LE CARDINAL DE ROHAN INTERROGÉ PAR LE ROI. 6Î
« sieur, interrompit la reine, avez- vous pu croire, <r vous à qui je n'ai pas adressé la parole depuis huit « ans, que je vous choisissais pour conduire cette né- « gociation, et par rentremise d'une pareille femme? -ï — Je vois bien, répondit Rohan, que j'ai été cruelle- « ment trompé; je paierai le collier : l'envie que <ï j'avais de plaire à Votre Majesté m'a fasciné les < yeux, je n'ai vu nulle supercherie, et j'en suis c fâché. J> Alors il sortit de sa poche un portefeuille dans lequel était la prétendue lettre de Marie- Antoinelte à M*"* de Lamotte et la remit au roi : « Ce n'est ni récriture de la reine, ni sa signature, dit Louis XVI en approchant la pièce des yeux du cardinal : Comment un prince de la maison de Rohan et un grand aumônier de France a-t-il pu croire que la reine signait Marie- Antoinette de France ? personne n'ignore que les reines ne signent que leur nom de baptême. t> Mais, Monsieur, continua-l-il en lui présentant une copie de sa lettre à Bœhmer : « Avez-vous écrit une lettre pareille à celle-ci? » Le cardinal, après l'avoir parcourue des yeux, répondit : a Je ne me souviens pas de ravoir écrite. — Et si l'on vous montrait l'original? — Si la lettre est signée de moi, elle est vraie. — Expliquez-moi donc cette énigme... » Le cardinal pâlit et s'appuyant contre la table, s'écria : « Sire, je suis trop troublé pour répondre à Votre Majesté d'une manière... — Remettez-vous, Monsieur le cardinal^ et passez dans mon cabinet, vous y trouverez du papier, des plumes et de l'encre ; écrivez ce que vous avez à me dire. » Le cardinal revint un quart-d'heure après avec un écrit aussi peu clair que ses explications verbales. Retirez-
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VOUS, Monsieur, dit Louis XVI après y avoir jeté les yeux, et le cardinal sortit avec le baron de Breteuil <|ui le fit arrêter par un officier des gardes du corps. Le lendemain il était conduit à la Bastille '.
Quelques jours avant cette incarcération qui étonna lout Paris, le comte et la comtesse de Lamotte parurent à Bar-sur-Aube traînant à leur suite des fourgons remplis de meubles somptueux, d'argenterie, de por- <'elainos, et étalèrent entre autres objets, une parure (le diamants d'une valeur de plus de 200,000 livres. Aux fêtes, aux diners magnifiquement servis, où se pressaient de nombreux invités, le mari et la femme montraient un calme qui surprenait à la fois et indignait la population contre le cardinal de Bohan, le fournisseur présumé de ce brillant gaspillage. edm Le 17 août madame de Lamotte se proposant de
Tif.iloùI^ rendre visite au duc de Penthièvre pria M. Beugnot de raccompagner. « N'ayant aucun litre à être reçu du prince, ni rien à lui demander, je ne veux pas, lui répondit-il, subir le diner de son gentilhomme criionneur ni même le café de son Altesse j». Le spirituel narrateur nous initie en même temps au genre de
* Uémoires de Mirabeau, écriu par lui-même^ son père» aoo oncle et son (lit adopUr, tome IV, p. 192 et suiv.. 225 et suiv., 255 et luiv., 258, 261» 2()2 et stiiv., 265. — Mémoires secrets pour servir à Vhistoire de la république des lettres, tomes XXIX, p. 171 et suiv., 173 et sqît., 175, 180 ei huiv. ; XXX, p. 89 et suiv. — Marie -Antoinette et le procès du collier, par Emile Campardon, in-8, 1863. p. 71, 73, 209 et suif., 211, 222. — Méinviret du comte Beugnot^ 1. 1, p. 81 et suiv. — Mémoires de Bésenval, t. Il, p. 160 et suiv. — Mémoires instructifs des sieurs Bohmer et Bassauges. Lettre de l'assemblée du clergé au roi, réponse du roi i la lettre de rassemblée du clergé ; autres pièces relatives à l'alTaire de M. le cardinal do Rohan. Brucbure du temps, sans date ni nom d'imprimeur, de 22 pages, p. 1,0, 11. — Mémoires de ¥■• Campan, tome II, p. 7 et suiv , Il et i^uiv.
LE UUC DE PEMHIÈVRE ET SES VIMTEUKS. «;7
politesse hautaine d'un grand seigneur, respectable à tous égards, mais infatué de ces mœurs allières qui al- •laient provoquer au sein de la nation les terribles réactions de l'orgueil blessé, ce Dans aucune des mai* sons des princes du sang, dit Beugnot, l'étiquette n'était plus gardée que chez M. le duc de Penthièvre. Son humilité toute chrétienne ne dépassait pas le sanctuaire.... Lorsqu'on se présentait à Château- Villain pour faire sa cour, on sollicitait cet honneur par un gentilhomme du prince, et il était accordé pour le jour même au sortir de la messe. Le prince accueillait avec une égale et douce bonté tous ceux qui lui étaient présentés. Les nobles étaient invités à dîner avec lui, les autres chez son premier gentilhomme.. ; après le dîner du premier gentil* homme, on proposait de prendre le café chez lui ou d'aller le prendre avec le prince. Le second parti ne pouvait manquer d'être adopté. On passait au salon où se trouvaient, en force et le ton haut, ceux qui avaient eu l'honneur de dîner avec son Altesse. \h> ne manquaient pas de saluer les arrivants avec une complaisance pleine de protection. Il y en avait dans le nombre d'assez mal vêtus, d'autres qui ne paraissaient pas merveilleusement élevés, mais déjà tous dans la crainte d'être confondus avec des non nobles avaient remis la vieille épée ou le couteau de chasse » . Beugnot ajoute, après avoir reconnu l'exquise politesse du prince : « Tout ce qui n'était pas noble ne se présentait à Chàteau-Villain i\ue s'il dépendait du prince ou avait quelque grâce à en solliciter. J'y avais été une fois dans ce dessein... Je ne pouvais assurément que me louer de la réceplioa qui m'y avait
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été faite : toutefois je n'avais nul désir d'y retourner : Je résistai donc à M^^'de Lamotte. Je lui proposai seulement de me jeter à Ciairvaux qui se trouve sur la routede Bar-sur-Aube àCbâteau-Villain...Lesehoses ainsi arrangées, nous partîmes le 17 août 1785 à huit heures du matin... M"' de Lamotte me laisse à Glairvaux et se rend à Château-Villain; elle y dîne et y reçoit un accueil qui étonne ceux qui composent cette Cour. Le prince la reconduit jusqu'à la porte du deuxième salon donnant sur le grand escalier, honneur qu'il ne fait point aux duchesses et qu'il réserve pour les princesses du sang. »
Pendant que ces hommages étaient rendus par un bâtard de la maison de Bourbon à une bâtarde de la maison de Valois, Beugnot était invité par l'abbé de Ciairvaux à passer trois jours au couvent à l'occasion de la fête de saint Bernard, A huit heures du soir arrive M"' de Lamotte. « Je lui fais part do l'engagement a que j'ai pris, dit Beugnot,... l'abbé se confond en a respects et en adorations. M. Tabbé savait à n'en pas dc douter, les liaisons intimes qui subsistaient entre le ce cardinal de Rohan et M™* de Lamotte, et il la traitait ce comme une princesse de l'Église. On fait une proa menade en attendant l'abbé Maury (qui venait prc- « cher le panégyrique de saint Bernard) et le souper. . . « A neuf heures et demie on entend le bruit d'une (c voiture, l'abbé court à sa rencontre,.. A peine on a avait pu déployer les serviettes que Tabbé demande a au voyageur qui arrive dc Paris, ce qu'on y dit, ce a qu'on y fait et s'il y a des nouvelles. Comment, des <c nouvelles? reprend l'abbé Maury ; mais où viveza vous donc? Il y a une nouvelle à laquelle on ne