‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 157 sur 245 · ENTRETIEN DE MIRABEAU AVEC LA MARCK · texte numérisé non relu

ENTRETIEN DE MIRABEAU AVEC LA MARCK

lui et lui dit: (c JV^ reconnaissez-vous plus vos anciens amis? Vous ne m'avez encore rien dit, » M. de La Marck lui rappela qu'il n'avait pu le voir, puisqu'ils ne se trouvaient pas dans la même salle, mais se hâta d'ajouter qu'à présent qu'ils se rencontreraient chaque jour, il espérait bien le voir et s'entretenir souvent avec lui. « Avec un aristocrate comme vou^, je m^entendrai toujours », répliqua Mirabeau. — A quelques jours de là, M. de La Marck lui proposa de venir dîner en tête-à-tête avec lui, ce qu'il accepta. A peine entré chez M. de La Marck, s'engagea la conversation suivante : « Vous devez être bien mécontent de moi, n est-ce pas? commença Mirabeau. — De vous et de bien d'autres, répliqua l'amphitryon. — Si cela est, vous devez commencer par l'être de ceux qui habitent le château. Le vaisseau de l'Etat est battu par la plus violente tempête, et il n'y a personne à la barre. :» Puis, continuant longtemps sur ce ton, il accusa Necker d'incapacité et d'ignorance. « Mais où voulez-vous en venir, interrompit La Marck, vous, avec la marche incendiaire que vous avez adoptée dans l'intérieur de l'Assemblée et au dehors? — Le sort de la France est décidé, s'écria Mirabeau, les mois de liberté, d'impôts consentis par le peuple, ont retenti dans tout le royaume. On ne sortira plus de là sans un gouvernement plus ou moins semblable à celui de l'Angleterre. D Et, se déclarant monarchique, il njouta que ce n'était pas sa faute si on le repoussait et si on le forçait, pour sa sûreté personnelle, à se faire le chef du parti populaire, puis termina par ces mots en portant sa main à sa toto : a Le temps est venu où il faut

estimer les hommes d'après ce qu'ils portent dans ce petit espace, sous le front entre les deux sourcils. » En vain, I^ Marck essaya-t-il de lui démontrer que tout ce (|u'il disait ne justifiait, ni n'excusait l'audace de ses discours révolutionnaires, et que son éloquence, toute admirable qu'elle fût, ne valait pas le mal qu'elle faisait au pays. Mirabeau persista dans ses critiques en ajoutant: <k Le jour où les ministres du Roi consentiront à raisonner avec moi, on me trouvera dévoué à la cause rovale et au salut de la monarchie. — Mais à quoi la marche actuelle des choses aboutira-t-elle? reprit La Marck, — A perdre la France, et si on veut la sauver, il n'y a plus à tarder d'employer les seuls moyens pour y parvenir. Le système que Ton suit est absurde et insensé. On abandonne l'Assemblée à elle-même, et on se llatte ou de la soumettre par la force, comme le prétend le parti aristocratique, ou de la ramener par les phrases vides et redondantes de M. Necker, tandis qu'il faudrait que le gouvernement cherchât à s'y former un parti au moyen des hommes qui ont le pouvoir de l'influencer et de le calmer. »

Remarquable et prophétique prévision des dangers vers lescjucls courait la France, qui laissa longtemps pensif La Marck.

A quelques jours de là, Mirabeau se trouvant de nouveau chez La Marck en compagnie du duc de Lauzun et du duc d'Aremberg, frère aîné de l'amphitryon, La Marck le pria de garder une certaine réserve en parlant des événements du jour. Il le promit, puis, au moment de sortir, dit à voix basse au

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