‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 169 sur 245 · LES BRIGANDS ET L'ANARCHIE. 63S · texte numérisé non relu

LES BRIGANDS ET L'ANARCHIE. 63S

sons annonçait au duc de Liancourt, d'après les informations apportées, le 25 juillet, par un cour* rier venant de Crespy, qu'une troupe de brigands avait coupé les blés, cette nuit, dans la plaine de Béthisy. Il ajoutait : a Actuellement, six heures du soir, il arrive des courriers de Villers-Gotterets, Pierrefonds et Attichy, où cette troupe se porte dans ce moment ; elle fauche les grains en plein midi ; on dit ces brigands au nombre de 4,000. » Nouvelles souvent erronées, comme nous l'apprend Bailly, à propos d'une prétendue armée de brigands aperçue du côté de Mont^Rouge, qui expliquent l'armement de la France entière, armement facile à comprendre en présence des événements désastreux signalés par Duport le jour ou il vint demander à l'Assemblée de nommer une commission chargée d'entendre les rapports et les indices sur l'afTaire de Brest et autres faits semblables qui pouvaient se produire : « Les destins de la France nous sont contlés; elle attend de nous son salut... On trame des complots contre la chose publique, nous ne devons pas en douter.. • Il faut acquérir d'affreuses et d'indispensables connaissances. C'est là ce qui doit nous occuper. »

Dominée par la défiance que lui inspirait un gou-* L'Assembië vernement qui avait si souvent formé contre elle les «^ri^mh projets les plus hostiles, l'Assemblée repoussait la *^*S|!^",ïïltéï proclamation proposée par Lally-Tollendal à l'effet "^l^f^^, de blâmer ceux qui avaient pris part aux émeutes de la capitale, s'associant à ces paroles de Buzot : a De* vons-nous donc oublier le généreux courage des Parisiens qui, en prenant les 'armes, nous ont rendu la liberté?... Hier^ nous applaudissions à leur gran^

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deur d'&me, à leur héroïsme; au jourd*hui nous les appellerons des rebelles ; nous les punirons d'avoir sauvé la patrie. .., mais ce n*est pas encore tout : qui nous répondra que le despotisme ne puisse pas renaître auprès de nous?... Si un jour il rappelait ses forces pour nous terrasser, quels seraient les citoyens qui s'armeraient è temps pour la cause de la patrie?...»

L'administration^ organisée ou plutôt improvisée par les classes moyennes, se trouvant obligée pour ainsi dire de pactiser avec l'anarchie, était compromise par ces fureure populaires. M. de Crosne, qui prêtait son concours à Bailly pour assurer l'approvisionnement de Parisjmpressionné de ces massacres amenés par une dénonciation, après avoir vu sa maison dévastée par la multitude, ne voulut plus paraître au conseil des subsistances, et sollicita son envoi avec une mission en Angleterre. MM. Doumer, de Montereau, Leleu, de Corbeil, chargés d'acquisitions de grains pour le gouvernement, refusèrent leura services, et Bailly, craignant d'être atteint lui-même par les soupçons, dut renoncer à recevoir chez lui les précieux auxiliaires qui assumaient la tâche de protéger les Parisiens contre les habitants des provinces, enclins trop souvent à intercepter les convois de blés destinés à l'alimentation de la capitale. Le moindre événement remuait profondément les masses populaires, et lorsque Necker revenu à Versailles, le 28 juillet, eut obtenu, à la suite de deux discours prononcés le jour de sa visite à l'Hôtel de Ville de Paris, la grice de Besenval, arrêté lora de son passage à Villenauxe, Bailly refusa de faire exécuter l'arrêté d'amnistie

ABOLITION DiilS PRIVILEGIAS.

que révoquèrent les électeurs eux-mêmes» sous la pression des districts , en instruisant le public de rincarcération de Besenval au Châtelet, régularisée par une décision de TAssemblée nationale.

Les députés, profondément émus des ruines qui les environnaient, de l'espèce de retour à l'existence résultant du nouvel ordre de choses pour la nombreuse population des campagnes unie à la tourbe des villes parle sentiment commun de leurs soufTrances, cherchaient avec anxiété le moyen d'empêcher une subversion qui menaçait de tout détruire et de faire couler le sang dans une conflagration générale, quand le vicomte de Noailles prit la parole à propos d'un arrêté relatif à la sûreté du royaume.

Le but du projet, dit-il, est « d'arrêter l'effervescence des provinces, d'assurer la liberté publique et de confirmer les propriétaires dans leurs véritables droits. Mais comment peut-on espérer d'y parvenir, sans connaître quelle est la cause de l'insurrection qui se manifeste dans le royaume? Les communautés ont fait des demandes : ce n'est pas une Constitution qu'elles ont désirée ; qu'ont-elles donc demandé? Que les droits d'aides fussent supprimés ; qu'il n'y eût plus de subdélégués ; que les droits seigneuriaux fussent allégés ou échangés. Ces communautés voient, depuis plus de trois mois, leurs représentants s'occuper de ce que nous appe* Ions... la chose publique; mais la chose publique leur parait être surtout la chose qu'elles désirent et qu'elles souhaitent ardemment d'obtenir... D'après tous les différends qui ont existé entre les représentants de la nation, les campagnes n'ont connu

SèaDces

des 4, 5, 6 ei !

août 1789;

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pritilègea.

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que les gens avoués par elles qui solHcitaieDt leur bonheur, et les personnes puissantes qui s'y oppo* salent... Dans cet état de choses, elles ont cru devdr s'armer contre la force, el aujourd'hui elles ne con* naissent plus de frein : aussi le royaume flotte, dans ce moment, entre rallemative de la destruction de la société ou d'un gouvernement qui sera admiré et suivi de toute l'Europe. Comment l'établir, ce gouvernement? Par la tranquillité publique. Comment l'espérer, cette tranquillité? En calmant le peuple, en lui montrant qu'on ne lui résiste que dans ce qu'il est intéressant pour lui de conserver. Pour parvenir à cette tranquiUité, si nécessaire, je propose qu'il soit dit que l'impôt sera payé par tous les individus du royaume, dans la proportion de leurs revenus ; que toutes les charges publiques seront à l'avenir supportées également par tous; que tous les droits féodaux seront rachetables par les communautés en argent ou échangés. .., Id'après le revenu d'une année commune prise sur dix années de revenu ; que les corvées seigneuriales , les mainmortes et autres servitudes personnelles se* ront détruites sans rachat. » c II n'est personne, reprend le duc d'Aiguillon, en succédant à M. de Noailles, qui ne gémisse des scènes d'horreur dont la France donne le spectacle... Dans plusieurs pro* vinces le peuple tout entier forme une espèce de ligue pour détruire les châteaux, pour ravager les terres, et surtout pour s'emparer des chartriers, où les titres des propriétés féodales sont en dépôt. Il cherche à secouer enfln un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tète. Le malheureux cultivateur,

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