‹ La France sous Louis XVI;Chapitre 20 sur 245 · CONVERSATION DE BKUGNOT AVEC M»« DE LAMOTTE · texte numérisé non relu

CONVERSATION DE BKUGNOT AVEC M»« DE LAMOTTE

a comprend rien, qui étonne, qui confond tout a Paris. M. le cardinal de Rohan, grand aumônier de a France, a été arrêté mardi derni^, jour de TAs- (c somption, en habits pontificaux et en sortant du « cabinet du roi. — Sait-on le motif d'une arrestation « aussi violente? — Non, pas précisément. On parle «c d'un collier de diamants qu'il a dû acheter pour la « reine, qu'il n'a pas acheté. On ne conçoit pas que « pour un pareil chiffon, on ait arrêté le grand aumô- « nierde France en habits pontificaux, vousKentendez, « en habits pontificaux, et en sortant du cabinet du « roi ! Dès que la nouvelle avait frappé mes oreilles, « j'avais jeté les yeux sur M"' de Lamotte qui avait a laissé tomber sa serviette des deux mains, et dont la « figure pale et immobile restait perpendiculaire à 0 son assiette. Le premier moment passé, elle fait « effort et s'élance hors de la salle à manger. L'un << (les dignitaires de la maison la suit, et, quelques « minutes après, je quitte la table et vais la retrouver.

« Déjà elle avait fait mettre ses chevaux ; nous par- conversât « tons. Voici à peu près notre entretien : — J'ai peut- el*de^m11d! fi être eu tort de quitter si brusquement, surtout en « présence de M. l'abbé Maury? — Pas du tout; vos « liaisons avec le cardinal sont connues et presque u avouées. Il va ici de sa vie peut-être ; votre rôle est « de courir au-devant des lettres, des courriers, des « nouvelles. Vous eussiez été coupable de perdre le < temps à souper à Clairvaux ; mais pouvez-vous vous « expliquer à vous-même cette arrestation ? — Non, fi à moins que ce ne soit pour quelque tour de main fi de son Cagliostro ; le cardinal en est infatué; ce n'est « pas ma faute, je n'ai cessé de l'avertir. — A la bonne

de Lamoi

'( heure, mais qu'est-ce que c'est que celte hisloire <( (l'un collier (jue le cardinal a du acheter pour la ( reine? Comment charge-t-on un cardinal d*acheler «( un collier? et comment la reine aurait-elle choisi « pour celle commission le prince Louis, qu'elle dc- « teste ouvertement? — Je vous répète que c'est du « Ca^lioslro tout pur. — Mais vous avez reçu ce charce latan et ne vous êtes-vous compromise en rien (( avec lui? — Absolument rien, et je suis tout à fait a Iraucjuille; j'ai eu grand tort de quitter le souper. « — Ce tort n'en est |>as un. Si vous êtes trancjuille fi pour votre compte» vous ne devez p:isrétresur celui « d'un ami malheureux. — Ah bah ! vous ne le con- << naissez pas; puisque le voilà dans Tembarras, il est « capable de dire cent sottises pour s'en tirer. — n M"' de Lamotte, vous dites-Ià bien plus (|ue je n'au c< rais voulu eu entendre ; j'ai un dernier service à « vous proposer : il est dix heures du soir, nousappro- '< chons de Bayel; je vais vous y déposer à la garde 'i d'un ami dont vous savez que je peux répondre. Je « retournerai avec votre voiture à Bar-sur- Aube ; OL j'avertirai M. de Lamotte qui, dans une heure, peut 'X venir vous chercher dans un cabriolet de poste attelé fi de vos deux meilleurs chevaux. Il y chargera ce que « vous avez de plus précieux, et vous prendrez tous a deux, cette nuit même, la route de Châlons, car celle -i de Troyes n'est pas sûre pour vous. Vous gagnerez à la côte de Picardie ou celle de Normandie. Ne vous (c présentez ni à Boulogne, ni à Calais, ni à Dieppe, n où peut-être vous êtes déjà signalés; mais entre ces flc ports, il y a vingt endroits de passage où pour dix <c louis on vous jettera en Angleterre. — Monsieur,

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