ENTREVUE DE MIRABEAU AVEC NECRER
d*adhésion ou d'opposition à certains principes. Si ce plan est raisonnable, dans le système monarchique, je m'engage à le soutenir et à employer tous mes moyens, toute mon influence, pour empêcher l'invasion de la démocratie qui s'avance sur nous. > — Ces paroles m'allaient au cœur, poursuit Malouet, «j'eus de la peine à contenir toute ma satisfaction, car j'étais si prévenu contre lui, qu'il me restait l'inquiétude d'un piège, d'une ruse dont il fallait me défendre. Je lui dis que je ne doutais pas de la bonne foi et des bonnes intentions du roi et des ministres ; que tout ce qu'il y avait de raisonnable et de possible en améliorations, en principes et moyens d'un gouvernement libre, était dans leurs vues. » — Eh bien ! qu'ils se h&tent de le dire et de le prouver, répliqua Mirabeau. Mais ce ne sont pas des paroles vagues^ c'est un plan arrêté que je demande, et, s'il est bon, je m'y dévoue* Si, au contraire, on veut nous jouer, on nous trouvera sur la brèche. » Je promis, continue Malouet, la conférence pour le lendemain. Je courus de là chez M. Necker ; il était chez M . de Montmorin, je m'y rendis. J'étais fort animé, je les trouvai froids à mon récit ; tous les deux détestaient Mirabeau et ne le craignaient pas encore. » M. de Montmorin se plai* gnit avec vivacité d'avoir été trompé par Mirabeau. « M. Necker ne disait rien et regardait le plafond, suivant son habitude. M. Necker était persuadé que Mirabeau n'aurait et ne pouvait avoir aucun crédit. ]» Et, sur l'insistance de Malouet, il finit par dire. — Allons, je le veux bien, nous verrons son plan, ses conditions. — Et la conférence fut convenue pour le lendemain matin. Je l'écrivis
à Mirabeau et j'eus le tort bien grave de n'y pas assister. M. de Montmorin se défendit d'y prendre part, alléguant que sa présence gênerait Mirabeau, s'il avait quelques propositions à faire pour son propre intérêt; mais M. de Mirabeau n'était pas homme à se vendre lâchement et bêtement. C'était par intérêt, par calcul , autant que par sentiment, qu'il aimait la liberté. » Lorsque Mirabeau entra chez le ministre, les deux personnages se saluèrent en silence et restèrent un instant à s'observer jusqu'à ce que Mirabeau, adressant la parole au ministre, s'exprima en ces termes : ce M. Malouet m'a assuré que vous aviez compris et approuvé les motifs de Texplication que je désirais avoir avec vous. — Monsieur, répondit M. Necker, M. Malouet m'a dit que vous aviez des propositions à me faire : quelles sont-elles?» Mirabeau, blessé du ton froid, interrogatif du ministre et du sens qu'il attachait au mot propositions, se leva en colère et lui répliqua : « Ma proposition est de vous souhaiter le bonjour » ; et il sortit. En entrant à l'Assemblée il passa, tout rouge de colère, à côté de Malouet, et lui dit : « Votre homme est un sot, il aura de mes nouvelles. » Menace qu'il ne devait pas tardera réaliser en relevant une récente maladresse de Necker. Mande (( Vous avcz dù VOUS apcrccvoir jusqu'ici, dit Mi-
reNeckcr rabcau, cu prenant la parole au sujet de la reprise Sriî** des conférences par les commissairesdcs trois ordres, Sronc^î <îue la marche constante des ministres a été de jeler nuiiures ^^^ scmeuces de division, tout en aflcctant de prêfwdres ^^^^ l'union. C'est ainsi qu'en donnant une meilleure Juin. proportion à ce qu'ils appellent le Tiers-État, ils ont eu grand soin de rendre cette prétendue concession