RAPPORT DE NECKER SUR LES FINANCES
Lumineux tableau des fautes commises qui faisait pressentir les inévitables secousses de Tavenir, que le Courrier de Provence résumera un mois après, en ces termes, à propos des arrêtés pris dans cette célèbre nuit du 4 Août, a Les peuples ne souffriront pas qu'on se joue des espérances qu'on leur a données et qu'on suspende leur exécution ; ce serait ramener le trouble etranarchie. » C'était cependantce qui allait être tenté, non par mauvais vouloir, mais par la force même des choses qui ne permettaient point de concilier, à la fois, le respect des fortunes privées et l'abolition de charges injustes au milieu d'une famine qui torturait la France, de la progression croissante des impôts et de Timpossibilité matérielle de faire face, à la fois, aux devoirs essentiels d'un gouvernement qui doit protéger les individus isolés et les individus constitués en corps de nation.
Trois jours après l'énumération des sacrifices Rapport commandés à la fois par la tranquillité publique et la» anancM. par l'esprit de justice, Neeker venait à l'Assemblée lire un rapport sur l'état des finances. Il apprenait aux représentants de la nation qu'au mois d'août 1788, il n'avait trouvé, à sa rentrée au ministère, que 400,000 francs en écus ou billets de la Caisse d'escompte, que l'écart entre les revenus et les dépenses ordinaires était énorme, que le crédit de TKtat se trouvait totalement anéanti, et qu'il avait fallu, dans une pareille situation, conduire ' les afTaires sans trouble jusqu'à la réunion des Étals généraux. Il rappelait les secours immenses en blé que le Roi avait été obligé de procurer à son royaume, les travaux extraordinaires exécutés pour
7 août.
donner une occupation à beaucoup de gens sans ouvrage, les pertes de revenus occasionnées par l'incendie des barrières de Paris, par la nécessite de réduire le prix du sel dans les généralités de Caen, d'Alençon, dans le Maine, par les retards éprouvés dans le payement de la taille, des vingtièmes et de la capitation, et demandait qu'on fit un emprunt de 30 millions afin de pourvoir aux besoins indispensables des services, pendant les deux mois consacrés à leur réorganisation et au rétablissement de Tordre dans les revenus de l'État. En présence de ces difficultés matérielles, on se prit à regretter les actes de générosité proclamés dans la nuit du 4 Août, et ces regrets se manifestèrent le jour où nombre de personnes firent un retour sur les pertes qu'elles subissaient et mesurèrent rétendue des sacrifices entraînant la ruine d'une foule de fortunes particulières dont on avait trop légèrement disposé. A peine le projet d'arrêté fut -il soumis à la discussion, article par article, que plusieurs curés réclamèrent contre Tabropation des dîmes. « Je m'oppose à toutes les longueurs que peut-être un repentir tardif apporte au plus noble désintéressement », interrompt M. de Custine, et Buzot s'écrie : « Je crois devoir attaquer directement les propositions des préopinants ecclésiastiques, et d'abord je soutiens que les biens ecclésiastiques appartiennent à la nation, ajoule-t-il au milieu d'une vive agitation où les murmures se confondent avec les applaudissements... Le cierge n'a rien de mieux à faire que de sauver au moins les apporcnces, et de paraître faire de lui-même