LE VOL DU COLLIER DÉCIDÉ PAR MADAME DE LAMOTTE
rien pour moi, répondit Achet, mais mon gendre est un jeune hond/ne qui commence son état^ il vous aurait beaucoup d'obligation si vous vouliez lui témoigner de la reconnaissance dans le cas où il réussirait dans sa démarche auprès de M"^ de Valois, d II fut convenu à la suite de Tentrevue que Laporte irait chez la comtesse, et le lendemain de sa visite, Âchet et Bœhmer étaient chez M"""* de Lamotte. « J'espère vendre votre collier, leur dit-elle en les apercevant, ce sera un très grand seigneur qui sera chargé de cette acquisition, il vous faudra prendre avec lui toutes vos précautions pour les arrangements qu'il pourra vous proposer i>. Elle renouvela quelques jours après cette recommandation, ajoutant « qu'il était inutile de la nommer comme étant intervenue dans la négociation, d
Après avoir convaincu le cardinal de la présence de ,^^^„ ^ la reine dans les bosquets de Versailles, il avait suffi ^"^^^l à M"* de Lamotte de mettre sous ses yeux une pré- •j{^*|^' tendue lettre de Marie-Antoinette qui le chargeait de t*" ft^rier cette affaire pour que le prélat s'empressât d'accourir chez les joailliers. M. de Rohan arrêta le prix du collier à seize cent mille livres, et sept jours après, montrant le marché qu'il avait conclu, signé du nom de Marie-Antoinette de France , recommandait aux deux associés de remercier cette princesse. Les joailliers, n'ayant pas eu occasion d'aborder la reine, se décidèrent à lui adresser une lettre, et Bœhmer devant apporter des bijoux lors du baptême du duc d'Angoulême, profita de cette circonstance pour présenter l'expression de leur gratitude : a Nous sraunes au comble du bonheur, disaient-ils, d'oser
présumer que les derniers engagements qui nous ont été proposés, auxquels nous nous sommes soumis avec respect et zèle , sont une nouvelle preuve de notre soumission et de notre dévouement aux ordres de Votre Majesté, et nous avons une vraie satisfaction de penser que la plus belle parure de diamants qui existe servira à la plus grande et à la meilleure des reines. i> Marie-Antoinette recevant ce remerciement sous forme de placet, y jeta un coup d'œil distrait, puis, impatientée d'y trouver la mention d'un collier qu'elle avaitrefusé à plusieurs reprises d'acquérir, elle froissa lebillcl et s'en servit pour allumer une bougie, disant : « Cela ne vaut pas la peine d^étre gardé. » Puis s'adressant avec humeur à M""^ Gampan, la reine s'écria : « Cet homme existe pour mon supplice ; il a toujours quelque folie en tête ; songez bien la première fois que vous le verrez, à lui dire que je n'aime plus les diamants ; que si j'avais à dépenser de l'argent, j*aimerais bien mieux augmenter mes propriétés de Saînt-Cloud... »
oBœhmer Lcs joaillicrs qui n'avaient touché que trente mille Bptn, livres vers les derniers jours de juillet et qui comptaient sur leur lettre pour accélérer le paiement de ce qui leur était dû furent très surpris du silence de la reine, et Bœhmer vint le 3 août demander à M"* Campan si elle n'avait pas reçu d'ordres les concernant. La reine n'a signifié aucun ordre, répondit M'"'' Cimipan en répétant les paroles de Marie- Antoinette. «Mais, répliqua Bœhmer interdit, c la réponse à la lettre que je lui ai présentée, à qui € dois-je m'adresser pour l'obtenir. — A personne, <c Sa Majesté a brûlé votre placet sans avoir compris
ENTRETIEN DE MADAME CAMPAN AVEC BOEHMER. 6i
€ ce que vous vouliez lui dire, — Ah ! madame^ s'éc cria le joaillier, cela n'est pas possible, la reine sait « qu'elle a de Targent à me donner ! — De l'argent, « M. Bœhmer ? Ily alongtempsque nous avons soldé c nos derniers comptes pour la reine. — Madame, « vous n'êtes pas dans les confidences ? on n'a pas <i soldé un homme que Ton ruine en ne le payant pas, « lorsqu'on liii doit plus de quinze cent mille livres. « — Avez- vous donc perdu l'esprit, lui dis-je; pour « quel objet la reine peut-elle vous devoir une somme « si exorbilante? — Pour mon collier, madame, me 1 répondit froidement Bœhmer. — Quoi ! repris-je, « encore ce collier pour lequel vous avez inutilement € tourmenté la reine pendant plusieurs années I mais « vousTavez venduàConstantinople. — C'est la reine « qui m*avait fait ordonner de faire cette réponse à t tousceuxqui m'en parleraient... Alorsilmeditque « la reine avait voulu avoir le collier et le lui avait «fait acheter par Mgr le cardinal de Rohan. Vous « êtes trompé, m'écriai-je, la reine n'a pas adressé la fl[ parole une seule fois au cardinal de Rohan depuis « son retour de Vienne... — Vous êtes trompée^ vousc( même, madame, reprit Bœhmer, elle le voitsi bien
< en particulier, que c'est à son Éminence qu'elle c a remis trente mille livres qui m'ont été donnés
< pour premier à compte ' . — C'est le cardinal qui
< Bœhmer et Basseiige, dans la lettre écrite à la reine pour expliquer les faits, parlent de ces 30,000 livres, mais n'ajoutent pas, comme M"* Campan : a La reine les a pris en sa présence (dn cardinal) dans le petit secrétaire de porcelaine de Sèvres qui est auprès de la chambre de son boadoir. » Ce doit être un détail inventé par Bf"* de Lamotte, quoiqae Bœhmer ait affirmé qu'il le tenait de Roban lai*mème. Il suf At de lire rinterrogatoire dn cardinal do 12 janvitT 1786, dans l'ouvrage de M. CampardoD, page 222, pour en avoir la presque certitude.
a VOUS a dit cela ? — Oui, madame^ lui-même, a — Ah ! quelle odieuse intrigue. — Mais à la <K vérité^ madame, je commence à être bien efirayé, a car Son Éminence m'avait assuré que la reine pora terait son collier le jour de la Pentecôte, et je ne le a lui ai pas vu. 2> Madame Campan conseilla à Bœhmer d'aller trouver le baron de Breteuil, le ministre dont il dépendait, lui faisant comprendre qu'il était fort coupable d'avpir agi sans ordres précis. Â ces observations, le joaillier répondit qu'il possédait des billets signés de la reine et qu'il avait même été forcé de les montrer à des banquiers pour obtenir une prolongation des époques de paiement. Bœhmer n'alla pas chez Breteuil, mais chez Bohan, comme le prouve le mémento trouvé dans les papiers du cardinal, qui porte : « Aujourd'hui, 3 août, Bœhmer a été à la maison de campagne de M'"'' Campan qui lui a dit que la reine n'avait jamais eu son collier et qu'il était trompé. »
Ce même jour M'"'' de Lamotte faisait prier Bœhmer ^ISSe de passer chez elle, Bassenge en Tabsence de son as- !ûTi78B. ^^^^^ ^^ rendit à son invitation. Elle s'informa dès l'abord s'il avait vu depuis peu le cardinal dei Bohan, et sur sa réponse qu'il venait de le quitter, elle lui demanda si son Eminence ne lui avait rien communiqué de nouveau, ajoutant sur la négative de Bassenge c que le prince se trouvait dans la plus grande perplexité, qu'il paraissait que l'engagement que le prince avait chez lui, soi-disant signé par S. M. la reine, était une signature contrefaite, et qu'elle ne savait comment il se tirerait d'embarras, qu'elle nous conseillait de prendre nos précautions vis-à-vis du prince, ppur