes l'ami de M. Necker et de M. de Montinorin, qui forment à peu près tout le conseil du Roi ; je ne les aime ni l'un ni l'autre, et je ne suppose pas qu'ils aient du goût pour moi, mais peu importe que nous nous aimions, si nous pouvons nous entendre. Je désire donc connaître leurs intentions. Je m'adresse à vous pour en obtenir une conférence; ils seraient bien coupables ou bien bornés, le Roi lui-même ne serait pas excusable, s'ils préten* daient réduire ces États généraux au même terme et aux mêmes résultats qu*ont eus tous les autres. Ceb ne se (Nissera ipas ainsi, ils doivent avoir un plan