‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 18 sur 245 · ËTONNEMENT DE LA REINE, COLÈRE DU ROI · texte numérisé non relu

ËTONNEMENT DE LA REINE, COLÈRE DU ROI

que nous n'eussions aucun risque à courir ; qu'au surplus le prince avait une fortune considérable, et était bien en état de payer. y>

Cette impudente déclaration que nous empruntons. ^ n>i littéralement au mémoire présenté à la reine par les décidés à i joailliers Bœhmer et Bassenge laisse entrevoir le but ^ Roha poursuivi par M"' de Lamotte et montre l'absence * ^^ *^ complète de connexité entre l'honneur d'une reine, la dignité du trône et la plus vulgaire des escroqueries favorisée par la plus inconcevable crédulité d'un grand seigneur.

Lorsque,quelques jours plus tard, Marie-Antoinette apprit la conversation de M*""* Campan avec Bœhmer, elle fut aussi surprise de Timmixtion du cardinal dans une pareille affaire que contrariée de savoir son nom apposé à des billets faux. L'irritation de Louis XVI fut des plus vives au récit d'une semblable aventure. Habitué à cette sorte d'apothéose qui élève les rois au-dessus des autres humains, il n'aperçut dans le fait qui lui était rapporté que le no m de la reine ridiculement compromis, il ne tint nul compte de la bonne foi du cardinal, qui se révèle avec une évidente clarté dans le mémoire remis le 12 août par les joailliers \ et résolut de punir un acte qu'il regardait comme un outrage

* Od lit dans le premier mémoire de Bœbmer et Baisenge, présenté le 12 août 1785, trois jours avant Tarrestation da cardinal, cette phrase earaetéristiqae qui prouve la sincérité de Roban : o Quelques jours après la réception de cette lettre (lettre du 1" février 1785 à Bœhmer et Bassenge), ayant eu occasion de voir le prince, il nous dit de profiter de la première occasion que nous aurions d'approcher Sa Majesté la reine pour lui faire noa très humbles remerciements des bontés qu'elle avait daigné BOUS témoigner en acquérant notre collier. »

â la dignité royale *. Une fois celte détermination prise, Leurs Majestés appelèrent le garde dessceaux Miromesnil et le baron de Breteuil et donnèrent l'ordre de faire venir le cardinal de Rohan qui était déjà revêtu de ses habits pontificaux et prêt à officier, •mrdinai <c Vous avcz achcté des diamants à Bœhmer, lui dit "^îTîi a brusquement le roi. — Oui, Sire. — Qu'en avez- It'^!^ « vous fait ? — Je croyais qu'ils avaient été remis à la Ati785. ^ reine. — Qui vous avait chargé de cette commisa sion ? — Une dame appelée M""' la comtesse de La- « motte-Valois qui m'avait présenté une lettre de la «reine, et j'ai cru faire ma cour à Sa Majesté en me « chargeant de cette commission. Comment, Mon-

* Le roi avait pris par lui-même son parti dans l'affaire de Rohan ; il ne consulta ses ministres que pour Texécution de set volontés, et, quoique plusieurs d'entre eux fussent liés avec le cardinal ou ses parents, il ne subit aucune influence. Marie-Autoinette atteste ce fait à son frère, et son affirmation serait corroborée au besoin par la lettre de Vergennes au roi, datée du 4 juin 17S6, où ce ministre, à propos de la correspondance de l'ambassadeur français à Londres, exprime d'une manière péremptoire sa désapprobation du procès qui avait été décidé. «Si Votre Majesté, écrit Vergennes, agrée que le sieur de La Motte se rende ici, ainsi qu*il jparoit disposé, jelasuplie de m'autoriser à mander à M. le comte d'Adhémar de l'adresser à tout autre ministre qu'à moi, rien ne me répugnerait plus que d'être cbargé de recevoir sa déposition. L'attention que j'ai eue de m'éloigner de cette affaire n'a pas empêché que mon silence n'ait été quelquesfois interprété comme un effet de partialité ou de préventions. » La lettre de Louis XVI a Vergennes, datée du 19 août 1785, où le roi le remercie de l'entretien qu'il a eu avec Breteuil et parle de sa détermination d*en (( finir avec l'intrigue d'un besogneux qui a compromis si scandaleusement la reine n ajoute, selon nous, une preuve à celle que nous avons donnée, car cette pièce nous semble authentique, quoique les deux lettresqûi la suivent dans l'ouvrage de M. Feuillet de Concbes soient évidemment fausses. (Voir Marie-Antoinette, Joseph IT and Leopold II, in-8, Wien, 1866, p. 94-96. — Archives nationales^ K 164, Lettre de Vergennes au roi. ~ Uuis XVI, Marie-Antoinette et K** Elisaibeth, par FeuOlet de Couches, in-8, Paris, 1864, p. 159.)

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