MORT DE FOULLON ET DE BERTIER
père; après un interrogatoire sommaire» à peino descendu de l'Hôtel de Ville pour être condtait à TÂbbaye, il fut arraché des mains de son escorte et massacré comme lui. « Il est évident, dit Bailty, qu'il y avait dessein formé de faire périr ces deux hommes qu'on a été chercher partout exprès, contre lesquels on a ameuté tout le peuple ^ : meurtres odieusement conçus, cruellement exécutés, qui devaient précipiter hors de France les personnes et agents signa* lés à la vindicte du peuple. Ce fut le 16 juillet que le comte d'Artois et ses deux enfants, les princes de Condé, de Lambesc, le maréchal de Broglie, U garde des sceaux, Barentin, MM. de Villedieu, de La Vauguyon, la duchesse de Polignacetsa famille quit^tèrent la France sous Timpression de la terreur qu'avait inspirée l'explosion des haines populaires. Premier noyau de ces émigrés français allant solli* citer contre leur patrie les secours de l'étranger et préparer le siège d'une nation, siège qui devait laisser dans l'histoire un souvenir au moins égal à celui des Grecs contre les Troyens.
« Le peuple, écrivait Mirabeau le lendemain de Apprèeiatio
^ ^ do Minbeaa
ces scènes tragiques, a fait tomber inexorablement ce sous le glaive deux grandes victimes; tous les efforts de l'Hôtel de Ville et des deux citoyens respectés qui occupent actuellement les premières dignités de Paris n'ont pu désarmer ni ralentir la ven<geance publique. Ce qu'il y avait de plus effrayant dans cette impétuosité, c'est qu'aussitôt le coup frappé, tout rentrait dans le calme, les travaux du commerce journalier n'étaient pas même interrompus, la sécurité générale semblait naître de la puni-
tion des proscrits... jd Puis il continue : La colère du peuple. Ah ! si la colère du peuple est terrible, c'est le sang-froid du despotisme qui est atroce ; ses cruautés systématiques font plus de malheureux en un jour que les insurrections populaires... Voyez combien de causes avaient préparé les matériaux de cette explosion : tous les dénis de justice, toutes les insultes, tous les scandales; des ministres chéris exilés ; le rebut du mépris public inauguré à la tête de ceux qui les remplacent; le sanctuaire des lois profané; l'Assemblée nationale compromise, menacée...; la capitale au moment d'être assiégée ou envahie; les apprêts d'une guerre civile, que dis-je, d'une horrible boucherie où tous les amis du peuple connus ou soupçonnés devaient tomber désarmés sous le glaive des soldats... En deux mots, deux cents ans d'oppression publique et particulière, politique et fiscale, féodale et judiciaire, couronnés par la plus horrible conjuration..., voilà ce qui a provoqué le peuple... Après ces réflexions que nous avons cru nécessaires dans un moment où Thumanité même égare la réflexion, nous nous hâtons de dire que toute l'Assemblée nationale a bien senti que la continuation de cette formidable dictature exposait la liberté publique autant que les complots de ses ennemis. La société serait bientôt dissoute^ si la multitude, s'accoutumant au sang et au désordre, se mettait au-dessus des magistrats et bravait l'autorité des lois. . . , le peuple se jetterait bientôt dans l'abime de la servitude, car trop souvent le danger rallie a la domination absolue, et dans le sein de l'anarchie, un despote même parait un sauveur. »