‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 155 sur 245 · DISCOURS DE MIRABEAU · texte numérisé non relu

DISCOURS DE MIRABEAU

a été la suite de ces déclarations et de nos ménagements respectueux ? Déjà un grand nombre de troupes nous environnait... Il en arrive chaque jour..., trente cinq mille hommes sont déjà répartis entre Paris et Versailles, on en attend vingt mille, des trains d'artillerie les suivent; des points sont désignés pour les batteries..., on intercepte tous les passages ; nos chemins, nos ponts, nos promenades sont changés en postes militaires..., les préparatifs de la guerre frappent tous les yeux et remplissent d'indignation tous les cœurs. Ainsi ce n'était pas assez que le sanctuaire de la liberté eût été souillé par des troupes ! . . . quand il ne s'agirait ici que de nous, quand la dignité de l'Assemblée nationale serait seule blessée, il ne serait pas moins important pour le Roi lui-mcme que nous fussions traités avec décence... Qu'on ne dise pas que les circonstances ont nécessité ces mesures menaçantes... Ces mesures sont inutiles... Une prison avait été forcée, les prisonniers en avaient été arrachés et mis en liberté; la fermentation la plus contentieuse menaçait de tout embraser... Un mot de clémence, une invitation du Roi ont calmé le tumulte. . . ; les prisonniers ont repris leurs fers... Et dans ce moment, pourquoi des troupes? jamais le peuple n'a du être plus calme... Qu'on assemble des troupes pour soumettre le peuple aux affreux projets du despotisme ! mais qu'on n'entraîne pas le meilleur des rois à commencer le bonheur, la liberté de la nation avec le sinistre appareil de la tyrannie !... Je ne connais pas encore tous les prétextes, tous les artifices des ennemis du peuple, puisque je ne saurais deviner de quelle raison plan-

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sible on a coloré le prétendu besoin de troupes... De quel œil ce peuple, assailli de tant de calamités, verrat-il cette foule de soldats oisifs venir lui disputer les restes de sa subsistance?... La présence des troupes frappant Timagination de la multitude, lui présentant ridée du danger, se liant à des craintes, i des alarmes, excite une effervescence universelle... Comment le peuple ne s'agiterait-il pas, lorsqu'on lui inspire des craintes contre le seul espoir qui lui reste? Ne sait-il pas que si nous ne brisons ses fers, nous les aurons rendus plus pesants?... Que les conseillers de ces mesures désastreuses nous disent encore s'ils sont sûrs de conserver dans sa sévérité la discipline militaire, de prévenir louslesefTetsde l'éternelle jalousie entre les troupes nationales et les troupes étrangères, de réduire les soldats français! n'être que de purs automates, à les séparer d'intérêts, de pensées, de sentiments d'avec, leurs concitoyens...? ils n'oublieront pas ce que nous sommes, ils verront en nous leurs parents, leurs amis.... Ces soldats, bientôt unis et séparés par des dénominations qui deviennent le signal des partis, ces soldats, dont le métier est de manier les armes, ne savent dans toutes leurs rixes que recourir au seul instrument dontils connaissent la puissance. De là naissent des combats d'bommeà homme, bientôt de régiment à régiment, bientôt de troupes nationales aux troupes étrangères; le soulèvement est dans tous les cœurs, la sédition marche tête levée ; on est obligé par faiblesse de voiler la loi militaire, et la discipline est énervée. Le plus affreux désordre menace la société... Ont-ils prévu, les conseillers de ces mesures, les

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suites qu'elles entraînent pour la sécurité même du trône? Ont-ils étudié dans l'histoire... comment les révolutions ont commencé... ? Ont-ils observé par quel enchaînement funeste de circonstances les esprits les plus sages sont jetés hors de toutes les liuiites de la modération, et par quelle impulsion terrible un peuple enivré se précipite vers des excès dont la première idée l'eût fait frémir? Ont-ils lu dans le cœur de notre bon roi? Connaissent-ils avec quelle horreur il regarderait ceux qui auraient allumé les flammes d'une sédition, ceux qui seraient la cause première des rigueurs, des supplices dont une foule de malheureux seraient la victime?... Le temps presse... J'ai Thonneur de vous proposer qu'il soit fait au Roi une très humble adresse pour peindre à Sa Majesté les vives alarmes qu'inspire à l'Assemblée l'abus qu'on s'est permis... du nom d'un bon roi pour ftiire approcher de la capitale et de cette ville de Versailles un train d'artillerie et des corps nombreux de troupes. » Ce langage qui conservait A la royauté sa situation de protectrice de la nation en la dégageant de toute compromission dans les actes de ses ministres, fut accueilli avec enthousiasme et des applaudissements prolongés marquèrent que Mirabeau avait à la fois communiqué à l'Assemblée des craintes que l'avenir devait, hélas! justifier, et fait naître dans le cœur de chacun une noble fierté en entendant la brillante exposition des sentiments dont Tame de l'orateur était remplie.

<c Sire, vous avez invité l'Assemblée nationale à Adresse tu roi

, pour le reoTof

vous témoigner sa confiance, débuta Mirabeau, en des troupes. donnant lecture de l'adresse soumise à ses collègues. . . %^r°ojoi5et!

Nous n'implorons point votre protectiont ce serait oiïenser votre justice, nous avons conçu des craintes; et nous l'osons dire.... Les mouvements de votre cœur, Sire, voilà le vrai salut des Français. Lorsque des troupes s'avancent de toutes parts, que des camps se forment autour de nous, que la capitale est investie, nous nous demandons avec étonnement : Le Roi s'est-il méfié de la fidélité de ses peuples?... Où sont les ennemis de l'État et du Roi qu'il faut subjuguer? Où sont les rebelles, les ligueurs qu'il faut réduire! Une voix unanime répond dans la capitale et dans l'étendue du rovaume: Nous chérissons notre Roi; nous bénissons le ciel du don qu'il nous a fait dans son amour. . . . L'État n'a rien à redouter que des mauvais principes qui osent assiéger le trône même, et ne respectent pas la conscience du plus pur, du plus vertueux des princes.... Votre Majesté a vu récemment tout ce qu'elle peut sur son peuple, la subordination s'est rétablie dans la capitale agitée; les prisonniers, mis en liberté par la multitude, d'euxmêmes ont repris leurs fers; et l'ordre public, qui peut-être eût coûté des torrents de sang, si l'on eût employé la force, un seul mot de votre bouche Ta rétabli.... Nous vous tromperions, Sire, si nous n'ajoutions pas, forcés par les circonstances : cet empire est le seul qu'il soit aujourd'hui possible en France d'exercer.... Où donc est le danger des troupes, affecteront de dire nos ennemis?... Le danger est pour la capitale. De quel œil le peuple, au sein de la disette.... se verra-t-il disputer les restes de sa subsistance par une foule de soldats menaçants? Le danger est pour les troupes. Des soldats français,

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