‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 159 sur 245 · RENVOI DE NECKER · texte numérisé non relu

RENVOI DE NECKER

ons qu'on lui a prêtés), tenir une séance royale, et issoudre les États généraux. j> L'auteur d'un écrit Hé le 10 juillet sous les portes des maisons de Paris lissait entrevoir une réaction prochaine et même Bininenle : <c On nous assure, portait cette brochure oianéc du club breton, que le Roi tiendra une séance oyale lundi prochain (13 juillet), j'espère, disait un lomme assez facile à reconnaître au ton de ce propos, |ue, sous peu de jours, nous chasserons ce coquin de Decker. . . . Vous avez dû être étonné d'apprendre que es membres de la majorité (la noblesse), après avoir iDnoncé un voyage dans leurs bailliages respectifs, l'ont pourlant point quitté Versailles. Tel est le biU et (jue Ton colporte, adressé à M. le duc de Luxembourg : Je vous préviens de ne point aller en Poitou^ ù vous ni vos eodépulés ; il se passera bientôt tel événement qui vous dispensera du voyage. »

Au moment où le public était en éveil, Necker RenToideNM qui avait repris ses fonctions sur les instances du Roi ** ^"'"*^ et de la reine, reçut, le H juillet, à trois heures du soir, la lettre suivante : a Depuis que je vous ai ena gagé, Monsieur, à rester dans votre place, lui signi- € fiait Louis XVI, vous m'avez demandé de prendre « un plan de conduite vis-à-vis des États gênétf raux, et vous m'avez montré plusieurs fois que ^ celui de condescendance extrême était celui que a vous préfériez, et que, ne vous croyant pas utile c pour d'autre, vous me demandiez la permission € de vous retirer si je prenais un parti difTérent. «t J'accepte la proposition que vtus m'avez faite... >> Necker, surpris autant qu'eflrayé, dans l'intérêt du Hoi, des suites d'une semblable résolution, garda

le silence devant les convivesréunis à sa table. € Votre Majesté, répondit-il au Roi, perd l'homme du monde qui lui était le plus tendrement dévoué et, je vous jure, le plus honnête homme... Je partirai seul, sans passer par Paris, sans en ouvrir la bouche à personne et je demande à Votre Majesté le même secret. » Puis, au sortir de table , il monta seul en voiture avec M"' Necker, gagna la première poste et se rendit à Bruxelles sans s'arrêter, sans avertir M"* de Staël ni aucun de ses amis. Le lendemain, les dépûtes, assemblés à sept heures du matin, furent consternés d'apprendre la disgrâce et l'exil de Necker, envisageant avec terreur Tabime de maux qu'ils pouvaient entraîner.

Versailles était morne et la Cour ne tarda pasâ éprouver un certain effroi. La foule était immense au Palais-Royal, les barrières du nord de Paris furent forcées et livrées aux flammes et plus de deux mille hommes en armes, dont le nombre grossissait toujours,|menaçèrent d'attaquer les troupes des Champs- Elysées et de se porter ensuite sur Versailles.

LesÉlecteurs, préoccupés de l'effervescence populaire, s'étaient réunis le vendredi 10 juillet pour prévenir les malheurs qui pourraient résulter de la surexcitation des esprits. Nombre de questions furent mises en discussion, en premier lieu la formation d'une garde nationale destinée à assurer la tranquillité de la ville. On proposa de se constituer en corps de commune, de convoquer les districts et de les engager à nommer chacun un représentant qui se joindrait aux Électeurs pour rétablissement de cette garde bourgeoise.

EXIL DE ISECKER ANNONCÉ A PARIS. 60î)

La nouvelle du renvoi de Necker ne pouvait que fein de Nêcki

/ -s »•! annoncé à P*i

faire persévérer les Electeurs dans les mesures qu ils lenjumet avaient décidées Tavant-veille en présence de l'agitation de la capitale. L'émotion était générale et le peuple entassé au Palais-Royal n'attendait qu'un signal pour passer de l'expectative à l'action, quand un jeune homme, harangueur habituel des réunions populaires, Camille Desmoulins, monte sur une Câmiiia Deuno

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table, tenant dans ses mains une epee et un pis- lepanpie tolet : a II était deux heures et demie, raconte t-il tnôteide vu dans son journal le Vieux Cordelier^ je venais sonder « jïjici.' le peuple, ma colère contre les despotes était tournée en désespoir. Je ne voyais pas les groupes, quoique vivement émus ou consternés, assez disposés au soulèvement. Trois jeunes gens me parurent agités d'un plus véhément courage. Je vis qu'ils étaient venus au Palais-Royal dans le même dessein que moi... « Messieurs, leur dis-je, voici un commencement d'attroupement civique, il laul qu'un de nous se dévoue, et monte sur une table pour haranguer le peuple. — Montez-y. — J'y consens. j> Aussitôt je fus plutôt porté sur la table que je n'y montai. A peine y étais-je que je me vis entouré d'une foule immense. Voici ma courte harangue: (( Citoyens, il n'y a pas un moment à perdre. J'arrive de Versailles : M. Necker est renvoyé, ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthélémy de patriotes. Ce soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ de Mars pour nous égorger. 11 ne nous reste qu'une ressource, c'est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître... » Ma motion fut reçue avec des

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applaudissements infinis. « Quelles couleurs voulezvous? » Quelqu'un s'écria : a Choisissez! — Voulezvous le vert, couleur de l'espérance, ou le bleu, couleur de Tordre libre de Cincinnalus? — Le vert, le vert ! » réponditla multitude. Alorsje m*écriai : a Amis! le signal est donné : voici les espions et les satellitesde la police qui me regardent en face. Je ne tomberai pas du moins vivant entre leurs mains. » Puis, tirant deux pistolets de ma poche, je dis : « Que tous les citoyens m'imitent! » Je descendis, étouffé d'ecnbrassements... On m'avait apporté un ruban vert; j'en mis le premier à mon chapeau et j'en distribuai à ceux qui m'environnaient. Chacun arracha les feuilles des arbres pour se servir de cocardes. « Ce fut une véritable explosion i», écrit Dusaulx. La foule, surexcitée par ces paroles, se répandit en tumulte dans les rues^ fit fermer les spectacles en signe de deuil, puis, se portant chez Curtius*, prit le buste de Necker et celui du duc d'Orléans, qu'on croyait devoir être exilé, et, les entourant d'un crêpe, les promena dans les rues aux cris de : < Chapeaux bas! » â la place Vendôme, le régiment Royal-Allemand voulut disperser le cortège, le peuple se défendit en lançant une grêle de pierres; le buste de Necker fut brisé dans celte rencontre où furent tués un garde-française et le porteur d'un des bustes. Celle journée fut fertile en incidents qui augmentèrent le désordre; c'est ainsi que soixante dragons du Royal-Allemand vinrent se poster en face du dépôt des gardes-françaises, dont

* Sculpteur qui exposait dans son cabinet de fîguret en cire les buttes de« contemporains illustres.

CAMILLE Desmoulins au palais-hoyal. mi

vtient provoqué la colère en maltraitnnt quelques unes de ce corps, et furent accueillis à coups de • Vers le soir, le même Roval-Âllemand fui lancé le prince de Lambesc dans le jardin des Tuile- , que remplissaient des promeneurs inoffensifs. ;pérée par cette charge contre des citoyens paim et désarmes, la foule, évacuant le jardin, alla sir au Palais-Royal les nombreux rassemblées qu*y avaient amenés les nouvelles du jour.

moment, THôtel de Ville était assiégé par une itité de citovens réclamant des armes et deman-

qu'on sonnât le tocsin. Les Électeurs, en pré* e du vœu populaire énergiquement exprimé, ient de donner Tordre au concierge de THôtel ille de délivrer celles qui pouvaient s'y trouver, id rémeute, impatiente, força les portes et délit le dépôt des armes des gardes de la Ville : on vit alors, écrit Bailly, à la place de la senti- I placée à la porte de la grande salle, un homme hemise' et sans bas comme sans souliers, y ter la garde le fusil sur l'épaule. y> î8 Électeurs choisis par les soixante quartiers de \ pour la nomination des députés avaient décidé éger pendant la tenue des États généraux pour 1* en communication avec leurs élus. Réunis i ite du coup d*Ëtat du 23 juin, ils s'étaient ins- I à l'Hôtel de Ville d'où ils nouèrent des rapports

tous les citoyens et les provinces du royaume, résence de Texallation croissante de la populast de l'enlèvement du dépôt des armes des gardes I Ville par Témeute, du pillage des boutiques Quriers, du tocsin qui retentissait dans toutes

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les églises, des foutes qui s'amassaient sur les places et dans les jardins, s'organisant en corps de troupes sous le nom de volontairesdu Palais-Royal, desTuil^ ries de rAr(|uebuse et de la Basoche, les Électenrs résolurent de s'adresser aux soixante districts de la capitale pour rétablissement et Tarmement d'une force publique indispensable et envoyèrent un de leurs présidents rendre compte à TAssemblée nationale des mesures qu'ils avaient prises. Le prévôt des marchands, M. de Flesselles, convoqué à rHôtcl de Ville, fut applaudi dès qu'il parut, et prit place dans le comité de permanence qui devait siéger jour et nuit pour répondre aux demandes de plus en plus pressantes adressées par le peuple à TelVet d'obtenir des armeset des munitions. Flesselles annonça dans la journée que le directeur delà manufacture d'armes de Charleville devait livrer douze mille fusils, avec promesse d'en fournir bientôt trente mille autres; cette nouvelle combla les vœux d'une population qui s'attendait, d'un moment à l'autre, à être attaquée avec vigueur. Averti dans les recherches auxquelles on se livrait que cinq milliers de poudre allaient sortir secrètement de Paris, le comité les fit saisir et mettre dans une salie basse de l'Hôtel de Ville, sous la garde de l'abbé Lefèvre, qui dut veiller avec un courage héroïque sur le dangereux dépôt confié à ses soins et se charger de si distribution. In coup de fusil fut tiré sur l'un des tonneaux de poudre dont il était le gardien, un coup de pistolet sur sa personne et, pendant la nuit, les portes de ce magasin ayant été brisées, les émeutiers s'y précipitèrent et faillirent amener la destruction

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