‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 163 sur 245 · MORT DE FLESSELLES ET DE LAUNAY · texte numérisé non relu

MORT DE FLESSELLES ET DE LAUNAY

qu'il convient de prendre, criant que le seul à ses yeux est de continuer à se battre et se faire sauter plutôt que de se rendre à une populace qui ne manquerait pas de tout égorger. Les soldats ayant répondu qu'il était impossible de résister plus longtemps et qu'ils étaient résignés à tout plutôt que de faire périr un plus grand nombre de citoyens, de Launay se détermine à capituler et fait passer un billet aux assiégeants suivant lequel il menaçait de mettre le feu aux vingt milliers de poudre qu'il avait dans la place si on n'acceplait pas la capitulation. Élie, officier au régiment de la Reine, l'un des chefs des assaillanis, lut ce billet à haute voix et dit : « Foi d'officier, nous l'acceptons. j>Mdi\sh foule n'eut qu'un cri : a A bas les ponts ! point de capitulation! j> I.e gouverneur, après quelques moments d*hésitation, donna Tordre d'ouvrir les portes, de baisser le pont-levis devant la multitude qui se précipita dans Tenceinte, désarma la garnison, saccageant, pillant tout ce qui tombait sous sa main, menaçant d'exterminer tous les défenseurs du château, dont plusieurs furent tués sur place, les autres accablés de mauvais traitements et traînés à l'Hôtel de Ville, entre autres de Launay qui fut massacré au bas du perron, après s'être défendu comme un lion, sans que l'abbé Lefèvre pût le secourir. L'officier suisse qui nous a laissé le récit de cette conquête populaire vit au bout d'un bâton la tête sanglante et meurtrie du gouverneur, pendant qu'il longeait le corps mutilé du major de la Bastille, de Losme Salbray, vainement défendu parle marquis de Pelleport dont il avait été le consolateur durant sa détention de cinq années, et victime de la fureur

populaire, avec Taide-major Hiray et le capitaine d'invalides Person.

^!^^ Au milieu des mille bruits qui accusaient de Launay d'avoir attiré des citoyens dans la première cour de la Bastille, et de les avoir fait fusiller dans la seconde, bruits mensongers qui excitaient de véritables transports de rage, le peuple ne pouvait oublier le prévôt des marchands et le comité des Électeurs, ce Que faisons-nous avec ces trattres? » avait dit un vieillard en haranguant la foule. Les Chartreux s'étaient plaints qu'on fût venu chercher chez eux des armes qu'ils n'avaient jamais eues. Des voix irritées rappelaient à Flesselles les douze mille fusils qu'il avait promis, l'accusant hautement de les avoir indignement trompés, lui jetant sa trahison à la face, et, au milieu de cesclameurs furibondes, il était inutilement défendu par Dusaulx et plusieurs Électeurs. Flesselles, fatigué de ces perpétuels reproches, finit par dire à la foule qui Tinterrogeait: oc Puisque je suis suspect à mes concitoyens, il est indispensable que je me retire. » <c II faut le conduire auChdteiet!^ crient quelques voix, a Non^ au Palais-Royal! répliquent d'autres voix, pour y être jugé. » Motion qui fut accueillie aussitôt par l'unanimité des assistants, à laquelle réponditle prévôtdesmarchands en disant: ce Eh bienj messieurs^ allons au Palais-Royal. » Et, se levant, il traversa la foule qui lui fit place et le suivit sans se porter à aucun excès, quand, au coin du quai Pelletier, un coup de pistolet, tiré par un inconnu, l'abattit sans vie\

* C'était, ifnrme Naigcon, an des frères Morln de Charlerille, petit mirehand bijoutier, elottre Siint-Gernain-l*AaKerrois.

Page 1