PRISE DE LA BASTILLE
membres du comité qui avaient résolu d'y passer la nuit, malgré les fatigues de la journée, ]}/t/« malade (Tesprit que de corps, succombant à des soucis dévoranis. Pendant ce temps, les motions les plus violentes se succédaient au Palais-Royal et, vers deux heures du matin, on vint annoncer aux quatre membres du Conseil en permanence que quinze mille soldats descendant la rue Saint-Antoine se disposaient à forcer l'Hôtel de Ville. « Non, l'Hôtel de Ville ne sera pas forcé, je le ferai sauter à temps >, répondit Legrand de Saint-René, en ordonnant aux gardes de la ville de monter six barils de poudre dans la salle voisine, dite de la Petite Audience.
La journée qui s'ouvrait par cette menace et cette ^^ ubIJuiu énergique réponse devait réaliser Tentente passionnée u juillet ra de toute une nation et attester le découragement ainsi que les incertitudes des hommes chargés de s'opposer à ses volontés. Le château de la Bastille condamné à disparattre à la suite des crimes commis dans son enceinte par un gouvernement arbitraire, non seulement par le vœu unanime des Parisiens, mais par celui qu'on voit exprimé dans plusieurs cahiers des bailliages de province, avait fini par être enveloppé dans les agrandissements de la ville. La rue Saint-Antoine touchait presque à sa porte, et de plusieurs maisons il était possible de tirer sur sa garnison. La Bastille se présentait sous l'aspect d'une forteresse composée de huit tours rondes avec des murailles de six pieds d'épaisseur, jointes ensemble par des massifs de maçonnerie qui en avaient neuf. A côté de la porte était placé un corps de garde qui donnait accès à une cour ex te-
Heure dans laquelle étaient installées les casernes des Invalides et les écuries et ren)ises du gouverneur. Cette cour était séparée d'une deuxième par une porte, flanquée d'un second corps de garde, par un fossé et un pont-levis. C'était dans cette seconde cour, à droite, que se trouvait l'hôtel du gouverneur, en face d'une allée bordée par un bâti ment servant de cuisine, construit sur un pont dormant, traversant le grand fossé qui entourait en entier le château, sur ce fossé s'abaissait un pont-levis auquel était adossé un troisième corps de garde. Hausser les ponts-levis, fermer les portes, faire rentrer toute la garnison dans Tenceinte de la Bastille, était une mesure desimpie bon sens qui eût rendu la forteresse imprenable, évité la mort d'une quantité de malheureux et les sanglants excès auxquels se livrent de tout temps et en tout pays les foules soulevées. Il ne s'agissait dans une pareille occurrence que de quelques jours de résistance passive pendant lesquels le dissentiment élevé entre le Roi et l'Assemblée eût été apaisé, mais le gouverneur de Launay était, comme la nation, sous l'empire de ces passions anarchiques qui s'emparent des esprits aux époques où surgissent dans les peuples de violentes visées de changement.
Besenval avait envoyé, le 7 juillet, à de Launay trente-deux hommes du régiment suisse de Salis- Samade, sous la conduite d'un officier et d'un sergent, renfort qui, réuni aux quatre-vingts invalides renfermés dans la place, portait le nombre de ses défenseurs à cent quatorze soldats. Le jour même de l'arrivée de ce détachement dont il importe de préciser la date, le gouverneur de la Bastille, montrant à l'of-