OUVERTURE DE L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE
Des cris de Vive le Roi ! mêlés à des applaudissements, terminèrent cette grande journée, et la reprise des travaux législatifs fut fixée au mardi 30 juin. La séance s'ouvrit par la lecture d'une adresse de la ville de Moncontour en Bretagne, félicitant T Assemblée des résolutions qu'elle avait arrêtées, spécialement le 17 juin, et par un discours du maire de la ville de Laon, député des communes de Vermandois, interprète des sentiments de ses concitoyens. A partir de ce moment, il ne se passa point de jour que les députés ne reçussent l'expression sympathique de l'admiration et de la confiance générale des provinces de Bourgogne, Normandie, Guyenne, Gascogne, Béarn, Poitou, lie de France, Limousin, Alsace, Dauphinc, Languedoc, Provence, Auvergne, Franche-Comté, Artois. Les villes et les villages renonçaient à leurs franchises, à leurs privilèges, à leurs immunités individuelles dans l'intérêt de la patrie commune, les particuliers offraient des dons pour aider le Trésor public.
Ce mouvement de la France qui s'unissait avec passion à ses représentants devait faire ressortir le mauvais vouloir des privilégiés qui arrivèrent à une heure tardive et en corps à la suite de leurs présidents, et durant quelques jours afTcctèrent de ne pas occuper leurs places en se tenant derrière le président. Lorsque Bailly invita les représentants du clergé et de la nouvelle portion de la noblesse réunis à l'Assemblée à communi(|uer leurs pouvoirs, les députés du Poitou, du Limousin, de la haute Auvergne et d'autres provinces vinrent déposer sur le bureau des protestations par lesquelles ils se pré-
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90 juin 1789.
594 LIVRE troisième:.
tendaient en droit d'accepter ou refuser la fusion des ordres et formulaient des réserves touchant les délibérations qui pourraient être prises dans rAssemblée. Au moment où s'ouvrait la séance du mercredi V juillet, se présentait à l'Assemblée une dépulation de citoyens de Paris annonçant que des gardesfrançaises avaient été conduits en prison par ordre du duc du Châtelet, et que le peuple indigné d'une sévérité qu'on taxait d'inouïe, s'était porté en foule à l'Abbaye, en avait arraché ces malheureuses victimes du patriotisme pour les conduire au Palais-Rovâl, où elles se trouvaient sous la sauvegarde de leurs libérateurs. La dépulation réclamait l'intervention del'Assemblée pour rendre le calme à leurs concitoyens et la liberté à leurs frères. Voulant à la fois ne pas empiéter sur les droits du pouvoir exécutif cl faire les concessions nécessaires au repos de la capitale, les députés se décidèrent à recommander les gardes-fninçaises à la clémence royale et chargèrent plusieurs d'entre eux sous la présidence de l'archevêque de Paris d'inslruiie Louis XVI de leur détermination, a Je trouve votre arrête fort sage, dit le Roi à M. de Juigné, j'approuve les dispositions de l'assemblée des États généraux et, tant qu'elle continuera a me marquer de la confiance, j'espère que tout ira bien. > Réponse à double entente (|ui repoussait en termes polis la reconnaissance de l'Assemblée nationale' et
* Archives nationales, 0* 161, 24 juin 1789, défense du Roi deielitrtr à aucune clameur, de former aucun attroupement, i^ous peine d'être fMMirtuivi, provoquée f)ar les mouvementi séditieux dans lesquels on l'est pifl^ jusqu'à insulter et attaquer des personnes que la religion et la ferto retdent également respectables. — Archires parlementaires de 1787 à 1800, jii-8% Paris, 1875, Première série, 1789 à 179U. t. VIU, p. ISOctsaîf.
LAVIS Ar PEUPLE PAR MARAT. 595
soulevait de telles haines et de telles défiances qu'à Tannonce de Tarrivée de troupes nouvelles Marat tremblait de voir le peuple donner, par une insurrection, prise à une répression sanglante, a 0 mes concitoyens! s'écriait-il, dans sa brochure intitulée : Avis au peuple ou les ministres dévoilés ^ observez toujours la conduite des ministres pour régler la vôtre. >
« Leur objet est la dissolution de l'Assemblée na- Publication do tionale, leur unique moyen est la guerre civile. » ou ie»minutr4
«Lesminislres,lesaristocratessoufflentla sédition? ^umx. Eh bien ! gardez-vous de vous livrer à la sédition.... *«*"i""»«*7a ....Ils vous environnent de l'appareil formidable des soldats, ce n'est pas pour vous contenir, c'est pour vous exciter à la révolte.... Les misérables! ils se rendent coupables d'un crime de plus encore en faisant approcher de Paris, dans un moment où la disette de l'aliment de première nécessité semble y devenir chaque jour plus alarmante, soixante mille
liiclsuiv., 14G, 157, ICO, ICI, 1G:>, IG8, 171, 172, 17r>, 181, 183, 188 200, 203, 200, 223, 232, 244, 275, 317, 350, 450, 4G8. 588, 61G, etc. — * Mémoires de Baillyt collection lierville et Barrière, in-8°, Paris, 1821, f. f, p. 178, 181, 18C et suiv., 189, 19G, 199, 207 et suiv., 229, 231. 235,238, 261 et suiv., 2GG. — Mémoires du marquis de Ferrières, collectioD Bcrville et Barrière, t. I, p. 54 et suiv , 60 et suiv., 66, 72, 73. — De la hxoiution française, par Necker, in-8% Paris, 1797, t. I, p. 192, 194, 202, 205 et suiv., 207, 209, 223 et suiv. — Mémoires de Barenlin, in- »•, Paris, 1844, t. I, p. 176 et sui?., 179 et suiv., 183, 189, 191 clsui?., 194y 1^ et 190. — Critique de V ouvrage de la baronne de Staël, par Bailleul, in-8", Paris, 1818, t. I, p. 268. — Treizième lettre du comte de Mirabeau à ses commettants, 23, 24 et 25 juin 1789; Quatorzième lettre <lcs26 et 27 juin; Quinxième lettre de Mirabeau, 30 juin, !•' et 2 juillet; Seizième lettre de Mirabeau. — Mémoires particuliers de la fin du règne de Louis XVI, par Bertrand de Molleville, t. 1, p. 45 et suiv., 60. - Voyage d'Arthur Young en France, en 1787-88-89-90, 2- édition* p. 314 et suiv., 375 et laiv. — Lettre autographe écrite de Farts à M. Fton, à Beaune, par Monge, en juillet 1789. — Mémoires de U VayUle, L 11, f. 310. -* Mémoiret de Malouet, 1. 1. p. 322.
bouches ennemies.... qui vont mettre à contribution votre subsistance.... Laissez-les combler la mesure : le jour de la justice et de la vengeance arrivera.... Considérez quel serait le funeste effet d'un mouvement séditieux.... Vous êtes aussitôt traités en révoltés, le sang coule...., ce bouleversement général provoque à l'instant Tarrêt de mort de l'Assemblée nationale.... Vous sentez maintenant quel pressant intérêt vous engage à rétablir, à conserver.... le calme et la paix... Soyez-en persuadés, si vous ne troublez pas cette précieuse harmonie qui règne dans l'Assemblée nationale...., la révolutionla plus salutaire.... se consomme irrévocablement, sans qu'il en coûte ni sang à la nation, ni larmes à l'humanité. »
AadèDODce L'Assembléc venait de clore la question des votes Ï^Itiiour impératifs en déclarant que son activité ne pouvait ve^'ies ^^^^ suspendue ni la force de ses décrets affaiblie par juuiet. des protestations ou par l'absence de quelques représentants, quand Mirabeau prit l'initiative d'interrompre la délibération sur les subsistances pour entretenir l'Assemblée du plus urgent des intérêts. Se replaçant à l'époque où le peuple avait forcé les prisons de l'abbaye de Saint-Germain pour en arracher les gardes-françaises qu'avait fait enfermer M. du Châtelet, il rappela tout d'abord la réponse du Roi à l'Assemblée qui avait recommandé les coupablesàsa clémence. « Tant que vous me donnerez des marques de votre confiance, j'espère que tout ira bien >, et rapprochant ces paroles de la promesse exprimée dans la lettre de Louis XVI à l'archevêque de Paris en date du 2 juillet, le grand orateur ajouta : «Quelle