MORT DE FLESSELLES ET DE LAUNAY
Presque au moment où près de deux cents per- orgiedettroup
/ i* » \ I / élrangèret
sonnes étaient frappées à mort ou blessées devant provoquée pa les murs de la Bastille, où le prince de Lambesc, lesPoiignac fuyant la fureur du peuple, accourait à Versailles, ** îîjSuiet?" où le bruit du départ du Roi dans la nuit était répandu et l'Assemblée livrée à la merci de troupes étrangères, le comte d'Artois, les Polignac, Mesdames, Madame et madame d'Artois, avec le Royal- Allemand et le Royal-Étranger, se rendirent sur la terrasse de l'Orangerie. On fit jouer la musique des deux régiments. Les soldats, auxquels on n'avait pas épargné le vin, formèrent des danses. Une joie insolente et brutale éclatait de toutes parts : une troupe de femmes, de courtisans... regardaient cet étrange spectacle d'un œil satisfait et l'animaient par leurs applaudissements *. « Telle était la légèreté ou plutôt l'immoralité de ces hommes, conclut le marquis de Ferrières, membre de la majorité delà noblesse, dont nous avons reproduit textuellement le récit qu'il fait
■ Le pian, écrit Gouverneur Morris dans son Mémorial, t. I, p. 263, était de réduire Paris par la famine et de faire arrêter deux cents membres de l'Assemblée nationale, muis il a été reconnu que les troupes ne se battraient pas contre leurs concitoyens. Mirabeau signale le même plan dans sa 19* lettre à ses électeurs. Barèrc dit dans ses Mémoires, t. I, p. 257 : (( Nous eûmes la preuve qu*il s'agissait de forcer le roi de faire renvoyer les députés et d'en faire arrêter 69, dont la liste nous fut corn* muniquée, pour être traduits et enfermés dans la citadelle de Metz, pois exécutés comme coupables de rébellion... Le comte de Mirabeau était inscrit le premier sur cette ordonnance de proscription, ainsi que Le Chapelier. Target, Barnave, Sieyès, Baiily, Camus et quelques députés bretons. . . Le maréchal de Broglie crut devoir s'assurer des canonniers qui étaient au grand parc d'artillerie établi dans les écuries de la reine. Il alla |C 13 juillet, vers minuit, parler aux canonniers et leur demander de prêter un nouveau serment au roi. Ceux-ci furent étonnés de la demande et virent bien qu'on voulait les faire servir à quelque projet sinistre ou oppresseur du peuple ; ils s'y refusèrent unanimement. »
dit LIVRE THOISIÈIltC.
suivre de cette réflexion : « L'Assemblée nationale oiTrait un aspect bien difl^érent : un calme majestueux, une contenance ferme, une activité sage et tranquille '. »
L'Assemblée nationale fut vivement émue, en se réunissant le 13 juillet, d*apprendre le renvoi de Necker et la formation d'un nouveau ministère composé de MM. de Breteuil, de La Galaisière, de Brofçlie, de Laporte et Foullon. Mounîer, prenant li parole, rappela que les Étals généraux avaient élé
* àrehives nationales. OMÔl : Nêmiiiation do naréchal d€ Br^glie ai commandemenl des troupes réunies i Versailles et à Parti, 1*' joillet 1789; K 164, Relation de la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, par roflieier comroanJant la garnison ; C H 123, Lettres du roi à Necker et ripomt de Necker, publiées dans le Musée des Archiva nalionales, in-4*, 1872, p. 678-79; Mémoires du marquis de Ferriêres^ l. I. p. 71 et sait., 100 et suif., 132 et luiv.; Histoire parlementaire de la Bévolution françaUe depuis 1789 jui^u'en 1815, in-8% 1834, t. Il, p. 30, 37 et suiv., suivi de la brochure de Marat, p. 67, 70; Mémoires de BaiUy, t. I, p. 393 et suit., 317, 323 et suit., 361 et suiv., 378 et soit., SSl; Dix-huitième lettre de Mirabeau à ses commeUants, des 8 et 9 jaîHel 17^9; Dix-neuvième lettre de Mirabeau, du 9 au 24 juillet 1789; archives parlementaires, t. VIII, p. 200, 206etsuiv., 209, 213 elsuiv.,223 etsuiv., 229 et suiv.; Voyages en France pendant les années 1787-81^ et 90, par Arthur Yoong, traduit de l'anglais, 2* édition, t. f, p. 424; I^moires du baron de Besenval, t. II, p. 353 etauif., 363 ets«if.;S«r V administration de M. Necker, par lui-même, in-8*, Pans, 1791, p. 116 et suiv.; De la Révolution française, par Necker, in-8*, Paris, 1797, section première, Révolution du 14 joillet 1789; Mémoirei sur la Bas* tille, par Linguet, publiés par Berville et Barrière, p. 239 et toit.; Be l'insurrection parisienne et de la prise delà Bastille, par Dosaals,rt' présentantde Paris, publié par Berville et Barrière, p. 239 et aoiY.,267 al suiv., 270 et suiv., 386 et suiv., 444 et suiv.; Le Vieum Cardelier, jooroil de Camille Desmoulins, publié par Berville et Barrière, p. 81; Bévokklions de Paris, dédiées à la nation, par Prud'homme, in-8«, n* I, du 12 au 17 juillet; Mémoires de Mirabeau écrits par lui-même, par sob père, son oncle et ion flls adoptif, t. Vlll, p. 527 et suiv., 584; Correspen' dance entre le comte de Mirabeau et le comte de Lamarek, iii-8", Paris, 1851, t. I, p. 90 et suiv.; Mémoires de Barète, pobliéa par Hippolyle Cirnot, in-8% Paris, 1842, p« 256 etsuiv.
PLAN DE œNSTITUTlON PROVlSOmE. «23
invoqués pour la régénération du royaume et sinalant les dangers auxquels des conseillers impruents exposaient leur patrie, proposa le vote par Assemblée d'une adresse au Roi, pour lui demander 5 rappel de MM. Necker, Montmorin, de La Luzerne t de Saint-Priest. L'accord fut unanime quand on int annoncer aux députés qu'une foule immense emplissait le Palais-Royal, que plus de dix mille ommes en armes allaient attaquer les troupes renies aux Champs-Elysées, puis se rendre à Sainttenis pour marcher sur Versailles, que toutes les arrières du nord de Paris avaient été saccagées, ne celle du Trône était en feu, que les boutiques les armuriers avaient été forcées^ et que tous les itoyens portaient la cocarde verte.
Di permanence de l'Assemblée ayant été décidée J^^Z^^] vec la nomination du marquis de La Fayette, comme ice-président, au milieu d'unanimes applaudissenents, dans la séance suivante^ fixée au lendemain, m dut reprendre la discussion de la motion du même ja Fayette sur la déclaration des droits de Thomme, \t s'occuper de la nomination d'un comité chargé le rédiger un plan de Constitution, ce Je pense, dit larère de Vieuzac, que, dans la crise funeste où Ton le trouve, le temps presse d'arrêter préalablement les irticles principaux de la Constitution, laissant à des emps plus calmes tous les articles qui entraîneraient ians de longues discussions. . . La Constitution est déjà 'aite dans tous les esprits. Ce ne peut être ici un enfantement laborieux; peut-être n'est-ce quel'ouirrage d'un jour, parce qu'elle est le résultat des umièresd'un siècle. )) Paroles d'un homme au juge-
de CoDstitiitio proviiolrr.
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ment ferme que nous avons citées textuellement à cause de la valeur du personnage qui les a prononcées, pour faire saisir l'état des esprits dans un moment où, malgré plus d'une faute commise et d'une déception, subsistent un calme et un bon sens que devait troubler la colère provoquée par de persistantes bravades.
L'Assemblée, après une courte séparation, s'était réunie de nouveau vers les cinq heures du soir, quand la Bastille tombait au pouvoir du peuple soûle vt», quand le vicomte de Noailles, arrivant de Paris, racontait les événements qui venaient de se produire et annonçait l'organisation d'une garde bourgeoise complètement armée et dirigée dans la discipline par des gardes-françaises et des gardes suisses. A ce récit, l'Assemblée, attristée, interrompit toute discussion et le président sortit à la tête d'une députation chargée de peindre au Roi la situation cruelle de la capitale. La Fayette, prenant place au bureau comme viceprésident, fit observer à ses collègues qu'il était de leur dignité et de leur devoir de poursuivre leurs travaux ; pendant qu'on discutait diverses motions au sujet d'une correspondance à établir, de deux en deux heures, entre l'Assemblée et la ville de Paris, et de la permanence de l'Assemblée de jour et denuit, deux électeurs de Paris vinrent confirmer le récit de M. de Noailles, et le président de l'Assemblée, Lefranc de Pompignan, remit la réponse écrite du Roi, qui s'était borné à mander le prévôt des marchands et les officiers municipaux de la capitale à Versailles, afin de se concerter avec eux sur les mesures à prendre, et à donner Tordre aux troupes
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campées au Champ de Mars de s'éloigner de Paris.
Une nouvelle députation décidée immédiatenient partit pour le château» conduite par Farchevêque de Paris ; elle obtint une prompte audience de Louis XVI qui s'écria : « Vous déchirez mon cœur de plus en plus par le récit des malheurs de Paris ; il n'est pas possible de croire que les ordres qui ont été donnés aux troupes en soient la cause. Vous savez la réponse que j'ai faite à votre précédente députation; je n'ai rien à y ajouter. » Persistant dans ses arrêtés précédents» TAssemblée déclara, après le rapport deM.de Juîgné, « que, profondément affectée des malheurs qu'elle n'avait que trop prévus» elle ne cesserait pas de demander la retraite entière et absolue des troupes esLtraordinairement rassemblées dans la capitale et aux environs... , renouvellerait les mêmes démarches... et tenterait de nouveaux efforts jusqu'à ce qu'ils aient eu le succès qu'elle a droit d'attendre, d
Le lendemain, 15 juillet, les représentants de la ivomiitiA Dation reprirent, à la suite d'une séance qui s'était AiiMMk prolongée la veille jusqu'à une heure du matin, l'es- iwpfofoy pèce de duel engagé avec le monarque et résolurent kvSSSà de tenter une nouvelle démarche auprèsde Louis XVI ***ÎSSS! i l'effet d'obtenir le renvoi des troupes à leurs gar- «J«*»«* *" nigons et la libre communication avec Paris pour son approvisionnement; les vingt-quatre députés qui avaient reçu mission d'accompagner le vice-président et de porter au Roi les vœux de l'Assemblée se disposaient à sortir, quand Mirabeau, se faisant l'interprète de la fière indignation qui avait saisi les représentants de la France à la nouvelle des insolenteis provocations des courtisans de Versailles, s'écria en
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m UVRE TROISlfiME.
l'adressant à La Fayette : s Dites au Roi que les liordes étrangères dont nous sommes investis ont reçu hier la visite des princes» des princesses, des favoris, des favorites, et leurs caresses, et leurs exhortations, et leurs présents; dites-lui que toute la nuit ces satellites étrangers, gorges d'or et de ^in, ont prédit, dans leurs chants impies, Tasseri^issement de la France, et que leurs vœux brutaui invoquaient la destruction de l'Assemblée nationale; iiles-lui que, dans son palais même, des courtisans [)nt mêlé leurs danses au son de cette musique barbare, et que telle fut l'avant-scène de la Saint-Bar- Ihélemy. Dites-lui que ce Henri dont l'univers bénit la mémoire, celui de ses aïeux qu'il voulait prendre pour modèle, faisait passer des vivres dans Paris révolté, qu'il assiégeait en personne, et que ses conseillers féroces font rebrousser les farines que le commerce apporte dans Paris, fidèle et aflamé. »
Ces paroles étaient à peine prononcées que le duc de Liancourt annonça la venue spontanée de Louis XVI au milieu des représentants de la nation. Des applaudissements réitérés retentissaient dans les différentes parties de la salle, quand Mirabeau les fit taire. « Attendez que le Roi %'ous ait fait connaître ces bonnes dispositions qu'on nous annonce de sa part, dit-il eo s'adressantà ses collègues; qu'un morne respect soit le premier accueil fait au monar({ue dans ce moment de douleur... Le silence du peuple est la leçon des rois. D A ce moment le monarque, s*avançant accompagné seulement de ses deux frères, dédan qu'il désirait consulter l'Assemblée sur les affaires les plus importantes de l'État» c Le chef de la na*