ABOLITION DES PRIVILÈGES
soumis au reste barbare des lois féodales qui subsistent encore en France, gémit de la contrainte dont il est la victime. Ces droits sont une propriété, ils sont la seule fortune de plusieurs particuliers ; l'équité défend d'en exiger l'abandon..., sans accorder une juste indemnité au propriétaire. Mon vœu serait que TAssemblée déclarât que tous les droits féodaux seront rachetés par les vassaux... y> Leguen de Kérangal , député de la basse Bretagne, s'écine en appuyant l'arrêté proposé par d'Aiguillon : a Vous ne ramènerez le calme dans la France agitée que quand vous aurez promis au peuple que vous allez convertir en prestations en argent, rachetables à volonté, tous les droits féodaux quelconques; hâtez- vous de donner ces promesses à la France... Vous n'avez pas un moment à perdre ; un jour de délai occasionne de nouveaux embrasements ; la chute des empires est annoncée avec moins de fracas. Ne voulez-vous donner des lois qu'à la France dévastée?... i>
A cet appel vivement applaudi répond un entraînement enthousiaste de l'Assemblée, et, dans une sorte de répudiation du passé s'établit entre les privilégiés une véritable rivalité d'offres patriotiques; le marquis de Foucault s'élève, dans une motion vigoureuse, contre l'abus des pensions militairesetdemande que les premiers sacrifices à faire soient ceux des grands, de cette portion de la noblesse très opulente par elle-même qui vit sous les yeux du prince et qui en reçoit sans mesure des largesses et des traitements excessifs. Gottin, montrant les peuples courbés sous la tyrannie des agents iniférieurs des justices seigneu-
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riales» réclame la destruction de tous les débris du régime féodal qui écrase ragriculture.
L'évcque de Nancy» M. de Lafare, s*empare delà parole pour exprimer le vœu que le rachat des droits féodaux du clergé ne tourne pas au profit du seigneur ecclésiastique» mais à celui des indigents. L'évéque de Chartres, M. de Lubersac, propose Tabolition du droit exclusif de la chasse et est acclamé par tout le clergé, qui se lève, et par une multitude de voix partant des rangs de la noblesse pour l'approuver. Des curés demandent qu'il leur soit permis de sacrifier leur casuely ce qui suscite un membre de la noblesse, au milieu des applaudissements de tous les ordres, à revendiquer, pour cette classe précieuse des ministres du culte, l'accroissement des portions congrues. « Les signes de transports et reiTusion de sentiments généreux, lit-on dans le procè&-verbal de cette séance, dont l'Assemblée présentait le tableau, plus vif et plus animé d'heure en heure, n*ont pu qu'à peine laisser le temps de stipuler les mesures de prudence avec lesquelles il convenait de réaliser ces projets salutaires, votés par tant de mémoires, d'opinions touchantes et de vives réclama^ tiens dans les assemblées provinciales,dans les assemblées des bailliages et dans les autres lieux où les citoyens avaient pu se réunir depuis dix-huit mois. » Aux sacrifices des particuliers succédaient ceux des provinces : leurs députés, notamment ceux*du Dauphiné, rappelant les décisions de l'assemblée de Vizille, déclaraient renoncer à leurs privilèges comme pays d'États pour s*associer au régime nouveau dont l'Assemblée allait doter la France entière. Le pré-