‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 150 sur 245 · SÉANCE ROYALE DU 23 JUIN · texte numérisé non relu

SÉANCE ROYALE DU 23 JUIN

a Le Roi veut que l'ancienne distinction des trois ordres de l'État soit conservée en son entier, comme essentiellement liée à la constitution de son royaume. Sa Majesté déclare valides tous les pouvoirs vérifiés dans chaque Chambre.... Sa Majesté ayant exhorté les trois ordres à se réunir pour délibérer en commun sur les affaires d'une utilité générale, excepte des affaires qui pourront être traitées en commun celles qui regardent les droits antiques et constitutionnels des trois ordres, la forme de constitution à donner aux prochains États généraux, les propriétés féodales et seigneuriales, les droits utiles et les prérogatives honorifiques des deux premiers ordres... »

Reprenant la parole, le Roi appelait l'attention de l'Assemblée sur les bienfaits qu'il voulait accordera ses peuples et terminait sa courte harangue par cetic phrase : « Ceux qui, par des prétentions exagérées ou par des difficultés hors de propos, retarderaient encore l'effet de mes intentions paternelles, se rendraient indignes d'être regardés comme Français. > Dans la déclaration des intentions du Roi signifiée à l'Assemblée se trouvaient énoncés le vote des impôts par les représentants de la nation, l'abolition des privilèges en fait d'impôt, l'étude des moyens permettant de concilier la suppression des lettres de cachet avec le maintien de la sûreté publique et avec les précautions nécessaires pour sauvegarder dans certains cas l'honneur des familles, l'examen par les États généraux de ce qu'il conviendrait de faire en vue de protéger la liberté de la presse, tout en respectant la religion, les mœurs et l'honneur des citoyens. La création d'États provinciaux était affir

5Hi LINKK TIIOISIÉME.

méc. I-e Roi, au inomenl de se retirer après celle seconde communication, la compléta par ces mots: « Vous venez. Messieurs, d'entendre le résultai de mes dispositions et de mes vues... Si, par une fatalité loin de ma pensée, vous m'abandonniez dans une si belle entreprise, seul, je ferai le bien de mes peuples, seul, je me considérerai comme leur véritable représentant... Réfléelnssez qu'aucun de vos projets, aucune de vos dispositions ne peut avoir force de lo' sans mon approbation spéciale... Je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer tout de suite et de vous rendre demain matin dans les Chambres aflFectées à votre ordre, pour y reprendre vos séances. » »"« Les députés de la noblesse et du clergé, obéissant

9iiègoe« aux ordres qui venaient de \n\r être signifiés, se raie Brèxé. . , - . .

tirèrent pendant (jue les membres des communes restaient immobiles à leur |>laee. Quand Mirabeau adressa la parole à ses collègues surpris et indécis, il leur dit d'une voix grave où le dédain se mêlait à Tindignalion : a J'avoue que ce que vous venez d'entendre pourrait être le salut de la patrie si les présents du despotisme n'étaient pas toujours dangereux. Quelle est cette insultante dictature? l'appareil des armes, la violation du temple national, pour vous commander d'être heureux ! Qui vous fait ce commandement ? Votre mandataire. Qui vous donne des lois impérieuses? Votre mandataire, lui qui doit les recevoir de vous, de nous, Messieurs, qui sommes revêtus d'un sacerdoce politique et inviolable; de nous enfin, de qui seuls vingt-cinq millions d'hommes attendent un bonheur certain, parce qu'il doit être consenti, donné et reçu partons....

DISCOURS DE MIRABEAr. 583

Une force militaire environne l'Âssembiée. Où sont les ennemis de la nation ? Calilina est-il à nos portes ? Je demande.... que vous vous renfermiez dans la religion de votre serment; il ne nous permet de nous séparer qu^après avoir fait la Constitution. » L'impression causée par cet appel au devoir civique avait à peine eu le temps de se calmer que le marquis de Brézé s'approchait du président Bailly et disait à haute voix : c Messieurs, vous avez entendu les intentions du Roi. d Oui, monsieur, réplique à Tinstant Mirabeau, se dressant fièrement au milieu de ses collègues, le regard enflammé, les traits du visage et morne la tension des muscles forts comme ceux d*Hercule réfléchissant l'indignation qui avait saisi son âme, pour employer le langage d'un des auditeurs. « Oui, Monsieur, poursuit-il avec lenteur, d'une voix vibrante, nous avons entendu les intentions qu'on a suggérées au Roi ; et vous, qui ne sauriez être son organe auprès des États généraux ; vous qui n'avez ici ni place, ni droit de parler, vous n'êtes pas fait pour nous rappeler son discours. Cependant, pour éviter toute équivoque et tout délai, je déclare que si l'on vous a chargé de nous faire sortir d'ici, vous devez demander des ordres pour employer la force; car nous ne quitterons nos places que par la puissance des baïonnettes. »

tf Tel est le vœu de l'Assemblée! r> s'écrièrent les députés tout d*une voix; et M. de Dreux Brézé se retire après l'instant de morne silence qui suit cette exclamation. C'est alors que Siéyès, prenant la parole, dit à ses collègues : c Nous sommes aujourd'hui ce que nous étions hier. Délibérons. Est-il un seul d'en-

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tre nous qui voulût abjurer la haute confiance dont il est revêtu,..? Nous avons juré de rétablir le peuple français dans ses droits... Est-il une puissance sur terre qui puisse vous ôter le droit de représenter vos commettants? » Après ce discours couvert d'applaudissements, Mirabeau ajoute : « Assurons notre ouvrage, en déclarant inviolable la personne des députés aux États généraux» ; et l'Assemblée, passant au vote, décrète que a tous particuliers, toutes corporation?, tribunal, cour ou commission qui oseraient, pendant ou après la présente session, poursuivre, rechercher, arrêter ou faire arrêter, détenir ou faire détenir un député, pour raison d'aucunes propositions, avis, opinions ou discours par lui faits aux États généraux, de même que toutes personnes qui prêteraient leur ministère à aucun desdits attentais, de quel(|ue part qu'ils fussent ordonnés, sont infâmes, et traîtres envers la nation et coupables i\e crime capital. » Puis TAssemblée s'ajourna au lendemain à neuf heures.

^ Le peuple de Versailles, s'imaginant par l'absence

peiéau de Necker à la séance royale qu'il avait donné sa démission, s'ameute sur le bruit qui s'en était répandu, et le Roi venait à peine de rentrer au château que la foule en envahissait les cours, remplissait la galerie et, pénétrant jusque dans les appartements, demandait à grands cris que son ministre lui fût rendu. Les gardes-françaises chargées de réprimer l'émeute mirent bas les armes quand on leur commanda de faire feu, et le Roi dut envoyer chercher deux fois son ministre pour arrêter la foule qu'il ne pouvait repousser par la force. « Le peuple, écrit

EXALTATION POPULAIUE. 585

Monge auquel nous emprunlons ces détails, voulut porter Necker sur ses épaules jusque dans le cabinet du Roi ; il passa une demi-heure seul avec Sa Majesté.

a Us descendirent ensemble du Palais, le Roi pour aller à Marly, M. Necker pour aller chez lui. Le peuple, trop occupé de son ministre pour faire attention au Roi, a porté M. Necker en triomphe jusque chez lui. On s'est jeté à ses {genoux et on lui a demandé de ne pas nous quitter. Il a répondu, les larmes dans les yeux, que Sa Majesté venait de recevoir la parole qu'il lui avait donnée de consacrer le reste de sa vie à la nation... Il leur parla avec une elTusion de cœur qui leur arracha des larmes ; il les conjura d'employer tout ce que la douleur, la vertu et le courage pourraient leur inspirer pour le bien de la nation, y)

En présence de ce déploiement de forces militaires L'AtKmbiéo qui annonçait de sinistres projets, l'Assemblée ouvrit l'éMgQemra^i d< une discussion le lendemain, 24 juin, sur les termes umSortië<ie d'une adresse demandant au Roi l'éloignement des cirrgé*w*îéani troupes dont la présence était incompatible avec sa *" Tier», «4 joû liberté. Monge, témoin de l'exaltation populaire, raconte que plusieurs compagnies des gardes Suisses et des gardes du corps avaient déclaré à leurs officiers ce qu'ils suivraient le Roi contre les ennemis de la nation, mais jamais contre les Français. x> Frappé de ces réunions qui se tenaient au Palais-Royal où même pendant la nuit se portaient des rassemblements de douze à quinze mille personnes, il écrit : a Je crois que la révolution se fera; mais si les prêtres et les nobles étaient susceptibles d'un peu de réflexion, ils épargneraient bien du sang et des malheurs à la

nation. » Le voyageur anglais Young est du même avis quand il parle a d'un degré de fureur pour la liberté, qui est à peine croyable, et des pamphlet^ i paraissant à chaque instant qui ont tellement donné au peuple de grandes idées d'un changement universel que tout ce qu'un roi et la cour pourraient maintenant lui oITrir ne le satisferaient pas. » noiitède Ccs passious sc trouvaient entretenues par une dé- Dit ta fiance que les ennemis des volontés populaires aiiglîiésion* mentaient chaque jour. La reine, irritée de l'accueil |ctears de j^^j^ ^ Ncckcr, s'était écriée, nous apprend Lafayelte, ^lutions çj) présence de quelques personnes de son intimité : !"^J**"'*' Il faut des troupes! Il faut des troupes!... Elle manda au château le prince de Condé qui partagea son avis, et aussitôt des ordres furent donnés pour en faire venir. Bertrand de Moleville voulait dès le premier jour la dissolution des États généraux, a Mesure la plus sûre, en même temps la plus aisée, observait-il, parce qu'elle n'exigeait qu'un moment de fermeté. )) Cette résolution était vivement appuyée par la reine qui manifesta clairement ses sentiments, lorsqu'elle reçut, après la séance royale, les députés de la noblesse cl, leur présentant le dauphin porté sur son bras, « leur dit avec beaucoup de grâce qu'elle le donnait à la noblesse, qu'elle lui apprendrait à la chérir et à la regarder comme le plus ferme appui du trône ». Langage qui n'est que trop conforme à Topinion générale exprimée par Malouel « que le Roi, la cour et les deux premiers ordres voulurent anéantir les Étals pour enlever les députés patriotes et établir le despotisme à main armée. > Le 25 juin, tandis que quarante-sept députés de h

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