‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 158 sur 245 · LETTRE DE M. DE BROGLIE AU PRINCE DE CONDE · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. DE BROGLIE AU PRINCE DE CONDE

comte : « Faites done qu'au château on me sache plus disposé pour eux que contre eux. » Confidence qui devait convaincre La Marck de la nécessité pour le Roi de gagner les chefs du parti révolutionnaire et, par conséquent, Mirabeau, le plus puissant et le plus marquant d'entre eux; mais, comme nous l'avons dit, la preuve des calomnies accumulées contre la loyauté du grand orateur n'était pas encore faite à ses veux.

Les craintes de Mirabeau étaient d'autant plus fondées que si l'Assemblée, satisfaite de la réponse ' royale, ne Teùt pas soutenu dans son insistance pour exiger le renvoi des troupes^ on pouvait concevoir les plus grandes inquiétudes en voyant les dispositions du peuple que la disette du pain entretenait dans un état de surexcitation indescriptible. <c II ne distingue pas aisément les magasins faits pour le nourrir de ceux qu'il soupçonne appartenir à des monopoleurs, écrivait Young; cela l'a rendu presque enragé : le tumulte et le désordre de la capitale sont extrêmes. » Puis, racontant des conversations qu'il avait entendues, dans lesquelles on affirmait que la guerre civile était inévitable, que la Cour, ne pouvant composer avec l'Assemblée nationale, allait chercher les moyens de s'en défaire et que la banqueroute était infaillible, il constatait que les brochures, qui se succédaient sous toutes sortes de formes et de prétextes, poussaient les esprits au désespoir.

ff Je l'avais toujours prévu (tel était le langage qu'on prêtait au maréchal de Broglie dans une lettre au prince de Condé répandue à profusion), et je l'ai dit cent fois à Votre Altesse, que la plupart des dépu-

()(H) LIVRE TBOISIËMR.

lés nationaux sernient des loups afl'amés qui chercheraient une victime, et que cette victime serait la noblesse... Avec cinquante mille hommes, je me chargerais volontiers de dissiper tous ces beaux esprits et cette Toule d*imbéciles qui applaudissent, écoutent et encouragent ; une salve de canons ou une décharge de fusils aurait bientôt dispersé ces argumentateurs et remis la puissance absolue qui s'éteint à la place de cet esprit républicain (|ui se forme... » Lettre (|ue Ton pouvait d'autant plus considérer comme vraie, cpie le maréchal, invesli le V juillet du commandement de toutes les troupes réunies autour de Paris et à Versailles, avait pris Tattitude, au dire de Bezenvai, d'un général d'armée en face de renneini. L'ardeur du comte d'Artois qui, se croyant chef de parti, dînait chaque jour chez M™* de Polignac et ne traitait bien (|ue les nobles, attirait à la fois l'attention elles haines, oc II y a longtemps, proclamait-on dans un libelle en circulation, que nos regards sont fatigués des scènes secrètes et alarmantes du château de Versailles. Rappelons notre ancien courage, rentrons dans la caverne obscure de l'intrigue, dans l'antre profond où les cyclopes forgent les traits dont ils arment la main facile de Jupiter. Des troupes étrangères viennent cflVayer de toutes parts le citoyen paisible; des hussards, dans les vapeurs du vin, courent çà et là dans les rues de Versailles; déjà des assassinats ont été commis par cette trou|)e de forcenés. Quatre objets s'agitent aujourd'hui dans le Conseil : Faire cesser les Ltals généraux, et pour cela enlever les membres a minuit, vendre la Lorraine à l'Empereur (({ui la payera, bien entendu, avec les six mil-

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